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Chapitre îx

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

fice ; mais ils présentent cette particularité, nouvelle alors, que l’étage du beffroi forme à l’intérieur une cage carrée nécessaire au jeu des cloches et à la charpente qui les supporte, et qu'à l’extérieur il forme un* tour octogone flanquée de pinacles puissants.

Les constructeurs de l’époque

lui1

Fig. 89. — Eglis« des Jacobins, à Toulouse. — Clocher.

dite gothique atteignaient alors la limite extrême qui les séparait de l’exageration et de la maniéré; mais

ARCH. GOTHIQUE

la passion de la légèreté et le:

désir d’élever des édifices- surprenants entraînèrent bientôt:

les architectes dans une voie’ dangereuse qui aboutit à unei décadence rapide. Ces effets se:

produisirent surtout dans les; provinces voisines de l’Aile-' magne, et le clocher de Stras-, bourg, achevé au xiv* siècle, enest une preuve célèbre.

Pendant les xiv8 et xve siè- • clés, les clochers conservent les formes et les dispositions adoptées par les constructeurs de latin du xm® siècle, mais:

avec un luxe extraordinaire de détails et de:

sculptures et un excès de légèreté; leurs points d’appui deviennent plus grêles et les ornements accumulés semblent d’ailleurs avoir pour but de les dissimuler.

En France, les malheurs du temps favorisèrent le développe- Fig. po. — Église Saint-Pierre, à Caen . ment de Ces dangereuses clocher- tendances, car ces édi-

fices, commencés à la fin du xm° siècle, ne furent

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achevés qu’aux xv® et xvi6 siècles, au moment où les principes de l’a rt dit gothique étaient déjà en pleine décadence.

Cependant il convient de citer des édifices célèbres par la hardiesse de leur construction et la magnificence de leur décoration, sinon par la pureté de leur style. En France, le clocher de Saint-Pierre de Caen, qui montre l’analogie, l'air de famille pour ainsi dire, qui existe entre les édifices normands; celui de Saint-Michel, à Bordeaux, dont la flèche, détruite par un ouragan en 1768, vient d'être rétablie à sa hauteur primitive de 1 10 mètres; en Autriche, le clocher ou dôme de Saint-Etienne, une des constructions les plus importantes de ce pays et qui fut terminée en iqdd; le clocher de la cathédrale de Fribourgen-Brisgau (grand-duché de Bade), l’un des

Fie. 91. — Saint-Michel, à Bordeaux. Clocher.

l’architecture gothique.

plus beaux et des plus importants, élevé d’un seul jet vers la tin du xiv' siècle et terminé, par sa flèche ajourée, vers le milieu du siècle suivant.

En Belgique, la cathédrale d’Anvers, commencée au milieu du xive siècle, ne fut terminée qu’un siècle plus tard par sa net avec ses quatre bas côtés. La façade de la cathédrale aurait été commencée vers 1406 par un maître maçon boulonnais, du nom de Pierre Amel; mais des deux tours clochers, celle du Nord fut seule achevée .en 1 5 1 8 ; son principal mérite consiste dans la hardiesse de sa construction, dans sa hauteur extraordinaire — 123 mètres — plutôt que dans la pureté de sa composition et de ses détails empruntés à toutes les époques de l'architecture dite gothique.

Chœur. — Dans les églises chrétiennes le chœur1 proprement dit a été établi long-

Fig. 92. — Cathidrale de 7ribourg-en-Bri$g iu (grand-duché de Bade). — Clocher.

1. L'Architecture romane, par Éd. Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.

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temps avant les chapelles

A l’extrémité de la nef de la basilique, au centre du chalcidique, ou transsept, donnant au plan basilical la forme d’un T ou d’un Tau — figure symbolique vénérée des chrétiens parce que le Tau était l’image de la croix — se trouvait l’autel, le sanctuaire et la place des diacres et des sous-diacres. ‘L’autel était placé au milieu, entre l’hcmicycle, ou abside, et l’arc triomphal s’ouvrant sur la nef. L’hémicycle, ou abside, qui avait été jadis le tribù-

i. Encyclopédie de l’architecture et de la construction, article Chœur -Chapelle , par Éd. Corroyer.

Fig. 9 j. — Cathédrale d’Anvers (Belgique). Clocher, tour Nord,

i)+ L’ARCHITECTURE GOTHIQUE.

nal, devint pour les chrétiens le lieu réservé aux prêtres ordonnés — presbyterium. Un banc circulaire interrompu au milieu par un siège plus élevé — consistorium, — contournait le mur circulaire du fond, et la place éminente — suggestus — était celle de l’évêque ou du dignitaire qui le remplaçait.

Cette partie delà basilique changea encore de destination; elle cessa d’être le presbyterium pour devenir le martyrium, c’est-à-dire le lieu qui recevait le corps du saint, patron de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la dévotion des fidèles; cet usage existait déjà avant l’an 5oo, dans la première basilique de Saint-Martin à Tours.

L’abside primitive n’était éclairée que par le jour venant de la nef ou du transsept. Transformée en martyrium, elle fut non seulement percée de fenêtres, mais encore, suivant certains auteurs, elle aurait été ajourée et même ouverte à sa base, afin d’être mise en commu-

nication avec une galerie basse qui la contournait. De sorte que la disposition si caractéristique des églises du moyen âge remonterait au ve siècle.

Par la suite, lorsque l’usage prévalut de placer l’autel au fond de l'hémicycle ou abside, les sièges furent disposés en avant pour l’évêque, les prêtres et les chantres — pour le chœur. — Dans les églises monastiques, bâties selon la tradition latine, le chœur était le plus souvent établi dans la croisée du transsept ou, si le plan de l'église était plus simple, dans la nef. 11 en était séparé par des cloisons basses, de pierre ou de marbre. On trouve même des exemples de deux chœurs : l’un à l'orient et l’autre à l’occident.

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ns

Dans les premières e'glises construites à l'époque dite romane, le chœur était limité à l’espace compris entre les piliers de la croisée du transsept; il prit bientôt un développement considérable, surtout dans les grandes églises monastiques. Les religieux entouraient le chœur et le sanctuaire de clôtures en pierre ou en bois, disposées entre les colonnes du pourtour, et ils fermèrent l’entrée vers la nef par un jubé, dont la partie supérieure était accessible aux clercs, pour la lecture de l’épître et de l’évangile. Les évêques, n’ayant pas les mêmes motifs que les religieux pour clore le chœur de leurs cathédrales, voulurent au contraire offrir aux fidèles de larges espaces dans lesquels les cérémonies se développaient librement.

Les architectes de la fin du xii* siècle et du commencement du xme construisirent de grands édifices selon ces idées; cependant celles-ci se modifièrent encore, car on voit sous le règne de saint Louis, et surtout plus tard, les chœurs des grandes cathédrales s’entourer comme ceux des églises monastiques de clôtures hautes en pierre protégeant les rangées de stalles fixes en bois, ornées de dossiers surmontés de dais richement sculptés.

Parmi les chœurs les plus célèbres, on peut citer ceux des cathédrales de Paris, d’Amiens, de Beauvais, d’Auch, de Spire, de Worms, de Burgos, de Lincoln, de Cantorbery, etc., etc. Mafs, afin de donner satisfaction au peuple auquel les clôtures dérobaient la vue des cérémonies du culte qui se faisaient dans le chœur, on éleva autour du chœur et du sanctuaire des chapelles, ménagées dans le mur de l’abside et dans les bas côtés de la nef.

Chapelles. — Dès la fin du xe siècle, suivant M. de Caumont, on voit quelquefois les bas côtés conduits tout autour du chœur et du sanctuaire, et communiquant avec lui par des arcades portées sur des colonnes; ces bas côtés durent dés cette époque donner asile à quelques chapelles. Au xie siècle, l’allongement du chœur et ces dispositions devinrent d’un usage général dans les grandes églises; elles apportèrent des modifications importantes dans le plan des églises. L’église de Vigr.ory, qui date du xe siècle1, montre une abside cantonnée de trois chapelles, dont le plan rappelle celui du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

L’église de Saint-Savin, bâtie au xi® siècle, a cinq chapelles autour du chœur, et les églises d’Auvergne, Notre-Dame-du-Port à Clermont, de Saint-Paul à Issoire, entre autres, qui remontent au commencement du xii* siècle, présentent à ce sujet des particularités fort intéressantes. Ce qu’ii faut remarquer, c’est l’importance donnée à l’abside des édifices religieux élevés à cette époque par l’ensemble de ces chapelles rayonnant autour du chœur.

Ces chapelles absidales ne consistent, en général, qu’en une demi-tour ronde, voûtée en quart de cercle et percée d’une ou de plusieurs fenêtres cintrées. A l’extérieur, elles sont souvent plus ornées, par des moulures, des modillons et même par des pierres de couleurs diverses, incrustées dans les parements. On voit rarement, à l’époque dite romane, des chapelles élevées entre les contreforts des bas côtés des nefs, mais un

i. L’Architecture romane, par Édouard Corroyer. — Alcide Picard, éditeur.

iL’ARCHITECTURE RELIGIEUSE.

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