Aymonier. Le Cambodge, III, p
tion en i863 plaça le Cambodge sous notre protectorat et lui sauva la vie.
L'histoire du grand art monumental bindou-khmèr n'en avait pas moins pris fin des le xiv c siècle, faute de ressources et faute de bras, et avait cède la place à l'art actuel du genre chinois, lequel existait déjà depuis longtemps, mais n était employé que dans les constructions légères. Enfin, la religion officielle de brahmanique était devenue bouddhique, mais du rite de Ceylan, c'est-à-dire du Petit Véhicule. Le pâli remplaça alors le sanscrit comme langue religieuse.
CHAMPA OU LIN-YI
(Ancien Annam.)
Nous avons déjà dit qu'au point de vue ethnographique nous ne savions rien des origines du peuple cham qui occupait autrefois le pays d'Annam ; nous pensons que les Chams sont des Indo-Chinois métissés de Malais et d'Hindous, mais ce n'est là qu'une simple impression 2 .
La langue chame est une langue mixte dont le fond, surtout malais, est rempli de mots qui se retrouvent dans les langues malayo-pol) nésiennes, et foisonne d'éléments communs aux langues khmère, annamite et chinoise, sans compter un fort contingent de mots sanscrits et arabes; mais l'écriture en usage chez les Khmers et chez les Chams est originaire du sud de l'Inde et peut être rattachée au vattelutu. La langue religieuse dans les deux cas a été le sanscrit.
i. Cabaton. Nouvelles recherches sur les Chams, 190 t. 2. Idem. Les Chams de l'Indo-Chine, 190D.
CH AMP A OU LIN-YI 83
La religion était un brahmanisme çivaïte, devenu aujourd'hui un hindouisme complètement dégénéré. Le culte le plus répandu était celui du linga. Le Bouddhisme n'eut que peu de succès, mais, d'après le témoignage du pèlerin chinois \i-tsing, dès le vn c siècle, deux sectes du Hînayâna y avaient des adeptes 1 .
A partir du xm e siècle, peut-être même un peu avant, l'islamisme chiite, le môme que celui qui est pratiqué par les Persans et les Musulmans de l'Inde, prit pied au Ghampa, mais aujourd'hui il est très défiguré et n'a plus que des rapports très lointains avec la religion primitive. Les Chams réfugiés au Cambodge, sont au contraire sunnites 2 ; ils représentent actuellement la presque totalité de la nation chamc, sont assez pratiquants, font parfois le voyage de La Mecque et se tiennent en relations suivies avec les Arabes de Java, originaires de llladramaout (non loin de La Mecque), lesquels forment un groupe important de 17000 à 20000 âmes, au milieu de la population javanaise.
Les Annales chinoises mentionnent les rois chams à partir de la première moitié du 11 e siècle de notre ère ; puis vient l'inscription du rocher de Nhatrang (sud de l'Annam) (111 e siècle), les inscriptions du v c au xiv e siècle, traduites par MM. Bergaig^e, Finot et Aymonieu \ enfin les annales annamites et les très pauvres annales des Chams.
Le Champa (Annam actuel) n'a probablement jamais dépassé le Quang-binh au nord \ le Mékong à l'ouest et la Cochinchine au
1. Bulletin de V Ecole Française d'Extrême-Orient, I, page 12.
2. Aymonier. Les TcJiams. — Durand. Les Chams Bani (Bulletin de VÉcole Française d'Extrême-Orient, III, p. 55).
3. A. Bergaigne. Inscriptions sanscrites de Campa, dans Notices et extraits des manuscrits, t. 27. — L. Finol. Notes d'épigraphie, dans Bulletin de VÉcole Française d'Extrême-Orient, t. II-IV. — E. Aymonier. Première étude sur les inscriptions tchames (J. A., 1891). Légendes historiques des Chams (Excurs. el Reconn. XIV). — Triïong-Vinh-Ky. Cours a" histoire annamite , Saigon, 1875-1879.
l\. Pelliot. Deux itinéraires de Chine en Inde. Bulletin de l'École Française d'Extrême- Orient, IV, p. 190.
sud-ouest. Il fut presque toujours en guerre avec ses voisins Annamites ou Chinois, quelquefois avec les Khmers, ses cousins germains, plus rarement avec les Javanais et volontiers avec lui-même.
Des le iv e siècle, il se heurte au Tonkin, alors soumis a la Chine, et commence cette série interminable de guerres qui se terminent au xv e siècle par la conquête définitive du royaume par les Annamites.
Le iv e siècle marque donc la fin de l'expansion du peuple cham vers le Nord.
Au v c siècle, les choses vont encore à peu près, et une stèle de Mi-son, ce Saint-Denis des rois Chams, nous raconte que Gangârâja quitta le trône « qu'on ne quitte pas sans regrets » pour faire un pèlerinage sur les bords du Gange et se retremper à la source de la civilisation brahmanique * .
Aux vn c et viu e siècles, le Champa est contraint de payer tribut à la Chine, ce qui ne l'empêche pas, en 77^ (d'après la stèle de Nhatrang), de voir ses côtes ravagées par une expédition maritime malaise 2 venue de la presqu'île de Malacca et des îles malaises.
Au ix e siècle, la capitale se trouve encore à Dong-Duong, dans le Quang-nam 3 , mais au x e siècle elle est établie à Binh-dinh, non loin du port de Qui-nhon, a 200 kilomètres au Nord du siège primitif de la puissance chame. Les spécialistes ne sont pas d'accord sur l'emplacement de ces diverses capitales. Aymonier, se basant sur les Annales annamites, cite trois capitales successives : i° dans le Quangbinh ; 2° à Hué : 3° à Binh-Dinh \
A la lin du xn e siècle, des troubles intérieurs amènent l'intervention des Khmèrs, lesquels s'emparent du roi des Chams et établis-