CHAPITRE IX
ÉGLISES DES XIVe ET XVe SIECLES F.N FRANCE ET EN ORIENT.
« Le xin® siècle avait tant produit, en fait d’architecture religieuse, qu'il laissait peu à faire aux siècles suivants. Les guerres, qui bouleversèrent la France pendant les xiv® et xv' siècles n’auraient plus permis d’entreprendre des édifices d’une importance égale à celle de nos grandes cathédrales, en admettant qu’elles n’eussent pas été toutes élevées avant ces époques désastreuses. Les édifices religieux complètement bâtis pendant le xiv siècle sont rares, plus rares encore pendant le siècle suivant. On se contentait alors de terminer les églises inachevées, ou de modifier les dispositions primitives des églises des xne et xnr siècles, ou de les restaurer et de les agrandir. C’est à la fin du xv siècle et au commencement du xvi% alors que la France commence à ressaisir sa puissance, qu’un nouvel élan
i. Voir au chapitre ix, Aibi, etc.
L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE
est donné à l’architecture religieuse; mais la tradition
Fig. <jq. — Église de Saint-Ouen, à Rouen. — et abside, façade sud.
Tour centrale
gothique, bien que corrompue, abâtardie, subsiste. Beaucoup de grandes cathédrales sont terminées, un
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grand nombre de petites églises, dévastées pendant les guerres, ou tombées de vétusté par suite d’un long abandon et de la misère publique, sont rebâties ou réparées. Mais bientôt la Réformation vient arrêter ce mouvement et la guerre, les incendies, les pillages détruisent ou mutilent de nouveau la plupart des édifices religieux à peine restaurés. Cette fois le mal était sans remède, lorsqu’à la fin du xvie siècle le calme se rétablit de nouveau ; la Renaissance avait effacé les dernières traces du vieil art national et si, longtemps encore, la construction des édifices religieux, les dispositions des églises françaises du xm® siècle furent suivies, le génie qui avait présidé à leur construction était éteint, dédaigné *. ».
L’église de Saint-Ouen, à Rouen, est un exemple des rares édifices religieux du Nord construits pendant le xiv* siècle, à l’exception des tours de l’ouest et de la façade qui sont modernes. Les dispositions de ces églises varient parce qu’elles suivent le mode de construction adopté par lesarcliitectes du Nord, au xiu® siècle, avec cette particularité que les piles s’affinent ou plutôt s’effilent, moins parla réduction réelle des points d’appui que par l’affectation d’en diminuer l’apparence, en multipliant les lignes verticales du faisceau qui forme les piles, dont la gracilité est encore augmentée par l’extrême profusion des moulures et la complication des profils évidés à l’excès. Ces profils et ces moulures montent de la base au sommet en mar* quant encore, au xiv® siècle, la naissance des arcs par
i. Viollet-Ie-Duc, Dictionnaire raisonné Je l'architecture française , etc.* t. 1er.
des bagues sculptées surmontées d’un rudiment de tailloir, lignes et détails caractéristiques, derniers vestiges des traditions qui disparaissent au xv® siècle; les lignes architectoniques .des arcs croisés de la voûte et des arcs longitudinaux et latéraux, s’effilant encore et n’indiquant leurs naissances qu’à la base des piles qui présentent un réseau inextricable de moulures croisées, entre-croisées et imbriquées, démontrent surtout l’habileté de main du tailleur de pierre.
Il semble que la préoccupation des architectes de ce temps ait été de faire disparaître les pleins pour ne laisser
appai entes que les piles Fig. 70. — Cathédrale d’AIbi. — Plan et les voûtes amincies ;
il n existe plus de murs que dans la partie basse des fenêtres dont les claires-voies occupent tout l’espace compris entre les piliers. Les voûtes ne laissent plus
tOï L’ARCHITECTURE GOTHIQUE.
voir leurs triangles qui disparaissent sous un réseau serré de croisées d’ogives supplémentaires et, parconséquent, inutiles ou simplement décoratives. Il est juste de noter que les claires-voies de ces immenses fenêtres furent ornées de verrières qui ont donné l’essor à l’art de la peinture sur verre, art admirable, d’une merveilleuse souplesse, qui s’était manifesté des le xn* et le xme siècle et qui a produit, depuis cette époque jusqu’à la Renaissance, de véritables chefs-d’œuvre *.
Cependant il faut remarquer que le grand mouvement de construction et même de reconstruction qui s’était manifesté, dans toute l’Europe occidentale et particulièrement dans les provinces françaises du Nord, par de grands édifices voûtés et arc-boutés, avec les modifications successives que nous venons d'indiquer, ne s’c’iait pas généralisé dans le Midi, à part quelques exceptions: à Bazas, à Bayonne, à Auch, à Toulouse et à Narbonne, pour ne parler que des édifices importants. Les architectes du Midi, ainsi que nous l’avons déjà dit, soit par réaction, résistance ou défiance, avaient conservé les traditions antiques, ce qui s’explique simplement dans un pays où tout ce qui touchait à la construction était resté gallo-romain. Les constructeurs des xme et xive siècles avaient bien accepté, sans déroger à leurs principes conservateurs, la voûte sur croisée d’ogives inventée par les Angevins et d'un emploi si facile dans son admirable simplicité; mais ils conservèrent dans les dispositions générales de leurs édifices religieux les usages et les
t. Chapitre xu, Peinture décorative sur mur et sur verre.