‹ L'architecture hindoue en Extrême-Orient;Chapitre 36 sur 96 · Fournereau. Le Siam ancien, p · texte numérisé non relu

Fournereau. Le Siam ancien, p

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architecture. Le nouveau culte acheva de prendre possession des temples brahmaniques qu il avait déjà partiellement envahis depuis

Fig. 100. — Gopura à toils lélescopiques.

(De Lajonquièrc. — Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, tome I, fig. lO.)

plusieurs siècles. Les nouveaux temples furent construits suivant la

Fig. ici. — Palais aérien. Das-rrlicf du Jiaïon (ix (> siècle A. I).). Musée klimèr du Trocadéro.

mode siamoise et birmane, avec une inspiration inégalement dosée de style hindou primitif et de style chinois.

Le style hindou donna le stupa en forme de cloche qui existait

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déjà dans certains centres bouddhistes, dès le x c siècle, ainsi qu'on peut le constater à Vat-Sithor ! et qui était d'importation talaine ou pégouane, lorsque le Pégou se trouvait encore dans la zone d'influence du Cambodge (fig 99)- Phnom Penh est dans le môme cas, bien qued'époqucpostérieure. Ccsont des modèles courants, en Birmanie. Mais ces stupas diffèrent de ceux du nord de 1 Inde et de Ceylan par l'absence d'entablement carré au-dessus du dôme. Le style hindou donna également — théoriquement du moins — les toits superposés avec crochets dits à la chinoise, qui caractérisaient déjà en Indo- Chine et spécialement en Birmanie (après que la Chine en eut

probablement vulgarisé l'usage) les constructions légères, ou constructions civiles, de la cour et des grands seigneurs. Les bariolages et les incrustations de verroteries des façades sont aussi d'origine indienne.

La Chine donna surtout des motifs d'ornementation et de sculpture. L'effort pour accomplir cette transformation ne dut pas être considérable, car les pavillons a toits télescopiques (fig. ioo) sont d'essence khmère et il suffisait de modifier légèrement l'inclinaison des acrotères verticaux pour leur donner l'aspect des crochets chinois. Le lecteur peut transformer facilement dans ce sens, en imagination, le palais aérien d'un bas-relief du Baïon (fig. 101) et le petit palais (fig. 107) du linteau de porte de Prah Khur. On trouvera de nombreux exemples de ce genre dans les bas-reliefs du palais du Baïon (ix e siècle) dont les photographies de la mission Dufour ont

Fig. 102. — Fragment do toits d'un marché.

Bas-relief de Baphoum (x c ou xi e siècle A. D.) (?)

Musée khmèr du Trocadéro.

1. De Lajonquière. Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, I, p. 167.

été exposées à Marseille en 190G 1 , dans ceux de Baphoum (fig. 102) et dans ceux d'Angkor-Vat (fig. io3, io/i, io5). jNons ferons remarquer à ce sujet que les toitures des kiosques sont courbes, de forme entièrement cbinoise, et qu ils diffèrent par suite des toits indiens à crochets, lesquels, ainsi que nous lavons vu dans le premier chapitre, ont des lignes de faîte rigides.

Les toits en bois, déjà très fréquents par raison d'économie, dans

Fig. 10/4. — Angkor Vat (xn° siï-clo). Kiosque ave-c crochets à la chinoise. Musée khmèr au Trocadéro.

beaucoup de galeries et de temples en maçonnerie, devinrent d'un usage courant avec la nouvelle mode et permirent de couvrir à peu de frais de grandes salles de réunion.

„ Résumons-nous : avant le vi* siècle, les temples khmèrs en maçonneric étaient, à en juger par ce qui reste, de simples chambres cubiques en pierre ou briques, sans sculptures, ce qui n'excluait pas, bien entendu, des temples plus compliqués de construction légère en bois et briques. A partir du v i° siècle, ces chambres cubiques reçoivent parfois une décoration extérieure d'un art très avancé, qui ne peut être le fait que de copistes avant sous les yeux des modèles

ï. Les résultats delà mission de l'architecte Dufonr au Baïon (Documents sur l'art ancien et moderne en Indo-Chine) sont à l'impression. S'adressera l'auteur, 17, rue Denfert-Rochereau, à Paris. Les photographies, dont une partie a été exécutée par le regretté Garpeaux, adjoint à M. Dufour, se trouvent à la Bibliothèque de l'Institut.

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en bois, copistes probablement hindous. A partir du vn e siècle, peutêtre même dès la fin du vi e siècle, apparaissent les tours en brique

avec des toits pyramidaux; à partir du ix e siècle, l'art arrive a son apogée avec les grands temples en pierre avec tours et galeries concentriques. A partir du xiv° siècle, jusqu'à nos jours, la religion

io/i LE ROYAUME DU CAMBODGE ET LE CHAMPA

devient bouddhique et les nouveaux temples sont de style chinois ou plutôt siamois, avec des toits télescopiques en bois à crochets et beaucoup de clinquant. G est le style économique et un retour aux constructions en bois employées de tout temps en Indo-Chine, mais avec une accentuation plus chinoise des crochets. Les sanctuaires sont entourés de petits stupas en briques, en forme de cloche (reliquaires ou monuments commémoratifs) qui constituent un des signes caractéristiques du bouddhisme.

LES PALAIS HINDOUS DU CAMBODGE

Nous avons préféré parler de l'art khmèr en général et liquider de suite la question de principe avant d'entreprendre l'étude détaillée des palais du Cambodge, étude qui forme un tout complet et mérite d'être traitée séparément.

On croit généralement qu'il n'existe plus de palais hindous anciens en Indo-Chine et cela par la raison péremptoire que les rois ont toujours construit leurs palais avec des matériaux légers, briques, bois et stucs, ne réservant la pierre que pour les édifices religieux, temples ou monastères.

La fragilité des matériaux serait cause que tous les palais ont disparu. Cette règle formulée par M. Foucher n'est pourtant pas absolue, car Tchao-Jou-Koua 1 dit en parlant du Cambodge: «'Les Mandarins et le peuple construisent leurs maisons en entrelaçant des bambous et en les couvrant de chaume ; seul le roi fait faire son habitation en pierres taillées. »

Un édifice en brique et bois peut du reste vivre très longtemps à condition d'être entretenu, mais il est rare que les souverains

i. Tchoufan tche, ch. i, p. 4, r°, texte communiqué par M. Pelliot.

LES PALAIS HINDOUS DU CAMBODGE

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d'Orient ou d'Extrême-Orient consentent à habiter les palais de leur prédécesseur et songent par suite a les entretenir % Dans l'histoire

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^Fig. 106. — Maison près de Spean Komeng. Echelle i/5oo. (De Lajonquicro. — Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, I er vol.)

cambodgienne, la plupart des rois ont construit de nouveaux palais et aussi, devons-nous dire, de nouveaux sanctuaires, auprès desquels

Fig. 107. — Linteau décoratif de Prali khpur représentant une habitation princière. (De Lajonquière. — Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, i er vol.)

ils établissaient des résidences plus ou moins provisoires, surtout des résidences d'été. Les temples célèbres étaient (et sont encore

1. Voyages cTlbnBatoutah, traduction Defremery et Sanguinetti. Tome III, p. 271 : « Il faut savoir que l'usage est dans l'Inde de laisser le château du sultan mort avec tout ce qu'il contient ; on n'y touche pas. Le successeur fait bâtir pour lui un autre palais. »

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aujourd'hui) des lieux de pèlerinage très fréquentés où les princes et les gens du peuple se rendaient en foule à certaines époques de l'année. Les princes se sont toujours réservé des appartements dans les temples ou dans les monastères voisins. C'est grâce à cette particularité que nous pouvons quelquefois rencontrer des habitations royales dans les dépendances des sanctuaires, habitations construites avec les mêmes matériaux que les temples et qui, par ce fait, ont pu résister au climat et parvenir jusqu'à nous.

Fig. 108. — Restitution du palais figuré sur le linteau d<3 Prah klipur.

Les palais ou édifices en ruines, que la tradition et la science considèrent comme ayant été des résidences royales, se trouvent tous dans le voisinage des temples ou de pèlerinages célèbres. Ce sont des bâtiments h simple rez-de-chaussée, voûtés ou non, entourant presque toujours une cour rectangulaire. Il en existe du reste un très petit nombre ; ils ont été étudiés parle commandant de Lajonquière, auquel nous empruntons les détails très résumés qui vont suivre :

i° Edifice près du Speak Komeng 1 . — Cet édifice, duix* siècle probablement, ne comprend qu'un seul corps de bâtiment et se trouve par exception isoléetprès d'uneanciennechaussée. Il comprend troissalles

i. De Lajonquière. Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, p. 25G.

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étagées et voûtées, chacune des salles latérales est éclairée par une fenêtre à 7 barreaux, sur la face sud. La terrasse qui supporte le bâtiment est en limonite (fig. 106).

Un linteau décoratif 1 , dont nous donnons un dessin rectifié, d'après une photographie de Lajonquièrc, permet de se faire une

Entrée complètement ruinée

Fig. io(). — Kuk-Toch. Ecliollo i/5oo. .

(De Lajonquièrc. — Inventaire descriptif des monuments du Cambodge.)

idée exacte de ce genre d'édifice. La scène représentée est la réception d'un grand personnage (fig. 107. 108).

2 Prah Theat Prati Srei 2 . — Deux groupes de bâtiments complètement ruinés se font face près de l'extrémité du temple, a droite et a gauche de la chaussée d'accès. Chaque groupe comprend l\ corps de bâtiments entourant une cour rectangulaire. La façade est divisée en 3 salles étagées. La porte de la salle centrale est précédée d'un

1. De Lajonquière. Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, I er vol. Introduction, p. LI.

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