Ibidem, p
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sculptures sont faites sur la brique déjà en place, comme chez les Chams ; aux époques suivantes, les sculptures sont faites sur grès et apparaissent surtout sur les linteaux et encadrements des portes et fenêtres. 11 n'y a pas, du reste, de règle absolue.
L'ancienne capitale de Banteai-Prei-Angkor 1 comprenait une enceinte en terre avec palanques précédée d'un fossé sans revêtement
Fig. 02. — Linteau décoratif do la porte du sanctuaire de Han-Cliei (vie ou vn e siècle). (De Lajonquière. — Inventaire descriptif des monuments du Cambodge.)
de 2 5oo mètres décote. A l'intérieur se trouvent quelques tours en brique qui datent de la fin du vi e siècle de notre ère, ou du commencement du vn e . La tour principale est en brique, de base carrée, avec pilastres sur les faces, comme beaucoup de tours chames, sans sculptures. La partie voûtée est à six étages, chaque étage reproduisant en plus petit la décoration des faces du corps principal du monument. Il n'y a qu'une porte sans avant-corps. Le soubassement est mouluré, l'entablement est surmonté d'antéfixes à ogives. D'autres tours ont des encadrements de porte et des frontons en grès, mais le commandant de Lajonquière les croit d'une époque
i. Ibidem, p. 28g. — Lajonquière. Monuments du Cambodge, p. i35.
postérieure. 11 ne reste aucune habitation dans l'enceinte. On y remarque de grands bassins qui étaient probablement entourés de galeries en bois et d'habitations en matériaux légers pour les rois
et leur suite, habitations qui ont nécessairement disparu depuis longtemps.
En résumé, à la lin du vi° siècle et 1res certainement au vu", il existait dey à des tours en brique au toit pyramidal voûté a l'intérieur en encorbellement, présentant tous les caractères des monuments datés qui ont précédé immédiatement la grande époque khmère du ix e au xni c siècle
(fig- 93)'.
Les tours khmères, soit funéraires, soiteommémoratives, sont toujours des sanctuaires dédiés a une divinité brahmanique, généralement Çiva ou Vichnou, dont la statue occupe le centre de la salle unique du monument. Cette salle est munie d'un plancher et couverte d'un plafond en bois, qui masque la voûte a encorbellement. La porte, dans les tours les plus anciennes, est unique et fait face à l'est.
Fig. f)3. — Prasat Prah Srei (vn e siècle).
(De Lajoncjuicre. — Inventaire descriptif des monuments du Cambodge.)
i. La tour de Prasat Prah Srei serait du vi° siècle çaka d'après Aymonicr, Le Cambodge, I, p. 36 1.
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Les tours moins anciennes sont ordinairement cruciformes ou à base polygonale, mais toujours en brique, jusqu'au i\° siècle, avec les encadrements des portes en grès sculpté. Elles ont aussi très fréquemment des fausses portes ou même des portes réelles sur les faces autres que la façade principale. Ces portes vraies ou fausses sont
Fig. (j/|. — Tour do Bakong (ix e siccle A. D.). (Avmonier. — Le Cambodge, 2 e vol., p. 427).
souvent précédées d'un avant-corps et même d'un vestibule quelquefois jointif. Au ix" siècle seulement nous voyons apparaître les grands monuments en pierre (fig. 9/1, 9G).
Les tours ont généralement 3 à 8 mètres de côté et i5 à 20 mètres de hauteur. Elles sont toujours groupées par 3 ou 5.
Elles étaient en principe, croyons-nous, surmontées d'une hampe en bois.
Avec le sanctuaire, et clans la même enceinte se trouvaient les bâtiments annexes, c'csl-à-dire : les salles de réunion, la bibliothè-
l-ig. (J 5. r,olcï (ix" sirel<! A. ]').). <l'ai ,r, '' s l'oui'iuTcau.
que et parfois les maisons des prêtres. Ces babilations, de même que les habitations de tous les indigènes, étaient ce qu'elles sont encore
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aujourd'hui, des paillottes en bambou construites sur pilotis. Les princes seuls avaient droit aux toits en tuiles. Nous ne dirons rien du palais pour le~moment, nous réservant d'en faire une étude plus
Fig. (jG. — Sanctuaire do Phimaic (xi c ou xn c siècle). (Aymonicr. — Le Cambodge, 2 e vol., p. 123.)
complète a la fin du présent chapitre. Les ruines d'habitations royales sont rares et très discutées.
A partir du ix e siècle et jusqu'au xm e , les rois khmèrs arrivés à l'apogée de leur puissance, donnent un essor immense à leurs constructions de temples et de palais. Les architectes hindous char^-
gés des travaux emploient non seulement le peuple khmèr, mais des populations entières : Chames, Laotiennes ou Thaï, emmenées en captivité a la suite de guerres heureuses.
Les temples delà grande époque sont en grès ou en limonitc et comprennent plusieurs enceintes de galeries concentriques s'étageant en amphithéâtre (voir les vues cavalières et le plan d'Àngkor Val et de Bcng Meala, iîg. 125 et fig. 137).
Des galeries médianes conduisent du milieu de ces façades à une tour centrale qui constitue le principal sanctuaire. Ces tours atteignent parfois 2 5 mètres de hauteur; elles sont à base cruciforme ou polygonale, et sont chargées de sculptures. Les angles de chaque étage sont ornés d'acrotères qui sont des adaptations du makara indien. Lesportes centrales de chaque enceinte sont surmontées d'une tour appelée gopura (voir gopura de la fig. io3). Dans ces cours formées par les enceintes se trouvaient de rares bâtiments en pierre, tels que les bibliothèques ou sacristies (fig. i38). Les autres édifices étaient soit des abris de circonstance, soit des habitations et salles en , matériaux légers. Les grands monuments peuvent avoir été inspirés par des monuments dravidiens de même genre construits en matériaux légers, lesquels auraient précédé les monuments du x* et \i e siècle, en pierres, du genre de ceux de Tanjore(voir fig. 5, page 1 f\. — Temple de Tanjore).
Les ouvertures de ces édifices sont dans la plupart des cas ogivales et trilobées de style flamboyant et formées par les replis d'un dragon à l'épine dorsale flammée dont la gueule relevée s'appuie sur les chapiteaux des pilastres (voir fig. 3o, page 36).
Les fenêtres sont toujours fermées par des balustres tournés faisant office de barreaux dont la forme rappelle les balustres assyriens (voir fig. i/i, page 26).
Les galeries étant voûtées à encorbellement sont toujours très étroites et dépassent rarement 3 ou f\ mètres de largeur. Le procédé des encorbellements ne permet guère d'obtenir davantage. Avec des
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bas côtés à demi-voûte, on peut obtenir des salles à trois nefs de 6 à 8 mètres de large. Il résulte de ce fait que les K h mers se sont presque toujours trouvés dans l'obligation de doter de toits en bois, leurs salles de réunion ou de fêtes.
D'autres temples sont des montagnes artificielles carrées ou rectangulaires, à terrasses successives, ornées de statues et d'édicules, et surmontées d'un tour centrale. On accédait au sanctuaire supérieur par un escalier, situé au centre de chaque face (voir
Fig. 97. — Pyramido do Bakong (ix c sirclr).
(Aymonicr. — Le Cambodge, 2 e vol., p. l\ 1 1 .)
Phot. Pcslcl.
fig. 97). C'est un peu le principe du Boro Boudour de Java (fig. 98). Temples et palais de cette brillante époque sont du plus magnifique effet et d'infiniment meilleur goût que les temples similaires des Indes. On peut toutefois reprocher aux architectes des négligences fâcheuses dans les procédés de construction. Les briques, au lieu d'être placées en boutisscs et panneresses pour couvrir les joints, sont toutes placées les unes au-dessus des autres, de telle sorte que les joints se trouvent parfois sur la même verticale. Il est vrai de dire que l'ajustage des matériaux est très soigné, les briques ou pierres ont leur surface de jonction parfaitement polie, et c'est à peine s il y a place pour une couche invisible d'un ciment très léger.
g6 LE ROYAUME DU CAMBODGE ET LE CIIAMPA
Les linteaux de certaines portes de deux mètres d'ouverture sont de simples madriers en bois, sur lesquels on a entasse pierres sur pierres sans se préoccuper suffisamment de la capacité de résistance du bois. Nous verrons plus tard le même procédé employé dans deux ou trois temples de Birmanie, à Pagan, aux xi e et xn e siècles de notre ère.
La période des grands monuments dont les plus célèbres sont Beng Mealea, le Baïon, le Pimcanakas et Angkor Vat (voir à la lin
Fig. C)8. — Boro Roiiriour (ix (> sirclo).
du chapitre) prend fin aux xin e et xiv e siècles. A partir de ce moment, le Cambodge épuisé perd ses provinces thaï de la vallée du Ménam et recule jusque dans la région des grands lacs devant les Siamois définitivement constitués. Le bouddhisme qui n'avait cessé de gagner du terrain prend décidément le dessus et remplace le brahmanisme officiel. L'exemple des conquérants siamois qui étaient bouddhistes fut certainement pour beaucoup dans cette évolution qui se fit du reste assez pacifiquement ; certains sanctuaires et beaucoup de stèles qui établissaient les listes de redevances et de corvées dues aux brahmanes des temples eurent particulièrement à souffrir. En tous les cas la réaction ne dut pas être trop brusque, car le célèbre ambas-
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sadeur chinois Tcheou-Takouan nous dit 1 , dans son mémoire, que le Cambodge était presque en entier bouddhiste en 1295. Le bouddhisme du début était le bouddhisme du Nord, mais à partir du xiv e siècle ce fut le bouddhisme du Sud, c'est-à-dire du petit Véhicule, qui prédomina. Aymonier pense qu'il s'était introduit dès le vn e siècle, par le Pégou, mais cette hypothèse n'est généralement pas admise. Peut-être fut-il surtout répandu par les Siamois, qui semblent 1 avoir adopté dès la fin du xiu° siècle, à en croire la célèbre stèle de Sokhotay, due au grand roi libérateur des Thaï, Rama Khomhëng. Cette stèle a été traduite pour la première fois par le Père Schmitt 2 . Nous donnons la traduction du passage auquel il est fait allusion : « Autrefois les Thaï n'avaient pas d'autre écriture, c'est en l'an Çaka i2o5 3 (1283 A. D.), année cyclique de la Chèvre, que le roi Ràma-khomhëng lit venir un maître qui sut créer l'écriture thaï. C'est à lui que nous en sommes redevables aujourd'hui. Le roi Rama Khomhëng l'a fait venir comme maître et guru de tous les Thaï, comme âcàrya pour instruire tous les Thaï et leur enseigner les vrais mérites et le vrai dhanna\ »
Une stèle de 18/17 e ^ x 36i A. D. de Sukhodaya \ écrite en khmer et traduite par le Père Schmitt, donne un texte définitif: « Le prince régnait à Çrî-Sajjanàlaya-Sukhodaya, depuis 22 ans, quand en Çaka 1288, année du cycle du Rœuf, il envoya un lettré de la cour pour aller inviter un chef des bonzes qui possédait à fond les préceptes du Canon bouddhique, et qui demeurait en File de Ceylan où tous les précepteurs religieux avaient une connaissance complète
1. Tcheou-Takouan. Mémoire sur les coutumes du Cambodge, traduction Pelliot,
2. Mission Pavie. Etudes diverses II. Recherches sur l'histoire du Cambodge, du Laos et du Siam, pp. 167-/449. — Fournercau. Le S iam ancien, p. 23g.
3. Cette stèle fait mention de trois dates : 1283, 1287, 1292. Mais elle a été érigée au moins neuf ans après 1287, so ^ dans ^ es dernières années du xin ft siècle.
4. Mission Pavie. Études diverses. II. Recherches sur l'histoire du Cambodge, du Laos et du Siam.
des Kaçinas. » Suit le détail de l'arrivée du saint personnage. Ici, il n'y a plus de doute, le bouddhisme du Sud a donc été introduit officiellement au Siam soit à la fin du xni* siècle, soit au milieu du .. ~ - -- ^ xrv\ De là, le boud-
dhisme se serait introduit au Cambodge, où il existait déjà, mais non à titre officiel . A la même époque, les Khmèrs (xiv° siècle) abandonnèrent le sanscrit dans leurs inscriptions et le remplacèrent par le pâli, cette marque de fabrique du bouddhisme du Sud, et par 1 écriture vulgaire. Au Siam comme au Cambodge, les chapelains royaux restèrent brahmanistes ; ce sont eux (jui, dans les deux maisons royales, ont encore de nos jours le monopole de certaines cérémonies.
Cela n'empêche pas les rois du Siam et du Cambodge d'être de fervents bouddhistes.
Une lois bouddhistes, les Khmèrs modifièrent complètement leur
Fig. 99. — Sliipa de Yat-Sillior (x e siècle) (:>). (De Lajonquièrc. — Inventaire descriptif des monuments du Cambodge.)