JO INDE
La Kaabah de La Mecque dont la création est attribuée par la légende a Ahraham a été réédifiée, deux ans avant l'Islam, par un architecte copte avec des matériaux venus d'Egypte 1 , ce qui exclut l'idée d'une architecture locale bien vivacc. Djeddah, port de La Mecque, a été fondé par des marchands persans 2 . Enfin, les mosquées de Syrie furent construites par des architectes grecs. Il n'y avait pas d'art arabe, il n'existait que des arts persans, byzantins et coptes. L'art arabe, c'est-à-dire l'art musulman, ne s'est formé que plus tard. L'architecture des ports de l'Arabie et dulémen, simple pavs de transit 3 , ne pouvait être qu'une architecture de rellet avec certaines particularités locales. Quant aux fameuses fenêtres munies de balcons qui auraient été murées lors de l'adoption de la religion musulmane et qui sont encore visibles sur les façades actuelles, nous ferons remarquer: i° que dans beaucoup de pays mahométans les femmes ne sont ni claustrées ni voilées, le Coran ne prescrivant rien à cet égard ; 2° qu'il est absolument improbable que les nombreuses maisons de rapport dont les fenêtres ont été condamnées et qui sont visibles sur le panorama de Sana ci-joint aient été construites avant le vn e siècle de notre ère.
Nous arrêtons ici cette trop longue digression sur les loggias. Nous avons voulu dire d'un seul coup le peu que nous savions sur cette matière et faciliter ainsi les recherches ultérieures des érudits. A notre avis, la solution de la question peut se trouver en Perse et sur les grandes routes qui relient la Perse à l'ancien empire gréco-bouddhique de Kanishka, par la Bactriane et l'Afghanistan. L'architecture du nord de l'Inde, et spécialement de l'Himalaya, c'est-à-dire de toute la région du Cachemire, des bassins supérieurs de Tlndus, du Gange et du Brahmapoutra jusqu'à la Birmanie, en y compre-
i. Gayet. L'Art arabe, p. 18.
2. Heyd. Histoire du commerce du Levant au moyen âge, T 1 ' vol., p. 32.
3. C'est à tort que le Yémen était appelé le pays des aromates. C'était un simple entrepôt ; les aromates venaient surtout de l'Inde.
nant même le Thibet, n'a pas varié depuis le 111 e siècle avant notre ère jusqu'à nos jours ; c'est toujours l'architecture des palais en brique et en bois, avec loggias et à étages en encorbellement des bas-reliefs de Sanchi. Ces formes architecturales, qui ne pouvaient prendre naissance que dans un pays boisé, ont cheminé lentement étapes par étapes par le Turkestan chinois, où Stein a fait de si curieuses découvertes de ruines et de tablettes bouddhiques, par l'Afghanistan et aussi, bien entendu, par les voies maritimes.
L'étude de ces étapes, jusqu'à Bagdad, reste encore à faire. C'est là qu'on trouvera peut-être les origines de l'art musulman, en ce qui concerne l'appoint apporté par l'art hindou.
En terminant, résumons la question de manière précise ; les loggias existaient certainement dans le bassin de la Méditerranée au i er siècle de notre ère, ainsi que l'indiquent les fresques de Boscareale, mais elles n'existaient probablement qu'à l'état d'exception puisqu'on n'en trouve aucun exemple, ni dans les ruines, ni dans les basreliefs, ni dans les écrits des anciens. Elles ont apparu ensuite brusquement au xu e siècle, à l'état systématique, dans les états musulmans de la Méditerranée. Peut-être venaient-elles de Bagdad, ce creuset de l'art musulman, à la suite des expéditions musulmanes du vn e siècle et des siècles suivants dans l'Inde? C'est notre avis, mais pour le moment il serait imprudent de se prononcer de façon définitive.