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MAISONS COMMUNES, BEFFROIS, PALAIS

L'évolution sociale qui produisit l’affranchissement des communes commença dès le xi® siècle, mais la manifestation de ce grand événement politique ne se produisit que beaucoup plus tard.

Jusqu’au xiv' siècle, les communes eurent à souffrir des vicissitudes sans nombre pour exercer les droits que leur donnaient les chartes consenties par les suzerains, non sans difficultés et résistances, toutes naturelles d’ailleurs, puisque ces droits qu’ils avaient octroyés étaient une atteinte portée à leur despotique autorité seigneuriale. Aussi dès qu ils pouvaient reprendre ce qu’ils avaient donné et abolir la commune, ils exigeaient d’abord la démolition de la maison de ville et du beffroi. Ce qui explique qu'il ne soit resté que

de très rares vestiges des maisons communes antcrieures au xiv° siècle.

Maisons communes . — Quelques grandes cités du Midi avaient élevé des maisons communes : à Bordeaux, dès le xit° siècle et suivant les traditions romaines; à Toulouse, vers la même époque, où la maison de ville était une véritable forteresse.

Mais la plupart des communes naissantes étaient dans une grande misère; les charges et les redevances qui leur étaient imposées étaient si lourdes qu’il leur était impossible de songer à bâtir la maison commune.

Au xiv° siècle, la commune de Paris même n’avait qu’une maison de ville des plus modestes, car c’est seulement en i 3 5 7 que le receveur des gabelles vendit à Etienne Marcel, prévôt des marchands, un petit logis consistant en deux pignons et qui tenaient à plusieurs maisons bourgeoises. Ce qui prouverait que, jusqu’à cette époque, la maison communale n’avait rien qui la distinguât des autres habitations.

A la tin du meme siècle, Caen possédait une maison commune qui avait quatre étages de hauteur.

Pendant le xni° siècle, la monarchie, la noblesse et le clergé, l’expression des pouvoirs en ce temps, avaient créé des villes et des communes nouvelles.

Dans le Nord : Villeneuve-le-Roi, Villeneuvc-lc- Comte et Villeneuve-l’Archevêque durent leur existence matérielie et communale à la manifestation de la puissance de ces divers pouvoirs.

Dans le Midi, la guerre des Albigeois avait ravagé, ruiné et même détruit plusieurs cités. Ces mêmes pouvoirs publics reconnurent la nécessité de repeupler ces

pays décimés par une guerre cruelle. Les seigneurs

féodaux, laïques et religieux attirèrent dans des centres

les populations dispersées en leur concédant des terres pour former des villes nouvelles et ils les fixèrent par l’apparence de la liberté qu’ils leur donnaient en leur octroyant des franchises communales.

D’après de Caumont et Anthyme Saint-Paul, les villes neuves ou bastides sont reconnaissables à leurs noms, à la régularité de leur plan ou à ces caractères réunis.

Quelques noms marquaient soit une dépendance ou une origine royale plus particulière, comme Réalville ou Montréal, soit des privilèges octroyés à la ville, comme Bonneville, la Sauvetat, Sauvctcrre, Villefranche, ou simplement la Bastide ou Villeneuve.

Enlin un certain nombre portent les noms de provinces et de villes françaises, ou même étrangères, cités par Ant. Saint-Paul dans Y Annuaire de l'archéologie française : Barcelone ou Barcelonnette, Beauvais, Boulogne, Bruges, Cadix, Cordes (pour Cordoue), Fleurance (pour Florence), Bretagne, Cologne, Valence, MiéLan (pour Milan), la Française et Francescas, Grenade, Libourne (pour Livourne), Modène, Pampclonne (pour Pampelune), etc.

Une ville neuve ou bastide a généralement la forme d’un rectangle dont deux des côtés mesurent environ deux cent vingt-cinq mètres et les deux autres cent soixante-quinze, comme Sauveterre d’Aveyron , par exemple. Au milieu est ménagée une place à laquelle quatre rues aboutissent, partageant la ville en quatre parties. Cette place est entourée de galeries, en plein cintre ou en arc brisé, qui sont couvertes par une charpence, ou des voûtes, ou des arcades transversales, d’ou

L’AKCHITECTURE CIVILE.

est venu le nom de place des Couverts , encore usité dans certaines villes du Midi.

Au centre de la place se trouvait la maison commune dont le rez-de-chaussée servait de halle publique. La

Fig. 220. — Maison commune el beffroi d’Ypres (Belgique).

bastide de Montréjeau a conservé cette disposition et on peut citer pour leur régularité les villes de Montpazier, avec ses rues couvertes par de grandes arcades en arc brisé; puis, Eymet, Domme et Beaumont, Libourne, Sainte-Foy et Sauveterre de Guyenne, Damazan et Montfianquin, Rabastcns, Mirande, Grenade, l’Isle d’Albi et Réalmont, etc. Plusieurs bastides ont été fondées en Guyenne par les Anglais. Enfin la ville basse de Orcassonne, fondée en 1247, et Aigues-Mortes, en

Fig. 221. — Halle et beffroi de Bruges (Belgique).

1 248, sont également des villes neuves ou des bastides1.

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