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ORIGINE DE LA CROISÉE D’OGIVES

Dès le xi* siècle on construisait des églises à une ou à plusieurs nefs et, la plupart du temps, pour ces dernières, les bas côtés seuls étaient voûtés d’arctes, la net principale étant couverte par une charpente. Puis on voûta les trois nefs, celles des bas côtés en voûtes d’arêtes ou en demi-berceaux continus destinés à contrebuter la nef centrale voûtée en berceau plein cintre, renforcée par des doubleaux saillants, et elles furent abritées par un comble s’étendant sur les trois vaisseaux. Ces édifices, timidement et lourdement construits, n’étaient qu’une imitation des basiliques romaines; ils avaient l’inconvénient d’être étroits, pour plus de sûreté, et sombres, parce qu’ils n’étaient plus éclairés dans la partie supérieure. Les architectes du moyen âge connaissaient donc, bien avant l’apparition de la coupole, la voûte en berceau et la voûte d’arêtes; cette dernière formée, suivant la tradition, par la pénétration de deux demi-berceaux. Ils avaient même essayé d’en perfectionner la construction en renforçant par une nervure saillante la courbe de pénétration, qui donne une ellipse ou un arc surbaissé. Mais ce nerf était simplement décoratif, car, dans la voûte romaine, l’arêtier en pierre, nervé ou non, est solidaire des maçonneries de remplissage au milieu desquelles il est noyé et dont il suit passivement les mouvements.

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Par conséquent, il n’est pas possible, comme on l’a dit, de trouver dans la voûte d’arêtes romaine le germe de l’arc ogif ou croisée d'ogives dont les fonctions sont essentiellement actives.

C’est dans la coupole de Saint-Front, construite en pierre appareillée, vers le milieu du xi* siècle, et c’est principalement dans les pendentifs de la coupole, construits comme elle en pierre appareillée, q u’il faut chercher et trouver l’origine de l’arcogif ou croisée d’ogives.

La ligure 1 donne le plan d’une des coupoles de Saint- Front; elle se compose de quatre arcsdoubleaux puissants retombant sur quatre piliers reliés par des pendentifs (lig. 2 et 3), passant des angles rentrants du plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire solidement établi, chacune des assises concentriques formant claveau qui réunit les clefs des ares-doubleaux et reçoit la voûte en coupole qui les couronne; ce système ayant pour effet de reporter la charge des voûtes sur les quatre piles.

La figure 3 est la coupe faite sur un des quatre pendentifs d’une des coupoles de Saint-Front et suivant la

Fig. 1. — Plan d’une des coupoles de l'église abbatiale de Saint-Front, à Ptirigueux.

ligne AB; elle indique la structure du pendentif dont les cinq ou six premières assises, disposées horizonta-

lement et, suivant l’expression technique, en tas de charge, sont taillées suivant les courbes sphériques, le reste des claveaux des pendentifs étant appareillés normalement à ces courbes.

Le voûtement des édifices religieux ayant é»é la préoc-

Fig- 2. —

Pendentif (tn A) d’une des coupoles de l’église abbatiale de Saint-Front.

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cupation constante des architectes du moyen âge et le Dut de leurs études incessantes, la construction des coupoles de Saint- Front dut être un événement dont le retentissement fut considérable, car, dès la fin du xi° siècle, on éleva un grand nombre d’églises à coupoles qui sont des imitations de l’église mère de Périgueux.

La construction des églises d’Angoulême et de Fontevrault \ dans les premières années du xiie siècle, • indique que les architectescherchaient à couvrir des espaces de plus en plus vastes suivant les méthodes

aquitaines, mais en allégeant les voûtes et, par conséquent, en réduisant les points d’appui et de soutènement.

Fig. j. — Coupe d’un pendentif sur la diagonale « B du plan figure i.

i. L’Architecture romane, par Édouard Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.

La figure 4 donne le plan d'une des coupoles de l’église d'Angoulème, ou de celle de Fontevrault, qui furent bâties sur un plan identique, sauf le nombre des travées de la nef.

La figure 5 indique la coupe d'une travée

■ ■ ■ f > — r de ces églises et elle

Fie. +. — Pian d’une des coupoles marque la différence

d’Angoulême ou de Fontevrault. . . , . ,

considérable qui existe déjà entre la coupole mcre de Saint-Front et cellesqu’elleavait engendrées. La voûte en coupole sur pendentifs s’affine alors, et on peut bientôt constater un progrès nouveau qui prouve la préoccupation persistante des architectesd’allégerles voûtes.

L’église de Saint - Avit - Se nieur, de même que celle de Montagne (Uironde), nous en fournit un exemple des plus utiles à étudier.

Fig. 5. — Coupe d’une travée des coupoles

d’Angoulètne.

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La coupole de cet édifice est renforcée par des nervures qui la raidissent ; elle devient une voûte annu^ laire, formée d’assises à peu près horizontales disposées en claveaux, soutenue comme elle le serait à 1 aide de cintres permanents en pierre figurés par Aesner/s transversaux et diagonaux.

L’église de Saint- Pierre, à Saumur, marque encore un progrès dans la construction des voûtes dérivant de la coupole *.

Enfin, ies architectes de l’Anjou et du Maine réalisent un perfectionnement décisif. Les pendentifs se transforment en ne conservant que leurs parties utilement actives, qui se manifestent par des arcs-diagonaux, c’est-à-dire par des arcs-ogifs ou croisée d'ogives , saillants et indépendants, qui sont appareillés exactement comme les pendentifs de la coupole (fig. 3) et dont les fonctions sont identiques (fig. 8).

La voûte proprement dite n’est plus formée d’assises concentriques comme dans la coupole mère.

i. L’Architecture romane, par Edouard Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.

Fig. 6 Coupe d'une travée de l'église

de Saint-Avit-Scuicur.

Elle est désormais construite en claveaux appareillés normalement à la courbe et remplissant les triangles ABC D (rig. 7) déterminés par les arcs-formerets — latéraux, les arcs- doubleaux — transversaux

et les arcs-ogifs — diagonaux ou croisée d’ogives; ces'arcs formant une charpente de pierre, une ossatu re — tout aussi solide, mais plus légère que les pendentifs des coupoles — destinée à soutenir les voûtes en reportant leurs charges sur les quatre points d’appui.

Les remplissages triangulaires n’emprisonnent plus l’arètier — plus exactement les arcs-ogifs ou croisée d’ogives — et ne neutralisent plus ses fonctions actives. Au contraire, ces remplissages sont indépendants comme la croisée d'ogives elle-même et ils contribuent à assurer l’élasticité des divers organes de la voûte, condition essentielle de sa solidité. La disposition particulière des arcs-ogifs de la nef d’Angers fournit une preuve incontestable de la filiation directe de cet édifice avec la coupole aquitaine; les claveaux des arcs-ogifs ont comme section une largeur à peu près égale à celle des arcs-doubleaux, et comme hauteur l’épaisseur des voûtes de remplissage, augmentée de la saillie inté-

l ig. 7. — Plan d’une voûte sur arcs-ogifs ou croisée d’ogives.

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Heure accusant la fonction de ces arcs diagonaux, qui semblent avoir été tranchés dans les pendentifs d’une coupole — en A de la figure 8 — il faut remarquer que les triangles des voûtes de remplissage dont les claveaux sont perpendiculai-

res aux arcs-doubleaux et formerets ne reposent pas encore sur l’extrados des arcs-ogifs, — en B de la figure 8 selon le mode de construction adopté dans l’Ile-de-France et ailleurs quelques années plus tard.

L’identité des fonctions architectoniques du pendentif et de la croisée d’ogives, construits l’un et l’autre en pierre, appareillés normalement à leurs courbes, démontre la communauté de leur origine et que, comme conséquence d’une filiation certaine, c’est la coupole aquitaine qui a croisée d'ogives.

Fig. 8. — Coupe d’un arc-ogif ou croisée d’ogives.

engendré la

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