FOU-NAN ET CAMBODGE
Les seuls renseignements que nous possédions jusqu'au vi e siècle de notre ère, sur le Fou-Nan dont faisait partie le pays khmèr (Cambodge), nous sont parvenus parles récits des Chinois.
Au 11 e siècle de notre ère, un certain Houcn-Tien, probablement hindou, venu du sud, débarqua au Fou-Nan après un combat naval heureux, s'empara du pouvoir, épousa la reine, et tout en agrandissant ses nouveaux états, fit œuvre de législateur et de civilisateur dans le sens hindou 1 .
Au iii c siècle, il y a déjà échange d'ambassadeurs entre le roi du Fou-Nan et le roi desMurundas, qui régnait sur le Gange. Des ambassadeurs chinois rencontrent, à la cour du Fou-Nan, l'ambassadeur indien 2 .
Au iv e siècle, le brahmane Kaundinya arrive des Indes en réformateur de la religion et des mœurs.
A cette époque, les habitants du Fou-Nan étaient nus, laids, noirs, disent les Chinois, mais ils savaient ciseler les métaux précieux,
i. Maspcro. L'Empire Khmèr, p. 23. — Pelliol. Le Fou-Nan (Bulletin de VÉcole française d'Extrême-Orient), III, p. 349 et suivantes. — Aymonier. Le Cambodge, III, p. 325 et suivantes.
2. S. Levi, Deux peuples méconnus, extrait des Mélanges. Charles de Harlez, p. 176.
avaient des bibliothèques et des palais et suivaient les mêmes usages que les Chams.
Le manque de costume ne constitue pas du reste nécessairement un manque de civilisation sous les tropiques, et nous savons, par Marco-Polo, qu'au xm e siècle les populations du Coromandel qui ont édifié les magnifiques monuments couverts de sculptures que nous admirons encore de Madras au Gap Gomorîn, n'avaient pour tout costume que des bijoux. Il eût été singulier, dans ces conditions, que les Indo-Chinois aient cru nécessaire de se vêtir plus lourdement que leurs maîtres et professeurs en civilisation. La peau noire, ou plutôt foncée, que l'on rencontre encore fréquemment au Cambodge, surtout chez les cultivateurs, provenait tout naturellement d'une prédominance plus marquée qu'aujourd'hui du sang aborigène sur le sang hindou chez les métis.
Au vi e siècle, les stèles gravées viennent enfin en aide à l'histoire et complètent les Annales et les rapports des ambassades chinoises que nous avons uniquement, et par nécessité, mises à profit jusqu'ici. Un certain Bhavavarman, seigneur de la principauté Khmère de Çambhupura (Sambor, sur le Mékong), vassal de la maison royale de Vyâdhapura (Angkor-Borei au nord de Ghaudoc), se révolte, chasse ses anciens maîtres et crée le royaume du Cambodge (Tchenla, pour les Chinois). La dynastie de Kaundinva et le royaume du Fou-Nan disparaissent définitivement.
La langue officielle et religieuse était le sanskrit ; la religion officielle était le brahmanisme çivaïte et vichnouite.
La chronologie des rois Khmèrs x nous est connue désormais par les stèles, jusqu'au xm e siècle, époque de la décadence de la race et de l'invasion du pays par les Thaï venus, ainsi que nous l'avons dit plus haut, des plateaux du ^unnan et du Setchouen.
i. Le nom de tous les rois se termine en Varman qui signifie : « Protégé par ». Ainsi Indravarman veut dire protégé par Indra (littéralement : « qui a pour cuirasse Indra »).
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Cette période de huit siècles, du vi e au xm e siècle, est remplie par les alliances et les guerres, généralement fructueuses, avec les cousins du Champa, c'est aussi l'époque des grandes constructions des temples et des palais qui épuisèrent le pays malgré sa prodigieuse richesse célèbre dans tout l'Extrême-Orient.
Le royaume à son apogée comprenait, croyons-nous, avec le Cambodge actuel, la Cochinchine, le Laos jusqu'à Vieng-Chan et une partie du Siam actuel. Le nord de la Péninsule malaise (sud du Siam actuel), le Pégou (le Martaban, le Tavoy et le Tenasserim) faisaient probablement partie de sa zone immédiate d'influence. La capitale correspondant à cette ère de prospérité fut, à partir du x e siècle, Angkor ïhom.
L'invasion thaï, au xni e siècle, dans la vallée duMénam, réduisit l'empire de moitié et coupa du Cambodge les Pégouans qui parlaient une langue étroitement apparentée au Khmèr, mais déjà, depuis le xi c siècle, le contact avec le Pégou avait été singulièrement amoindri par suite de la conquête de ce dernier pays par les Birmans.
Du xm c au xiv c siècle, époque de troubles, de révolutions et de luttes désastreuses avec le Siam, l'histoire reste muette pour reprendre ensuite, jusqu'à nos jours, grâce aux Annales royales cambodgiennes qui n'ont été constituées, à vrai dire, qu'à la fin du xvni ( siècle — exactement de 1 79/1 à 1797 * — à l'aide de traditions et d'archives ayant plus ou moins de valeur.
Les rois de ce malheureux pays abandonnèrent la capitale historique d'Angkor-ïhom dès le xv e siècle, après sa prise par les Siamois en 1/162, et furent réduits à occuper successivement 2 Lovek, Oudong et enfin Phnom-Penh, capitale actuelle.
Le royaume était sur le point de disparaître sous les coups répétés du Siam à l'ouest, et des Annamites à l'est, lorsque notre interven-