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CHAPITRE VI

ÉGLISES F. T CATHÉDRALES DES XIIe ET XIIIe SIECLES.

L’étude des grands édifices du moyen âge est des plus attachantes, mais il faut convenir qu’elle est en mêm» temps des plus difficiles. L’obscurité qui couvre l’origine de ces monuments est profortde et souvent impénétrable.

L’indécisior. sur ia date de leur consiruction doit provenir de ce que la date de fondation d’un édifice est souvent prise pour celle de sa consécration; généralement il a été construit, puis simplement modifié plutôt que complètement réédifié sur le même emplacement consacré.

La cause principale de la destruction partielle ou totale de ces édifices religieux était la foudre. Tombant sur le cio, cher, sur la tour ou sur la toiture, elle incendiait la charpente de la nef centrale, ce qui n’était qu'un accident réparable; mais la charpente s’écroulant, les bois incandescents calcinaient les piles çt

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

entraînaient la ruine de l’édifice; on le restaurait alors ou on le reconstruisait selon les usages du temps De sorte que, suivant que les notes historiques sont plus ou moins authentiques ou que les faits sont traduits plus ou moins fidèlement, il résulte souvent une confusion pour les monuments disparus ou une contradiction entre les relations transmises et les édifices qui existent encore.

Rajeunir les monuments ou le plus souvent les vieillir, suivant des théories intéressées, est d’autant plus facile qu’on n’a pas à redouter le démenti des autc urs: c ir,à

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part quelques exemples, pjg Jt p,g|ise de Laon p)an il est souvent difficile

d’assigner une dateexacte à la construction des grandes églises abbatiales et des cathédrales, ou, si l’on peut fixer ces dates, on ne connaii pas exactement les auteurs

Sa L’ARCHITECTURE GOTHIQUE.

de ces magnifiques monuments'. Cet anonymat s’expliquerait peut-être par ce fait que les architectes étaient des religieux et que l’honneur de leurs travaux s’attachait à la corporation même, à l 'ordre tout entier plutôt qu'aux individus, membres de l’ordre qui, presque toujours, avaient fait vœu d’humilité.

Les savants modernes, architectes et archéologues les plus autorisés, n’ont pas encore fait la lumière totale sur cette question; ils procèdent la plupart du temps par des hypothèses ingénieuses, par des raisonnements savamment déduits, qui ne donnent pas cependant des dates absolument sûres. Mais ce qui ne trompe pas, c’est l’étude architectoniquequ’il fautfaire de l’édifice même, sans négliger, bien entendu, les documents historiques; elle établit que l’art a suivi au moyen âge, comme en tout temps, les lois immuables de la filiation et de la transformation; elle montre le parti adopté par les constructeurs, leurs recherches, leurs hésitations, leurs erreurs et leurs repentirs même.

C’est sur ces documents certains qu’il convient d’étudier l’origine d’un édifice et ses transformations successives, ce qui a eu lieu plus souvent qu’une reconstruction totale; car ce n’est qu’à partir du commencement du xnr siècle que l’on construisit de toutes pièces ces grandes églises, ces immenses cathédrales qui existent encore en grand nombre1.

i. Il est possible, sinon facile, de suivre les progrès architectoniques des édifices du moyen âge sur un grand nombre d’églises ou cathédrales construites pendant les xu' et xme siècles; cependant, pour faire la synthèse que nous voulons établir, nous avons pris comme types des églises ou cathédrales du domaine royal et principalement de l’Ile-de-France, parce que ce sont elles qui

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE. SI

Les grandes églises abbatiales élevées dans le do maine royal pendant les dernières années du xna siècle, continuées et achevées dans les premières années du xiii®, conservent des traditions plus anciennes.

A Laon, qui procède deNoyon et du transsept sud de Soissons, l'église se compose d'une nef, avec transsepts, et de bas côtés à deux étages, voûtés sur croisée d'ogives, au-dessus desquels s’élèvent des arcs-boutants —

comme à Sois- Fig. JJ. — Église de Laon.

. . Vue intérieure de la nef.

sons — qui maintiennent les voûtes supérieures du vaisseau central.

ont servi d’exemples aux constructeurs de ces temps et celles qui réunissent, au plus haut degré, les caractères des diverses transformations que nous voulons étudier.

Cette disposition des bas côtés prouve la continuité

Fig. j + . — Église Laon.

Façade principale.

des formules normandes, de meme que le mode de

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Fit;. }$• — Eglise de Laon. — Façade de l'abside.

construction des voûtes principales démontre l’influence persistante de la coupole

La voûtecentrale, admirablement construite sur plan carré comprenant deux travées, selon les méthodes angevines dérivant directement de la coupole aquitaine, indique que, si les constructeurs de l’église de Laon étaient en pleine possession de ces méthodes, ils éprouvaient encore quelques inquiétudes sur les fonctions de l’arc-boutant. Celui-ci est nécessaire au droit des piles recevant les retombées réunies des arcs-doubleaux et des croisées d’ogives, mais il n’est pas rationnel que la pile intermédiaire qui ne reçoit quel’arc-doubleau de secours, secondaire par conséquent, soit contrebuté par un arc-boutant semblable à celui des piles principales qui reçoivent en même temps les arcs-doubleaux et les croisées d’ogives.

Fig. 36. — Eglise de Laon.

Coupe sur la nef.

1 . Voir le chapitre ier, Influence de la coupole sur l'architecture dite gothique .

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Cet illogisme, si frappant à Laon, ne s'est pas manifesté à Noyon où les ar-

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construction primitive, — avaient accusé extérieurement les fonctions des piles principales par des contreforts plus saillants et plus puissants que ceux des piles secondaires.

Notre-Dame de Paris, commencée vers la tin du xne siècle et achevée, sauf les chapelles, dans la première moitié du xni®, suit, comme à Laon, les mêmes traditions normandes dans la disposition des galeries hautes des bas côtés et sux bit encore l’influence de la coupole par le parti des voûtes sur plan carré comprenant deux travées et contrebutées aussi illogiquement qu’à Laon.

Cet immense édifice, composé d’une nef et de doubles bas côtés de hauteur égale, contournant le

chœur semi-circulaire, paraît être une des premières cathédrales à cinq nefs; il marque par son plan

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Fig. 37. — Notre-Dame de Paris.

Plan.

Le parti de construction pour les galeries hautes intérieures, voûtées sur croisée d’ogi ves, rampantes atin d’éclairer

grandiose, par la hardiesse de ses combinaisons et la

perfection de ses détails, de sa construction, les progrès considérables réalisés par les architectes de l’Ile-de-France.

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pjg. — Notre-Dame de Paris. Coupe delà nef.

la gaicric au-dessus de la toiture des appentis couvrant

L’ARCHITÊCTURË RELIGIEUSE.

ie deuxième bas côté, ainsi que la hardiesse des arcsboutants à grande volée franchissant les deux bas côtés contrebutan t les grandes voûtes du vaisseau central, démontrent que les constructeurs de Notre-Dame de Paris avaient adopté, même dans leurs excès, les diverses méthodes en usage et qu’ils les employaient avec une habileté et une adresse incomparables.

Les traditions normandes qui s’étaient propagées dans P Ile-de-France s’éteignent dans les premières années du xiu® siècle. A Châlons-sur-Marne, la nef de la cathédrale est encore accompag

Fig. 39. — Notre-Dame de Paris.

Arcs-boutants et tour sud.

née de bas côtés à deux étages ; mais

la galerie haute, voûtée, rétrécie, montre la fin de cette disposition traditionnelle.

L’influence de la coupole s’est maintenue plus longtemps par le parti adopté pour la construction des voûtes. Langres le prouve par la forme bombée de ses voûtes, qui, malgré leur plan rectangulaire, semblent être une copie réduite des nefs angevines.

Les nefs de Sens et de Bourges sont encore voûtées

piles principales que pour les piles intermédiaires, disposition plus prudente que logique, qui prouve une fois de plus avec quelle défiance les constructeurs employaient ce système de soutènement extérieur, caractérisé par un arc libre exposé à tous les dangers des intempéries, l’existence même de l’édifice étant subordonnée à la durée d’un et ai aussi fragile.

La cathédrale de Sens est un exemple d’une nouvelle transformation qui s’opère par la suppression de

Fig. 40. — Cathédrale de Sens.

Plan d’une travée.

Voûtes sur plan carré comprenant deux travées.

sur plan carré reportant, par la croisée d’ogives, les charges des voûtes de deux en deux piles, la pile intermédiaire ne soutenant que l’arcdoubleau, de se cours , dont nous avons déjà parlé.

Cependant les arcsboutants extérieurs sont semblables, aussi forts pour les

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la galerie haute des collatéraux. Les bas côtés sont voûtés et couverts par une toiture en appentis; l’arc-boutant à simple volée s’élève au-dessus et vient contrebuter les voûtes de la nef centrale. L’édifice est solidement établi; sa structure est savante, mais elle est aussi illogique qu’à Laon et à Paris, parce que les arcs-boutants qui sont égaux extérieurement ne répondent pas à leurs véritables fonctions, puisque les poussées intérieures ne sont pas égales.

La cathédrale de Bourges, qui paraît avoir été construite, si elle n’a pas été achevée, dans la pre-

Fig. 41. — Cathédrale de Sent. — Coupe d’une travée de la nef.

mière moitié du xm® siècle, montre une autre disposi-

Ai L'ARCHITECTURE GOTHIQUE.

tion que celle de Sens. L’édifice comprend cinq nefs et rappelle, en plan, Notre-Dame de Paris; mais le parti est très sensiblement différent. Les bas côtés joignant la

nef centrale ne sont plus surmontés d’un étage, ni égaux en hauteur; les deux nefs latérales s’étagent afin de ménager des jours éclairant l’église (fig. 43). Le vaisseau central est encore voûté sur plan carré comprenant deux travées; mais le même illogisme que nous avons constaté plusieurs fois déjà, et sur lequel nous croyonsdevoir insister afin de le mieux connaître après une étude approfondie, s’accuse encore plus à Bourges que partout ailleurs, en raison de l’importance extrême des arcs-boutants dont les doubles volées franchissent les collatéraux.

A Bourges, comme à Sens, la partie intérieure comprise entre le sommet des archivoltes basses et la base des fenêtres hautes : frise, litre, — ou triforium, selon la désignation moderne, — n’e st plus qu’une décoration

Fig. 42. — Cathédrale de Sens.

Vue intérieure des travées latérales.

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traditionnelle composée d’arcatures formant galerie de passage et occupant à .l'intérieur la hauteur prise à l’extérieur par la toiture adossée des bas côtés. A Sens, cette galerie est simple; à Bourges, elle

est double par la disposition très particulière résultant de l’étagement des bas côtés,qui paraît être une application des méthodes angevines et poitevines, très habi-

Fig. 4j. — Cathédrale de Bourges. — Coupe sur la nef.

lement combinées avec celles de l'Ile-de-France.

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