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CHAPITRE PREMIER

INFLUENCE DE LA COUPOLE SUR 1,'aRCHITECTURE DITE GOTHIQUE.

La coupole, sous sa forme symbolique, est l'œuf d’où est sorti un système architectonique qui a cause une révolution des plus fécondes dans le domaine de l'art *.

L’architecture dite gothique ne s’est pas manifestée spontanément et par une sorte de miracle. Comme toute œuvre humaine, elle a eu une fin qu’il est possible de constater; mais il est moins facile de fixer son commencement, même par une date approximative. Son origine se confond avec une période architecturale antérieure qui a préparé son avènement par une évolution et une transformation ininterrompues.

r. L’Architecture romane, par Edouard Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.

i+ L’AUCHITECTURE GOTHIQUE.

Les coupoles de Saint-Front ne sont pas une imitation de celles de Saint-Marc à Venise, car elles procèdent toutes de l’église bâtie par Justinien à Constantinople et dédiée aux saints Apôtres1. Ce qui est d’abord une importation en Aquitaine, par la forme, devient ensuite une œuvre originale par les particularités de la construction. Les architectes résolurent alors un merveilleux problèmeenétablissantcetadmirable principe architectonique qui consiste à reporter les charges des voûtes sur quatre points d’appui solidarisés par des pendentifs.

La construction des coupoles de Saint-Front, en pierre appareillée, fut à cette époque un événement considérable dans une contrée réputée comme le pays meme de l’architecture et dans lequel les principes galloromains s’étaient le mieux conservés3. Aussi, dès la fin du xie siècle, de grandes églises abbatiales s’élevèrentelles dans les provinces voisines, à l’exemple de celle de Saint-Front.

Cependant, tout en acceptant les principes nouveaux, les architectes du temps s’ingénièrent à les perfectionner; leurs efforts sont visibles et il est possible de constater le succès dans les premières années du xn* siècle. L’église d’Angoulême et celle de Fontevrault, entre autres, en donnent la preuve évidente. « On sent la préoccupation constante des constructeurs romans cherchant à diminuer les énormes masses des églises à cou-

i. L'Architecture romane, par Edouard Corroyer. —

Alcide Picard, éditeur.

2. Les documents recueillis re'ceinment par l'auteur permettent d'affirmer que l'eglise à cinq coupoles de Saint- Front existait entièrement lors de l’incendie de ;iao.

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 15

pôles primitives par une répartition plus pondérée et mieux entendue des poussées et des résistances, et en ao cusant ces points principaux par des contreforts qui commencent à saillir sur les faces extérieures de l’édifice1. »

Le nouveau système de construction se propagea rapidement en s’affinant, en se perfectionnant, surtout •en Anjou et dans le Maine. Les architectes des richissimes abbayes de ces provinces, puissantes par ellesmêmes et par leurs relations avec le monde religieux si fortement organisé en ce temps, perfectionnèrent encore les méthodes de l’école aquitaine. Ils transformèrent les pendentifs des coupoles en arcs indépendants ayant exactement les mêmes fonctions, découvrant logiquement un principe architectonique d’une simplicité étonnante, dont le succès fut si rapide que, dès le milieu du xn* siècle, il était appliqué systématiquement pour la construction des grandes églises à Angers, à Laval et à Poitiers.

Les travaux des architectes angevins furent nécessairement connus de leurs confrères du Nord, qui cherchaient, comme tous les constructeurs à cette époque, la solution parfaite de la grande question des voûtes. Les architectes de l’Ile-de-France, avec leur adresse professionnelle si particulièrement ingénieuse, s’approprièrent rapidement le système angevin et l’appliquèrent à la construction de leurs églises, grandes et petites, toutes bâties suivant les traditions basilicales, c’est-àdire à trois et même à cinq nefs.

La coupole aquitaine en pierre appareillée a donc

t. L’Architecture romane, par Édouard Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.

,rt L’ARCHITECTURE GOTHIQUE.

exercé une influence absolument directe sur Yarchitecturc dite gothique , puisqu’elle a donné naissance à la croisée d’ogives, qui en est le principal caractère. Cette influence s’est manifestée d’abord dans la disposition générale des édifices à une seule nef, procédant directement de la coupole et voûtée sur des croisées d'ogives, puis dans les grandes églises, abbatiales ou cathédrales, • bâties suivant les traditions basilicales et toutes voûtées de même.

Angers et Laval donnent des exemples originels des églises dont les travées sur plan carré sont voûtées sur des croisées d'ogives, qui remplacent désormais les pendentifs des coupoles.

L’église abbatiale de Noyon montre l’application de ce principe, nouveau au xii° siècle, aux églises à plusieurs nefs construites par les architectes du Nord. Les voûtes — primitives1 — de Noyon étaient disposées sur plan carré; les arcs-ogifs, ou croisée d’ogives, reliaient diagonalement les piliers principaux et l’effort de ces arcsogifs était soulagé par un arc-doubleau, de secours pour ainsi dire, reposant sur des piles secondaires accusées à l’extérieur par des contreforts moins saillants que ceux des piliers principaux, et à l’intérieur par une colonne recevant les archivoltes latérales unissant les piles principales.

Ce système de construction, dont le principe a été

i. La disposition primitive des voûtes de l’église, bâtie vers i tôo, est indiquée par les naissances des arcs au-dessus des chapiteaux et par le plan des bases des piliers principaux. — Les voûtes actuelles sur plan rectangulaire ont ete faites selon le mode du temps depuis l'incendie de i?38.

L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE. i ,

appliqué, logiquement à Noyon par exemple, n’existe plus qu’à l’état traditionnel dans les grandes églises de Laon, les cathédrales de Paris, de Sens et de Bourges, pour ne citer que les principales et sans parler des innombrables églises édifiées suivant ces principes dans toute l’Europe occidentale. Dans ces grandes cathédrales les voûtes sont encore sur plan carré, jusqu’à l’adoption par les architectes, dans Sa première moitié du xiii® siècle, des travées égales voûtées sur plan rectangulaire et marquées, extérieurement et intérieurement, par des saillies et des piles égales, comme à Amiens, à Reims et dans un grand nombre d’édifices élevés depuis cette époque.

L’influence de la coupole sur l’architecture dite gothique est donc certaine. La vérité même se manifeste par les monuments qui existent encore et dont l’étude fournit les documents lapidaires les plus incontestables! Il faut faire connaître cette vérité, non seulement pour obtenir une satisfaction archéologique, mais surtout pour démontrer de nouveau que la filiation existant depuis l’antiquité jusqu’à la période dite romane se continue certainement entre celle-ci et l’architecture dite gothique. Elle s’établit directement dans cette dernière période par la coupole de l’Aquitaine dont procèdent celles de l’Angoumois, qui donnent naissance en Anjou à la croisée d'ogives, précédant l’invention ou l’application de Y arc-boutant, qui est à son tour le point de départ d’une évolution nouvelle.

i. Voir la curieuse église de Montagne (Gironde), signalée par l'archiviste de la Gironde. [Correspondance historique et archéologique. Paris, i8pt>)

ARJH. GOTHIQUE.

E'AKCHl TECTURE C-OTHIQUE.

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