TOURS OU CLOCHERS. — CHŒUR. — CHAPELLES
Les premiers clochers furent de forme ronde, à l'exemple des coupoles byzantines ou grecques, et toujours d’un petit diamètre, ce qui prouve que les cloches qu’ils contenaient étaient fort petites. Les cloches étaient suspendues au sommet de la tour dans une partie évidée par des arcades et recouvertes par un comble1.
Les clochers étaient très souvent séparés du corps de l’église; en Italie, un grand nombre d’églises de tous les temps du moyen âge ont leur clocher séparé d’elles par une distance souvent considérable.
La force de l'habitude fit appliquer la forme ronde à des clochers construits au xii* siècle; cependant, il paraît certain que dès le x' siècle le plan carré fut préféré, disposition nécessitée d'ailleurs par les cloches auxquelles l’art du fondeur avait, dès le commencement du xue siècle, donné des dimensions considérables. Outre les grosses cloches qui annonçaient au loin les offices, on continuait, pour régler les exercices religieux du clergé, d’employer les clochettes. Elles sont appelées dans les textes latins : signum, schilla, nola; en français : sin, esquielle, eschelittc; elles prirent place dès le xe siècle dans les campaniles qui couronnaient les dômes.
i. Encyclopédie de l'architecture et de la construction, article Clocher, par Kd. Corroyer.
L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE
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Campanile , en italien, a la même signification que tour, clocher, beffroi', en français; cependant, la dénomination de clocher s’applique en général à toute construction pyramidale dominant les combles d’une église.
Le beffroi, édifice particulier aux anciennes provinces du Nord, est une tour, isolée ordinairement, dans laquelle on plaçait la cloche destinée à sonner le couvre-feu, le tocsin et à convoquer les habitants des villes aux assemblées communales.
Comme le beffroi, le campanile italien est un édifice le plus souvent isolé, mais ordinairement élevé dans le voisinage d'une église. Parmi les campaniles célèbres, on cite ceux de Florence, commencés sur les plans de Giotto, au xiv' siècle; de Padoue, de Ravenne, et la fameuse tour penchée de Pise.
En France, on donne le nom de
campanile aux petits clochers ù jour Fis- — clocher , . , de Vendôme (xu* siècle),
qui, dans certaines églises, surmontent le mur de la façade, ajouré d’arcades dans lesquelles sont suspendues de petites cloches.
Les plus anciens clochers élevés dans les provinces qui ont formé la France présentent de grandes analogies avec les monuments byzantins, quant à la forme,
i. Voir l’Architecture civile, quatrième partie.
sinon par les détails de leur construction. L’un des plus remarquables est le clocher de Saint- Front, à Périgueux, qui parait avoir été construit dans les premières années du xi* siècle, audessus de la sépulture de saint Front, sur deux travées de l'église latine à trois nefs, du vi« siècle, dont on a retrouvé les traces certaines à l’ouest de la grande église à coupoles1.
Le clocher de Saint-Front s<e compose de trois étages carrés, en retraite l’un sur l’autre et couronnés par une coupole conique portée sur une colonnade circulaire formée de colonnes, de hauteur et de diamètre différents, provenant de monuments romains de la région.
Ce remarquable édifice exerça une influence considérable et il servit de type aux architectes des provinces voisines. Le clocher de l’église abba-
Fig. 8*. — Campanile de Giotto, à Florence (Italie).
i . L’ Architecture romane, par Edouard Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.
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tiale de Brantôme en offre un exemple perfectionné, dans lequel les constructeurs évitèrent les porte-à-faux de Saint-Front; celui de Saint- Léonard, près de Limoges, présente des dispositions très originales par la forme octogone de son couronnement. Les architectes de l’Auvergne apportèrent encore degrands perfectionnements en établissant, comme au Puy, descolonnes ou des piles intérieures destinées à porter, de fond, les retraites successives des étages supérieurs de la tour1.
Il faut remarquer que, malgré l’importance 'considérable
Fig. 85. — Cathédrale de Bayeux.
Tours clochers de la façade.
mane} par Ed. Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.
donnée à ces édifices, remplacement destiné aux clochers était restreint, ce qui amène à croire que les clochers n’étaient pas destinés uniquement à loger les cloches. Au xie siècle, le clocher était a l’église, abbatiale ou cathédrale, ce qu’était le donjon au château féodal, c’est-à-dire le signe de la puissance. Les abbés et les évêques possédant les mêmes droits que les seigneurs, on comprend que cettemanifestation extérieure n’eut alors d’autres limites que celles des ressources des m a n i festants, et on s’explique le nombre des clochers éievés en mêmetemps sur les grandes églises abbatiales, sur les cathédrales et
même l’importance des clochers élevés sur de simples
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Fig. 8(5. — Cathédrale de Sentis. — Tour clocher sud de la façade.
L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE
églises comme expression delà commune affranchie; les questions et les rivalités de clocher n’ont certainement pas d’autre origine.
Vers la fin du xr siècle et pendant le xii% les églises possédaient un clocher placé à l’angle ou au devant de la porte pour former un porche, comme à Saint-Benoitsur-Loire, ou à Poissy, ou sur la porte même, comme aux églises d’Ainay et de Moissac.
Plus tard, d’immenses tours carrées, couronnées de flèches, s’élevèrent à chaque angle des façades, laissant voir entre elles le pignon de la nef principale.
A l’église abbatiale de Jumièges, un grand porche saillant fut établi entre la base de ces tours; mais le plus souvent les clochers furent construits au même plan que le porche et percés de portes latérales ornées de voussoirs sculptés, qui formaient, avec la porte principale, un vaste ensemble décoratif.
Les architectes de l’époque dite romane élevèrent des clochers ou plutôt des tours sur la croisée des nefs; mais, évitant les hardiesses de construction du clocher de Saint-Front, qui fut l’un des types imités par les constructeurs des xi* et xne siècles, ils donnèrent à ces tours centrales une grande solidité en établissant leurs coupoles, plus ou moins coniques, sur une base carrée dont les angles sont soigneusement chargés et contrebutés.
A la fin du xne siècle, les architectes de l’Ile-de- France adoptèrent le plan carré pour le corps du clocher et, à l’imitation des édifices élevés dans les provinces de l’Est et sur les bords du Rhin, ils conservèrent la forme octogone pour les flèches seulement, en com-
lig. 87. — Cathédrale de Salisbury ( AugK terre).
Tour clocher central.
binant les dispositions les plus ingénieuses afin d’assurer la solidité des angles.
Les grandes tours centrales des églises normandes, élevées du xme au xiv® siècle en Angleterre et en Normandie, n’avaient pas toujours le caractère de véritables clochers, comme ceux de Salisbury et de Langrune par exemple; elles étaient souvent des tours-lanternes destinées à éclairer le centre de l’église et à décorer magnifiquement la croisée des bras de croix formée par la nef, le chœur et les transsepts, comme celles de Saint- Georges de Bochervillc, de Coutances, etc. La Normandie fut d’ailleurs, de toutes les provinces françaises, celle qui persista le plus longtemps à élever des tourslanternes, et l’une des plus intéressantes est celle de l’église de Saint- Oucn à Rouen.
Plus tard, dans les autres provinces et particulièrement dans la Picardie, la Champagne, la Bourgogne et l'Ile-de-France, oq rem-
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plaça les tours-lanternes par des flèches en charpente, recouvertes de plomb et qui s’élevaient à l’intersection des combles de la nef et des transsepts.
Parmi les clochers les plus remarquables du xne siècle, on peut citer dans le Nord ceux de Tracy-le-Val (Oise), de l’église abbatiale de la Sainte-Trinité à Vendôme, de Bayeux; ceux de l’Abbaye-aux Hommes à Caen, le vieux clocher de la cathédrale de Chartres et celui de Saint-Eusèbe à Auxerre.
Avec le xni° siècle, les clochers prennent une élévation et une richesse extraordinaires. Le clocher de Senlis (tig. 86) est un spécimen des plus élégants des édifices construits dans les premières années du siècle qui vit naître tant de merveilles architecturales.
Fig. 88. — Église de Langrune (Calvados). Tour clocher central.
En Bourgogne, l’ordre de Cluny, qui ne partageait
pas le rigorisme de Cîteaux réformé par saint Bernard,
éleva plusieurs clochers remarquables, entre autres ceux de l’église de Saint-Père, près de Vézelay, construits vers 1 240.
Dans le Midi, l’architecture dite gothique s’est manifestée sous des formes originales résultant logiquement de l’emploi judicieux des matériaux du pays, c’est-à-dire de la brique, et le clocher de l’église des Jacobins, élevé à Toulouse vers la fin du xme siècle, en est un type des plus intéressants. Il en est de même du clocher-donjon d’Albi dont nous avons signalé les caractères particuliers1.
On ne trouve plus guère de clochers isolés à partir du xme smcle, sauf peut-être à Bordeaux; les tours font partie de la composition générale de la façade et ne deviennent exactement des clochers qu’au-dessus des collatéraux et de la nef. Notre-Dame de Paris nous en offre un exemple admirable dans ses grandioses combinaisons.
La cathédrale de Laon, contemporaine de Notre- Dame de Paris, possède quatre clochers terminés par des beffrois octogones dont les angles sont flanqués de pinacles à deux étages ajourés; sur le second de ces étages sont placés des bœufs de dimensions colossales dont l’effet est très original.
Les clochers de la cathédrale de Reims, construits dans la seconde moitié du xiii" siècle, n'ont qu'une importance relative dans la superbe façade de cet édi-