LES DIVERS STYLES ARCHITECTURAUX DE LTNDE
Le très rapide historique que nous venons de faire va nous permettre de classer avec plus de méthode les diverses écoles artistiques ou plus exactement les divers styles qui se sont partagé l'Inde au cours des siècles et de déterminer ensuite dans quelle mesure les arts des autres pays et l'art monumental hindou se sont pénétrés.
Il est communément admis que l'art monumental hindou dérive
INDE
d'un art ancien entièrement local et original sur lequel se sont greffés, à partir du 111 e siècle avant notre ère, des apports persans, grecs et chinois ; nous savons par Mégasthène (voir plus haut), ambassadeur grec à la cour de Pàtalipulra, que les palais de la capitale, à cette époque reculée, étaient en bois et en briques, mais d'un art déjà très avancé, et nous savons aussi, par les bas-reliefs du stûpa de Sanchi (11 e siècle av. J.-C. au i (r siècle de notre ère), de Bharhut (i5o av. J.-C), d'Amaràvati (u° siècle de notre ère), que les monastères et les palais de cette période primitive étaient à plusieurs étages avec vérandas, loggias, dômes, colonnades, pavillons, le tout chargé de sculptures et d'ornements. Nous en parlerons plus longuement tout a l'heure. Le temple d'Amaràvati, les temples et monastères souterrains de Khandagiri, d'Udayagiri, de Bhaja (11 e siècle avant notre ère), de Karli (u e siècle avant notre ère), d'Ajantâ (11 e siècle av. J.-C. au vm° siècle de notre ère) donnent une idée satisfaisante de l'architecture de l'Inde jusqu au vi e siècle de notre ère, mais il nous est impossible d'en faire une description compréhensible sans y joindre de nombreuses vues perspectives qui exigeraient a elles seules un ouvrage spécial.
Tel n'est pas notre but : nous rappelons simplement au lecteur très averti auquel nous nous adressons que les premiers temples étaient creusés dans des roches friables et avaient en général l'aspect intérieur de nos églises romanes avec leur abside en cul de four, leur nef centrale et leurs bas-côtés voûtés avec colonnade. Les monastères étaient également creusés dans le rocher; ils étaient à plusieurs étages avec galeries extérieures a colonnades. Les ouvertures étaient en arcs a accolade ou en fer à cheval.
Les seuls édifices élevés au-dessus du sol sont les colonnes commémoratives d'Asoka, les stupas (fig. i) et certains couvents du Gandhâra. Les autres édifices construits en matériaux légers ont disparu.
Cette période peut être qualifiée — avec un peu d'exagération
LES DIVERS STYLES ARCHITECTURAUX DE L INDE Cf
peut-être 1 — de gréco-bouddhique, tant à cause de l'influence grecque que Ton rencontre dans beaucoup de sculptures du nord et du centre de l'Inde, qu'à cause du caractère exclusivement bouddhique de la plupart des édifices. Mais nous sommes persuadé que dans le sud de llnde des monuments assez semblables à ceux de notre époque existaient déjà, ainsi que semblent le démontrer les fresques et les bas-reliefs de Ceylan.
La religion Jaïna, contemporaine de la religion bouddhique et
Fig. i. — Sanchi (11 e siècle av. J.-G. au i cr siècle A. D.). (Lcbon. — La Civilisation de l'Inde.)
qui lui ressemble en principe, vécut parallèlement au bouddhisme et à la môme époque, mais son style est si voisin de celui de son redoutable concurrent que Ton a longtemps confondu les rares temples Jaïnas existants (grottes de Khandagiri, etc.) avec les temples bouddhiques.
A partir du vn c siècle, et surtout du vnf siècle, le brahmanisme, plus conforme à la mentalité hindoue, ayant accentué sa marche ascendante et détrôné la religion jusque-là dominante, il en résulta nécessairement des modifications dans l'architecture religieuse — la seule dont les monuments aient résisté à l'usure du temps — ,
L'influence grecque se fait peu sentir avant le i er siècle.