‹ L'architecture hindoue en Extrême-Orient;Chapitre 61 sur 96 · Il en est encore ainsi au Siam et au Cambodge · texte numérisé non relu

Il en est encore ainsi au Siam et au Cambodge

2. Toujours les mêmes coutumes que celles signalées par le Chinois de 1295.

3. L'abbé de Cboisy. Journal du voyage de Siam fait en 1685 et 1686. Paris, Sébastien Mabre-Cramoisy, 1687, in-12.

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Il se fit ordonner prêtre pendant le voyage. Le journal de l'abbé n'a aucune valeur, nous en donnons cependant quelques extraits assez curieux : P. 3oG. — (( Nous venons du palais, c'est un curieux terrain, j'en ai aussi le plan. 11 y a dans l'enceinte cinq ou six palais avec de grandes cours entourées de corps de logis séparés qui tous sont couverts de câlin qui est une espèce d'étain sonnant fort luisant; et en haut de chaque corps de logis est une pyramide dorée. »

P. [\i i . — « Nous avons été voir une maison de plaisance du roi (à Louvo). Elle est à peu près comme les autres : de grandes cours pleines d'arbres avec des manières de hais où les mandarins sont prosternés quand le roi donne audience : trois ou quatre corps de logis avec des dômes couverts de câlin. Nous avons entré dans les cours ; mais pour l'intérieur du palais, tout était barricadé. »

Les mémoires du lieutenant de vaisseau de Forbin 1 , attaché à l'ambassade de M. de Chaumont, puis grand amiral et général en chef, bien malgré lui, des armées du roi de Siam, ne donnent pas grand détail sur ce palais. M. de Forbin n'a pas cessé d'être de mauvaise humeur, et de lait il eut toutes sortes d'ennuis avec le fameux Constance Faulcon (Constantin Phaulkon), aventurier grec et premier ministre du roi.

P. 3o. (( Nous entrâmes d'abord dans une cour assez spacieuse dans laquelle étaient un grand nombre d'éléphants rangés sur deux lignes que nous traversâmes. On y voyait l'éléphant blanc si respecté chez les Siamois, séparé des autres par distinction. De cette cour nous entrâmes dans une seconde, où étaient cinq à six cents hommes assis à terre comme ceux que nous vîmes à la Barre, ayant les bras peints de bandes bleues. Ce sont les bourreaux et en même temps les gardes des rois de Siam. Après avoir passé plusieurs autres cours, nous parvînmes jusqu'à la salle de l'audience ; c'est un carré long où on monte par sept à huit degrés.

i. Voyage du Comte de Forbin à Siam. Paris, Hachette, i853.

« M. l'Ambassadeur lut place sur un fauteuil, tenant par la queue" la coupe où était la lettre du roi. M. de Choisy élait à son côté droit, mais plus bas, sur un tabouret et le vicaire apostolique de l'autre côté, a terre, sur un tapis de pied mis exprès et plus propre que le grand tapis dont le plancher était couvert. Toute la suite de l'ambassade élait de même assise à terre, ayant les jambes croisées. On nous avait recommandé sur toutes choses de prendre garde que nos pieds ne parussent, n'y ayant pas au Siam un manque de respect plus grand que de les montrer, etc., etc.. Lorsque tout lut (ait, un gros tambour battit un coup : à ce signal les mandarins, qui ii avaient pour tout vêtement qu'un linge qui les couvrait depuis la ceinture jusqu'à mi-cuisses, une espèce de chemisette de mousseline et un panier sur la tête d'un pied de long, terminé en pyramide et couvert d'une mousseline, se couchèrent tous et demeurèrent à terre, appuyés sur les genoux et sur les coudes. La posture de ces mandarins, avec leurs paniers dans le cul l'un de l'autre, fit rire tous les Français. Le tambour que nous avions ouï d'abord battit encore plusieurs coups en laissant un certain intervalle d'un coup a l'autre et au sixième coup le roi ouvrit et parut à la fenêtre. 11 portait sur la tête un chapeau pointu !..., etc., etc. Sa Majesté fit quelques amitiés à M. l'Ambassadeur, etc., etc.. Ensuite, le gros tambour battit, le roi ferma sa fenêtre et les mandarins se redressèrent.

« Les audiences finies, on reprit la marche et l'ambassadeur fut conduit dans la maison qui lui était préparée. Elle était de briques, assez mal bâtie, la plus belle pourtant qu'il y eût dans la ville, car on ne doit pas compter de trouver dans le royaume de Siam des palais qui répondent à la magnificence des nôtres. Celui du roi est fort vaste, mais mal bâti, sans proportions et sans goût; tout le reste de la ville, qui est très malpropre, n'a que des maisons ou de bois ou de cannes, excepté une seule rue d'environ deux cents maisons, assez petite, bâties de briques et à un seul étage. Ce sont les

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Maures et les Chinois qui les habitent. Pour les pagodes ou temples des idoles, elles sont bâties de briques et ressemblent assez à nos églises. Les maisons des Talapoins, qui sont les moines du pays, ne sont que de bois, non plus que les autres. »

(P. /i()). — « ...Pour achever, le roi me fit donner une maison fort petite : on y mit trente-six esclaves pour me servir et deux éléphants. La nourriture de tout mon domestique ne me coûtait que cinq sous par jour. »

Le comte de Forbin, dégoûté, finit par quitter le pays et rentrer en France, où il avait du reste été précédé par l'ambassade de M. de Ghaumont ; celle-ci n'était restée (pie quelques mois au Siam. M. de Forbin pendant son séjour au Siam avait reçu le commandement de Bangkok, qu'il fut chargé de fortifier avec laide d'un ingénieur français. La cour était toujours à Ayuthia.

En mars 1787, partit de France une nouvelle ambassade française avec M. de La Louberc comme chef de mission, et un corps de troupes de six cent cinquante officiers ou soldats sous le commandement du général Desforges ; ces troupes avaient été demandées, ainsi que nous lavons dit plus haut, par le ministre Constance Faulcon. La Loubère arriva en septembre 1787. Ses mémoires sont des plus instructifs.

P. 92 '. — « Les palais de Siam (Bangkok) et de Louvo, et plusieurs pagodes ou temples, sont aussi de briques, mais les palais sont bas parce qu'ils n'ont qu'un étage, comme j'ai dit... Au reste les Siamois ne connaissent aucun ornement extérieur pour les palais ni pour les temples, que dans les combles qu'ils couvrent ou de cet étain bas qu'ils nomment câlin, ou de tuiles vernies de jaune, comme il y en a au palais du roi de la Chine. Mais quoiqu'il ne paraisse nul or au palais de Siam par le dehors, et qu'en dedans il

ï. Du royaume de Siam, par M. de La LouLu»rc. Amsterdam, 1691, vl vol. in- 12 (Nos citations sont toutes prises dans le i er volume).

n y ait que peu de dorure, ils ne laissent pas de l'appeler le Palais d'Or, Prassat-Tong, parce qu'ils donnent des noms magnifiques a toutes les choses qu'ils honorent.

« Pour ce qui est des cinq ordres d'architecture composés de colonnes, d'architraves, de frises et d'autres ornements, les Siamois n'en ont aucune connaissance et ce n'est pas en ornements d'architecture que consiste chez eux la véritable dignité des maisons royales et des temples.

« Leurs escaliers sont si peu de chose qu'un escalier de dix ou douze marches par lequel nous montâmes au salon de l'audience du roi de Siain n'avait pas deux pieds de large. Il était en briques tenant à un mur du côté droit et sans aucun appui du côté gauche. La porte du salon, carrée, mais basse et étroite, était digne de l'escalier et placée à gauche à l'extrémité du mur du salon, c'est-àdire presque au coin. Je ne sais s'ils n'y entendent pas finesse et s'ils ne croient pas qu'une fort petite porte n'est encore que trop grande puisqu'il est censé qu'on doit se prosterner pour y entrer. 11 est vrai que l'entrée du salon de Louvo est mieux de notre goût : mais outre que le palais de Louvo est plus moderne, le prince y dépose beaucoup la majesté, laquelle réside principalement dans la capitale, comme je le dirai dans la suite.

« Ce qui l'ait donc chez eux la véritable dignité des maisons, c'est que, quoiqu'il n'y ait qu'un étage, il n'y a pourtant point de plainpied. Par exemple, dans le palais, le logement du roi et des dames est plus élevé que tout, et plus une pièce en est proche, plus elle est élevée a l'égard d'une autre qui en est plus loin. De sorte qu'il y a toujours quelques marches a monter de l'une à l'autre, car elles tiennent toutes l'une à l'autre et tout est bout à bout sur une ligne et c'est ce qui cause de l'inégalité dans les toits. Les toits sont tous en dos d'âne, mais l'un est plus bas que l'autre à mesure qu'il couvre une pièce plus basse qu'une autre : et un toit plus bas semble sortir par devant d'un toit plus haut et le plus haut porter sur le plus

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bas, comme une selle dont l'arçon de devant porterait sur l'arçon de derrière d'une autre selle (Pig. 181). »

P. 95. — a Au palais du roi de la Chine il en est de même, et celte

Fi.'. 1*1.

(Do la LouImto. — Du royaume de Sium, p. (j r ).)

inégalité de toits qui semblent sortir l'un de dessous l'autre, du sens que je viens d'expliquer, marque delà grandeur, en ce qu'elle suppose une inégalité de pièces, qui ne peut se trouver en ces pays-là,

au moins en grand nombre, que chez les rois ; afin que plus on a droit de pénétrer dans celle suite de bâtiments, plus on monte en effet, et plus on reçoive en cela de distinction. Les grands officiers auront jusqu'à trois pièces, lune plus haute que l'autre, que l'on devine aux trois toits de différente élévation ; mais j'ai vu au palais de la ville de Siam jusqu'à sept toits sortir l'un de dessous l'autre par devant le bâtiment. Je ne sais s il n'en sortait pas d'autres par derrière. Quelques tours carrées qui sont au palais semblent aussi avoir plusieurs combles, l'une trois, l'autre cinq, l'autre sept, comme si c'étaient des gobelets carrés mis l'un sur l'autre, et dans l'une de ces tours est un fort grand tambour garni de peaux d'éléphant, pour sonner le tocsin en cas de besoin. . . (Suit la description des pyramides en pointe des pagodes).

P. 97. — « ...Je ne puis dire ce que c'est que les appartements du roi de Siam : je n'en ai vu que la première pièce qui est, à Siam età Louvo, le salon de l'audience. L'ondit que personne n'entre plus avant, non pas môme les domestiques du roi, hormis ses femmes et ses eunuques ; en quoi, si cela est vrai, le prince garde plus de hauteur que ne fait le roi de la Chine. J'ai vu encore le salon du Conseil du palais de Louvo, mais c'était aussi une première pièce d'un autre corps de logis, je veux dire qu'il n'était précédé d'aucune antichambre. Au devant et aux deux cotés de ce salon règne une terrasse qui domine autant sur le jardin qui l'environne qu'elle est dominée par le salon : et c'est sur cette terrasse, et sous un ciel qu'on avait tendu au côté exposé au Nord, qu'étaient les envoyés du roi en une audience particulière, que le roi de Siam leur donna ; et ce prince était dans un fauteuil à lune des fenêtres du salon. Au milieu du jardin et dans les cours, il y a des halles isolées qu'on appelle des salles ; je veux dire de ces espaces carrés, que j'ai déjà décrits, qui sont entourés d'un mur à hauteur d'appui, et couverts d'un toit qui ne porte que sur des piliers plantés de distance en distance dans le mur. Ces salles sont pour les mandarins importants qui s'y tiennent

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assis les jambes croisées, ou pour les fonctions de leurs charges, ou pour faire leur cour, c est-a-dire le matin assez tard et le soirjusque bien avant dans la nuit, et ils n'en sortent pas sans ordre. Les mandarins moins considérables sont assis à découvert dans les cours ou dans les jardins, et dès qu'ils savent par certains signaux que le roi de Siam les voit, quoiqu'il n'en soit pas vu, tous se prosternent sur les genoux et sur les coudes.

« Quand nous dînâmes dans le palais de Siam, ce fut en un endroit fort agréable, sous de grands arbres et au bord d'un réservoir où Ion dit qu'entre plusieurs sortes de poissons, il y en a qui ressemblent à l'homme et à la femme, mais je n'en vis d'aucune espèce.

a Dans le palais de Louvo, nous dînâmes dans Je jardin en une salle isolée, mais dont les murs montent jusqu'au toit et le soutiennent. Ils sont enduits d'un ciment extrêmement blanc poli et luisant à l'occasion duquel on nous dit qu'on en fait de bien plus beau l\ Surate. La salle a une porte a chaque bout,' et elle est entourée d'un fossé de deux ou trois toises de large et profond peut-être d'une toise, dans lequel il y a une vingtaine de petits jets d'eau a distances égales, llsjaillissent en arrosoir, c'est-à-dire par des ajutages percés de plusieurs trous fort petits, et ils ne jaillissent que jusqu'à la hauteur du bord du fossé., ou à peu près, parce que au lieu d'élever les eaux, ils ont creusé la terre pour abaisser les bassins. »

P. 99. — « Le jardin n'est pas bien spacieux, les compartiments sont fort petits et formés par des briques posées sur le champ. Les sentiers que laissent les compartiments ne peuvent tenir deux personnes de front, et les allées n'en peuvent tenir guère davantage ; mais tout en étant planté de Heurs et de diverses sortes de palmiers et d'autres arbres, le jardin, le salon et les jets d'eau avaient je ne sais quel air de simplicité et de fraîcheur qui faisait plaisir. C'est une chose remarquable que les princes ne se soient jamais portés à mettre de la magnificence dans leurs jardins, quoique de toute ancienneté les Orientaux les aient aimés.

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