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I. 'ARCHITECTURE CIVILE. ,5J

très aigu, décoré de plusieurs étages de lucarnes; les

Eig. 225. — Beffroi de Gand (Belgique).

pignons sont couronnés par trois élégantes tourelles

ajourées et surmontées de délicates pyramides. Les façades latérales sont ornées de trois étages de statues et de sculptures allégoriques, couvrant toute la surface avec une véritable profusion ; aussi ces dentelles de pierre, trop délicates, ont subi les atteintes un peu rudes du climat et elles ont dû être refaites en partie vers 1840.

Beffrois. — Dès les premiers temps de l’affranchissement des communes, lesignaldes réunions était donné par les cloches, qui n’existaient alors que dans lestours des églises et qui ne pouvaient être sonnées qu’avec l’autorisation du clergé. On conçoit que le nouvel état de choses occasionna des conflits sans cesse renaissants, le clergé régulier n’étant pas disposé à favoriser ce mouvement — séparatiste — qui était une atteinte portée à ses droits féodaux. Afin d’éviter ces luttes incessantes les bourgeois établirent des cloches au-dessus des portes des villes; puis vers la lin du xne siècle et dès le commencement du xiii*, ils élevèrent des tours destinées à contenir les cloches de la ville.

C’est l’origine du beffroi, expression visible des franchises communales. Il faisait corps avec la maison commune, mais il était aussi souvent un édifice isolé.

Le beffroi isolé était une grosse tour carrée, à plusieurs étages et couronnée par un comble en charpente, recouvert d’ardoises ou de plomb; l’un des étages renfermait les cloches et au sommet se trouvaient les clochettes du carillon.

A l’étage supérieur un logement, ouvert sur le pourtour d’une galerie, était ménagé pour le guetteur qui

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avertissait les habitants de tous les dangers oü événe-

Fig. 226. — Beffroi de Calais (France).

ments extérieurs et signalait les incendies. Les cloches du beffroi sonnaient le lever du soleil et le couvre-ieu.

Le carillon i-ndiquait les heures et leurs divisions, et il mêlait, aux jours de fête, les notes joyeuses de ses clochettes à la voix profonde et solennelle de la grosse cloche.

L’usage de sonner la grosse cloche pour signaler les incendies est encore suivi dans un grand nombre de villes du Nord, dont la plupart ont conservé leurs beffrois malgré les modifications qu’ils ont subies à différentes époques.

La tour du beffroi contenait ordinairement une prison, une salle de réunion pour les échcvins, des dépôts d’archives, des magasins d’armes; elle fut longtemps l’unique maison commune.

En Belgique, les beffrois isolés — celui de Tournai, fondé en 1187, reconstruit en partie à la fin du xiv'siècle; celui de Gand, qui date de la fin du xne siècle pour la tour carrée surmontée d’une flèche moderne — nous donnent des exemples de ces premiers édifices municipaux.

En France, il existe encore quelques édifices de ce genre particulier.

Le beffroi de Calais, dont la tour carrée, construite pendant les xiv' et xve siècles, est couronnée par une flèche octogone commencée à la fin du xv' siècle et ne fut terminée que pendant les premières années du xvji® siècle.

Le beffroi de Béthune, qui remonte au xiv* siècle, se compose d’une tour carrée cantonnée d’échauguettes hexagones encorbellécs sur trois de ses angles; le quatrième est de même forme, mais il monte de fond et renferme l’escalier à vis qui dessert les divers étages de la tour et aboutit à une plate-forme crénelée ; au-dessus

Fig. 227. — Betfroi de Béthune (France).

du guetteur, dont les détails, aussi bien que la forme,

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s’élève une élégante pyramide couronnée par la tourelle

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ont dù inspirer l'architecte de Louvain pour la forme

Fig. 228. — BeJroi d'Erreui.

Jes tourelles qui couronnent les pignons de l’hotel de

ville. Dans l’étage supérieur se trouvent les grosses

Fig. 339. — Beffroi d'Avignon.

cloches et, dans le campanile au-dessus, sont disposées

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les clochettes du carillon. Au sommet de la tour et sur

chaque lace, un grand cadran marque les heures sui

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vant l’usage établi depuis le xiv® siècle, après l’application courante des grandes horloges.

Les villes d’Auxerre, de Beaunc, d’Amiens, d’Evreux, d’Avignon ont conservé leurs beffrois.

A Amiens, le beffroi, élevé au xin® siècle, a été sur-

Hg. 3)1. — Bourse des draps, dite la Loge, à Perpignan.

monté, au siècle dernier, d’un dôme carré; mais il a conservé, dit-on, sa grosse cloche du xiv' siècle.

Le beffroi d’Évreux existe encore tout entier à peu près tel qu’il a été construit au xv® siècle. Celui d'Avignon, de la fin du xv® siècle, a été fort heureusement conservé lors de la reconstruction de l’hotel de ville moderne.

A Bordeaux, la porte de l’hôtel de ville, dite la grosse cloche, nous montre un exemple de la tradition ancienne,

suivant laquelle on établissait un beffroi au-dessus des portes de ville. Le beffroi de Bordeaux, qui paraît être de la fin duxve siècle, est particulièrement remarquable; il est formé de deux tours, reliées par une courtine dans laquelle s'ouvre un passage couvert par des arcs; un autre arc au-dessus abrite la grosse cloche, et l’ouvrage est couronné par un comble central accosté des deux combles coniques des tours latérales.

Les halles, les entrepôts et les Bourses étaient souvent des dépendances des maisons communes et, s’il reste encore quelques exemples de ces établissements : halles et entrepôts, les Bourses ou salles de réunion destinées aux marchands sont plus rares. Nous pouvons cependant signaler, à Perpignan, une maison dite la Loge, construite en 1 3 96 pour servir de Bourse au commerce des draps de la Catalogne française et du Roussillon, et qui est remarquable par les détails de sa construction et de sa décoration, qui rappellent les caractères de l’architecture espagnole du xiv« siècle.

Palais. — Au moyen âge, on désignait sous ce nom la demeure du suzerain, et la partie capitale de son palais était la basilique, c’est-à-dire la grande salle ou se rendait la justice.

Les seigneurs suivirent l'exemple du roi en construisant des palais dans la capitale de leurs seigneuries, comme celles de Dijon, de Troyes et de Poitiers principalement.

Les résidences urbaines des archevêques et des évêques prenaient également le nom de palais.

Les cours, les parlements et les tribunaux de l’officialité se tenaient dans le palais du suzerain ou dans

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celui de l’évêque, et certains bâtiments étaient publics. Une grande salle, la grand’salle, était la partie la plus importante de ces palais; elle occupait un vaste espace

Fig. 2}2. — Palais épiscopal, à Laon.

couvert dans lequel se tenaient les cours plénières, les assemblées des vassaux et se donnaient les banquets. Elle était desservie par des galeries ou promenoirs, et une chapelle était toujours comprise dans le plan du palais. Celui-ci se composait du logis du seigneur et de ses gens, avec les dépendances souvent très étendues ; puis des bâtiments pour les archives, des maga-

L’AKCHITECTUK E GOTHIQUE.

sins, des prisons et toute espèce de constructions accessoires divisées par des cours et souvent meme par des jardins.

A Paris, le palais proprement dit, élevé dans l’îîe

Fig. 2}}. — Archevêché d’Albi. — Plan.

de la Cité, comprenait des bâtiments construits depuis saint Louis jusqu’à Philippe le Bel et, à partir de l’époque de Charles V, il fut affecté spécialement au service de la justice.

11 parait ne rester actuellement des constructions de saint Louis que la Sainte-Chapelle, les deux grosses tours et la courtine qui les relie, sur le quai de l'Horloge, ainsi que la tour carrée à l’angle du quai.

Parmi les palais des seigneurs on peut citer celui de Troyes, construit par les comtes de Champagne, et

qu’ils habitèrentjusqu’au xnr siècle, époque à laquelle ils établirent à Provins leur demeure seigneuriale; le paiais des comtes de Poitiers, à Poitiers, était un des plus remarquables; il fut brûlé par les Anglais, en 1346, puis réparé ou rebâti à la fin du xiv® siècle par le frère du roi Charles V, le duc Jean de Berry, qui fit

Fig. 2} + . — Arche»êchi d’Albi. — Vue d’ensemble.

eiever, entre autres ouvrages, la curieuse cheminée ae la grande salle, qui sert aujourd'hui de promenoir, ou de salle des pas perdus, au Palais de Justice.

Les palais des évêques ont un caractère différent. Ils étaient le plus souvent à côté des cathédrales avec lesquelles ils communiquaient et ils s'élevaient au nord ou au sud, selon les dispositions locales. Le signe caractéristique du pouvoir épiscopal qui était tout à la fois religieux et civil, tout au moins dans les premiers

siècles du moyen âge, c’est la grande salle qui devint plus tard l’oflicialité et la salle synodale. L’évêché de Paris, reconstruit vers 1160, par Maurice de Sully, conservait ce caractère particulier qui est encore plus accusé à Sens, par une salle magnifique dépendant de l’évéché et dite salle synodale.

Les habitations des chanoines étaient placées égalc-

Fig. 2} 5. — Palais des Papes à Aviguon. — Plan.

ment près des cathédrales, mais du côté opposé au palais épiscopal; elles étaient entourées d’une enceinte fermée le soir. Les chanoines étaient destinés à aider l’évêque pour desservir la cathédrale, et ils vivaient en commun dans les dépendances de la cathédrale avec laquelle elles étaient reliées par des galeries et un cloître

1. Voir VArcliitecture monastique, les cloîtres du Puy-en-Velay et d’Elne en Roussillon.

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Les palais épiscopaux étaient souvent remarquables par les recherches de leur construction ; ceux de Beauvais, d’Angers, de Bayeux, d’Auxerre, ont conservé des vestiges de leurs bâtiments primitifs.

L’ancien palais épiscopal de Laon 1 montre les progrès réalisés par les architectes du xm° siècle, qui faisaient quelquefois du palais même une seconde ligne de défense se rattachant, comme à Laon, aux remparts de la cité.

Cette disposition existait également à Narbonne. Rebâti à la fin du xnr siècle et pendant le siècle suivant, l’évêché était alors une place forte, témoignant de la puissance de ses évêques par l’importance de leur Dalais, qui était, après celui d’Avignon, une des plus grandes résidences épiscopales.

Du reste, à partir de cette époque, la demeure des évêques prend des proportions considérables, en rapport avec les immenses cathédrales qui s’achevaient ou s’élevaient en ce temps; le palais épiscopal s’agrandissait dans ses bâtiments principaux et dans ses dépendances selon la puissance temporelle et la richesse de l’évêché; on peut en avoir une idée par la chapelle particulière de l’archevêché de Reims, élevée vers le milieu du xm* siècle.

L’archevêché d’Albi présente cette particularité qu’il ressemble à un château féodal, avec ses bâtiments dominés par un donjon, et défendu par des murs, des tours qui se relient aux remparts de la cité et à la grande forteresse, c’est-à-dire la cathédrale, commandée elle-

i. I.e siège de l’évêché a été transféré à Soissons depuis 1809.

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même par un clocher qui est plutôt un formidable donjon ’.

Ces dispositions défensives, transformant l’église et la demeure de l’évêque en forteresse, s’expliquent par les guerres dont ce pays avait été le théâtre et dont

Albi avait, plus que toute autre ville, subi les terribles conséquences.

Le palais des papes, à Avignon *, commencé au xiv* siècle par le pape Benoît XII, est, avec le palais des évêques à Narbonne, un des plus beaux exemples des évêchés-forteresses du moyen âge.

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