‹ L'architecture hindoue en Extrême-Orient;Chapitre 60 sur 96 · V. Seuùv Uclin · texte numérisé non relu

V. Seuùv Uclin

Fig. 178. — Uu palais royal au Siam.

(Gcrvaisc. — Histoire naturelle et politique du royaume ae Siam.)

(( Il y a un autre quartier dans la ville qui est destiné aux étran-

Fig jr^j — Un palais royal au Siam.

(Gcrvaise. — Histoire naturelle et politique du royaume de Siam.)

gers, où demeurent les Chinois, les Maures et quelques Européens ; on y voit des maisons de briques assez bien bâties ; il y en a même

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des rues tout entières ; il est très peuplé et c'est l'endroit du royaume où se fait le plus grand commerce ; tous les vaisseaux y abordent,

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parce que la rivière y forme un grand bassin très courant pour les radouber, et tous les jours on y en bâtit de nouveaux. Le troisième

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quartier, qui est celui des naturels du pays, est le plus grand de tous ; il est habité par quantité d'artisans : on y voit plusieurs grandes rues remplies de boutiques des deux côtés et de grandes places pour les marchés, etc., etc..

« Il y a des rues pavées en briques et d'autres qui ne le sont point. Comme la ville est entrecoupée de plusieurs ruisseaux, il a été nécessaire dy bâtir des ponts : il y en a cinq ou six de briques faits en arcade qui sont assez beaux et assez commodes, mais il yen a d'autres faits de cannes qui sont si étroits et si peu solides qu'il est difficile dy passer sans danger ou du moins sans peur de se jeter à l'eau.

« Au reste, elle est si peuplée quelle pourrait bien fournir Go.ooo hommes d'âge à porter les armes, etc., etc.. Mais ce qui contribue le plus à la beauté et à la magnificence de cette ville c'est la vue de plus de cinq cents pagodes que l'on trouve dispersées de tous les côtés et qui par le nombre des statues dorées qu'elles renferment donnent aux étrangers qui n'y sont pas encore accoutumés une fort grande idée de ses richesses.

(( De LA VILLE DE LoUVEAU ET DE LA MAISON DE PLAISANCE DU ROI DE

Siam. — Louveau que les Siamois appellent communément Noccheboury est une ville qui est pour ainsi dire dans le royaume de Siam ce que Versailles est en France. Les anciens rois y avaient une maison de plaisance, mais il y avait plus de cent ans qu'elle avait été abandonnée lorsque celui qui règne aujourd'hui la fit rebâtir... Le palais que le roi a nouvellement bâti sur le bord de la rivière en fait le plus bel ornement, il n'est pas si magnifique que celui de Sijouthia (Ayuthia) mais il a quelque chose de plus gai ; il est fermé d'assez bons murs, et son plan est beaucoup plus long que large : la partie qui regarde la ville est divisée en trois cours toutes différentes, chacune d'elles a ses beautés particulières. On voit à la droite en entrant dans la première une petite salle où sont jugés les criminels de lèse-majesté, et deux prisons à peu près de même grandeur,

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oîi ils sont renfermés jusqu'à ce que leur procès soit instruit, et leur sentence prononcée. A la gauche, il y a un grand réservoir qui donne de l'eau à tout le palais. Il est l'ouvrage d'un Français et d'un Italien, plus heureux et plus savants dans l'hydraulique que plusieurs étrangers qui y avaient travaillé avec les plus habiles Siamois pendant dix années entières sans avoir pu jamais en venir à bout... A trente pas de là, il y a un jardin divisé en quatre carrés qui font face à un petit salon fort agréable tant par la vue de plusieurs jets d'eau qui l'environnent que par la proximité d'une pagode qui bien qu'elle ne soit pas fort superbe, ne laisse pas néanmoins de contribuer à l'agrément de ce lieu : un petit bocage qui remplit le reste de cette première cour donne entrée à la seconde qui est incomparablement plus belle ; sa porte est entre deux pavillons qui sont destinés à loger quatre éléphants du second ordre ; sa figure est carrée ; les murailles, qui sont d'une blancheur à éblouir, sont ornées d'une sculpture à la mauresque fort délicate et divisées par de petits compartiments qui dans certains jours de cérémonie sont garnis d'un grand nombre de porcelaines de Chine : deux petites salles fort basses se trouvent à l'entrée, vis-à-vis d'un grand corps de logis, qui a deux pavillons à sa droite, où sont logés fort à l'aise les éléphants du premier ordre ; on voit à la gauche un superbe bâtiment au-dessus duquel s'élève une pyramide à peu près semblable à celle qui se voit sur le palais royal de la ville capitale. C'est à une des fenêtres de ce bâtiment du milieu, qui est plus large et plus élevé que les autres, que le roi donne audience aux ambassadeurs des princes ses voisins : pendant tout le temps qu'il paraît, ils se tiennent dans les deux petites salles prosternés la face contre terre 1 ... Il n'en est pas de même des ambassadeurs de l'empereur de Chine et des premiers souverains, car ils sont conduits en cérémonie à la salle d'audiences qui est sous la pyramide. Cette salle n'a que trois à quatre

i. A rapprocher le détail de la fenêtre du récit de Tchcou Takouan sur les audiences royales au Cambodge en 1295.

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toises de long, sur deux de large, elle a trois portes, une grande au milieu et deux des deux côtes ; les murailles sont couvertes de ces belles glaces dont on chargea les deux mandarins qui vinrent en France il y a quatre ans, et le plafond est partagé en quatre quartiers égaux enrichis de fleurons d'or artistement travaillés à jour et garnis de certains cristaux de la Chine qui y font le plus bel effet du monde ; dans le fond de cette salle s'élève de terre à la hauteur de quatre ou cinq coudées, un trône assez magnifique ; le roi y monte par derrière sans qu'il puisse être vu, par l'escalier d'un appartement secret, contre lequel il est adossé ; c'est là, dit-on, que demeure la princesse reine sa fille : comme il n'est permis à qui que ce soit d'y entrer et que même M. 1 Ambassadeur de France n'a pas eu la liberté d'en voir le dedans, je puis me dispenser d'en faire ici la description. Un peu plus loin en descendant quinze ou vingt marches, on trouve la troisième cour où est l'appartement du roi. 11 donne en un corps de logis d'une assez grande étendue, l'or y brille de tous côtés aussi bien que dans ceux de la seconde cour, et comme il est couvert de tuiles jaunes vernissées dont la couleur est assez approchante de celle de l'or quand le soleil y donne, il faut avoir de bons yeux pour en pouvoir soutenir l'éclat. Il est entouré d'un parapet (lisez terrasse) qui à ses quatre coins a quatre grands bassins, remplis d'une eau très pure où sa majesté siamoise a coutume de se laver sous de riches tentes qui les couvrent ; celui de ces bassins qui est sur la droite est proche d'une petite grotte artificielle couverte d'arbrisseaux toujours verts et d'une infinité de fleurs qui le parfument en tous temps ; il en sort une claire fontaine qui distribue ces eaux à ces quatre bassins l .

« L'entrée de cet appartement n'est permise qu'aux pages du roi et à quelques seigneurs de la cour qui sont le plus en faveur auprès

i. En somme les rois habitaient des pavillons à toit pyramidal, entourés de quatre bassins ce qui rappelle la légende d'Angkor Vat, mais ces pavillons n'occupaient pas le centre d'enceintes concentriques.

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de lui, les autres mandarins demeurent sur le parapet (terrasse) prosternés sur de grands tapis, où le roi leur donne audience, appuyé sur une fenêtre, d'où il peut être entendu ; les autres officiers se tiennent au bas du parapet, couchés sur des nattes, la face contre terre et quelquefois même éloignés de plus de cent pas de sa majesté.

(( Autour de ce parapet sont bâties de petites chambres assez propres où se retirent les pages et les mandarins qui sont en garde ; et un peu plus loin, sur la gauche, il y a un parterre rempli des fleurs les plus rares et les plus curieuses des Indes, que le roi prend plaisir à cultiver de sa propre main : de là, se découvre un fort grand jardin qui fait face au bâtiment, il est planté de gros orangers, de citronniers et de plusieurs autres arbres du pays si touffus qu'ils donnent de l'ombre et de la fraîcheur en plein midi; les allées sont bordées d'un petit mur de briques a hauteur d'appui et d'espace à espace, on y voit des fanaux de cuivre doré que l'on a soin d'allumer toutes les nuits quand le roi est au château et, entre deux fanaux, il y a une espèce de foyer ou d'autel où l'on brûle quantité de pastilles et de bois odoriférants qui répandent fort loin leur parfum. Après cela doit-on s'étonner si sa majesté siamoise a tant d'inclination pour cette maison de plaisance. Aussi, des dames y ont-elles leur plus bel appartement dans une longue galerie qui règne derrière celui du roi et de la princesse depuis un bout de la cour jusqu'à l'autre, et c'est ce qui en rend l'accès si difficile qu'il est même interdit aux enfants des rois ; il n'y a que les eunuques qui les servent qui aient la liberté d'y entrer et ce n'est que par les dehors que 1 on peut juger des dedans ; le plan grossier que j'en ai tracé très à la hâte parce que j'y étais en compagnie de gens qui ne pouvaient point me donner le loisir d'en faire un plus juste ne laissera pas d'en donner quelque idée. »

P. i35. — « L'architecture siamoise est toute différente de la nôtre et il ne faut pas espérer qu'elle soit jamais si belle ni si régulière; ces peuples n'ont pas cru s'y devoir beaucoup appliquer parce

qu'il n'y a pas de carrières dans tout le royaume ; ils ont trouvé plus de commodité et moins de dépenses h se faire bâtir des petites maisons de bois et de cannes, qu'ils élèvent de terre de sept à huit pieds seulement et qu'ils soutiennent par six gros piliers de bois, qu'a s'en faire de briques qui coûteraient beaucoup et qui ne laisseraient pas d être exposées au danger d'être renversées par les fréquentes inondations du pays 1 . »

P. 295. — « Des trésors du roi de Siam. — ...Le roi a huit ou dix magasins entre plusieurs autres qui sont d'une richesse inconcevable ; dans les uns il y a un grand nombre de larges urnes entassées les unes sur les autres jusques aux toits qui sont toutes pleines de ticals (monnaie d argent), de gros morceaux de poudre d'or, mais principalement de tambac, qui est un composé admirable de plusieurs métaux raffinés, lequel est plus estimé dans le Siam que l'or même, quoiqu'il n'ait pas tant d'éclat. Les autres magasins sontremplis de beaux sabres du Japon dont la trempe est si fine que d'un seul coup on en peut couper aisément une grosse barre de fer, etc. , etc. . . »

P. 3o3. — « Lorsque le roi donne audience dans son palais, c'est toujours dans l'embrasure d'une de ses fenêtres : avant qu'on en ouvre les volets, les trompettes sonnent pour avertir tout le monde que Sa Majesté va paraître ; aussi chacun se prosterne la face contre terre, etc.. 2 »

Passons maintenant au « Journal du voyage de Siam fait en i685 et 1686 » par l'abbé de Ghoisy 3 . L'abbé de Ghoisy passa une partie de sa jeunesse habillé en femme sous le nom de comtesse des Barres ; il fut même engagé pendant plusieurs mois en qualité d'actrice au théâtre de Bordeaux. Il se convertit et se fit attacher a la mission de M. de Chaumont, envoyé au Siam comme ambassadeur.

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