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là
Fig. 277. — Couvent du xvi e siècle à Pagan.
Plan. —Échelle: i™ 2 = o m ,oo3.
par une tête de garuda. A l'intérieur de chaque feston est un Bouddha orant. Tout le couvent est revêtu de stuc blanc.
Monastère de Kraong Prû Main (98^ A. D.). — Le couvent est voisin du stupa de Sun Min Dji. C'est le seul édifice de ce genre que nous ayons renconlré (fig. 279). Les bâtiments qui constituent en général un couvent de moines bouddhistes en Birmanie, c'est-à-dire:
B1RMAME
l'école, la salle de réunion, les cellules et la chapelle, forment ici une seule et unique construction en maçonnerie de briques.
L'entrée du monastère fait face à lest (lig. 280 et 281). On pénètre tout d'abord dans une cour couverte dont la voûte a disparu
STCour
découverte
/" Cour
couverte en terrasse
Est
Fig. 279. — Couvent de Kraong Prù Main (g84 A. D.). Echelle approximative;: i m = o m ,oo3.
et dont les débris ont été employés au ballast de la route. C'était probablement l'école des novices. La porte est ogivale ; les briques de l'ogive sont disposées suivant le procédé de la Perse ancienne et non à la mode indienne à encorbellement ; elle est surmontée d'une ornementation à gradin pyramidale du style delà côte d'Orissa. A l'extré-
RUINÉS DE ÊAGAN 3o7
mité gauche un petit escalier très raide permet d'accéder sur le toit en terrasse ; il débouchait dans une guérite que l'on voit à gauche sur la
Fig. 1280. — Couvent de Kraong Pru Maïn. Entrée Est.
photographie. Une guérite analogue devait se trouver à l'autre angle, comme à Nain Paya (fig. 282). On pénétrait ensuite dans une cour
Fig. 281. — Couvent de Kraong Pru Maïn. Entrée Est.
de i[\ mètres de large sur 16 de long 1 entourée de cellules qui ont 1. Le plan sommaire a été fait à vue, très rapidement. C'est un à peu près.
3o8 BIRMANIE
toutes une fenêtre vers 1 extérieur. Au fond se dresse le sanctuaire
Vig. "iS-i. — Couvent de Kiwong Prà Xaïn. Coté Sul.
à deux étages. Au rez-de-chaussée se trouve une gaine avec cella
Fig. a83. — Couvent do Kraong Prù Main (98', A. D.) Édicule et cella du fond de la cour.
centrale contenant un Bouddha couché : on en distingue les deux
RUINES DE PAGAN 3c>9
entrées sur la photographie. A l'étage supérieur se trouve un pagodon a toit pyramidal qui devait se terminer par un sikra comme tous les autres pagodons de Pagan (fig. 283).
Monastère de l'Ananda (xvm e siècle). — Le monastère actuel est occupé par une colonie florissante de moines (fig. 28/1). Il date, d'après les données du Service archéologique de Birmanie, du xvm e siècle de notre ère, et aurait été reconstruit à cette époque sur d'an-
Fig. 284. — Monastère do l'Ananda (xvm c siècle).
ciens plans. 11 est intéressant parce qu'il est encore occupé. La cella intérieure est à deux étages comme dans les couvents carrés dont nous avons parlé plus haut. Les murs de la gaine et de la cella sont couverts de peintures pieuses. Le prieur couche dans la gaine inférieure sur un matelas placé dans un coin près de Tune des portes. Un autre bonze, sorte d'adjoint ou de procureur, couche dans un autre angle. Il n'existe ni alcôve ni cloison. Le reste de la communauté demeure dans des habitations en bois dans le voisinage immédiat du bâtiment en briques du prieur. Les archives du mona-
RUINES DE PAGAN
stère sont enfermées dans une caisse laquée et dorée qui se trouve dans le corridor de gaine. Le mobilier sacré est enfermé dans la cella.
On pourra comparer ces couvents avec le couvent dit « Le Monastère d'Or de la Reine », à Mandalay. Ce dernier est tout en bois couvert de dorures et étincelant de mosaïques de verre ; beaucoup de sculptures ont le caractère chinois. Le bâtiment que l'on voit dans la figure 285 comprend la chapelle, la salle de réunions
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Fig. 28O. — Pagan. Toit moderne avec makara.
et la salle d'école, mais toutes les salles sont également des chapelles avec des Bouddhas. Autour de ce bâtiment, de chaque côté d'une cour rectangulaire, sont disposées des cases sur pilotis servant d'habitation a des moines. Nous donnons à titre complémentaire un édicule voisin ; il est intéressant à cause de son toit que l'on pourra comparer au toit représenté dans l'un des bas-reliefs d'Ananda (fig. 280). Le modèle n'a guère varié depuis le xi e siècle (fig. 286). Nous venons de passer en revue les principaux monuments de Pagan ; il resterait pour être complet à parler des nombreuses stèles que l'on rencontre à chaque pas dans les ruines des temples et dont
les principales ont été réunies dans une sorte de musée près du temple d'Ananda. M. Duroiselle a bien voulu faire estamper les plus anciennes, elles sont en pâli, vieux birman et talain. Deux inscriptions sont en langue inconnue, mais elles ne tarderont pas à être déchiffrées car elles font partie de stèles trilingues. Nous en avons fait faire trois expéditions, lune pour l'Ecole Française d'Extrême- Orient a Hanoï, l'autre pour Paris, la troisième pour M. Duroiselle à Rangoon.
PAGODES DE PÉGOU ET DE RANGOON
L'architecture talaine, c'est-a-dire l'architecture du Pégou, n'est plus guère représentée que par des édifices modernes ou tellement réfectionnés qu'il est devenu impossible de déterminer le caractère qu'ils ont eu primitivement. Nous avons déjà dit quelques mots des pagodes talaines de Pagan, nous allons parler des pagodes de même style existant en pays talain.
La ville de Pégou, située à une centaine de kilomètres de Rangoon sur la voie ferrée qui va de Rangoon à Mandalay, a été fondée au vi e siècle de notre ère par des émigrants talains de Thatôn, mais il ne reste plus aujourd'hui aucun monument de l'époque. La grande pagode de Chouè Modo, qui est l'objet d'une profonde vénération dans tout le pays, a été restaurée pour la dernière fois il y a environ un siècle ; mais on ignore la date de sa fondation (fig. 287). Elle est dorée et a une base octogonale. Elle atteint une hauteur de 108 mètres. Elle est entourée à sa base d'une multitude de petits chédis du même genre (fig. 288 et 289).
Une autre pagode inachevée du genre stûpa, celle de Kalyàni-Sîmà, située aux environs de la ville et fondée en 1/176, offre un certain intérêt. Elle est en voie de réparation. On y trouve des stèles avec inscriptions en pâli et en talain qui donnent le rituel de l'ordination des prêtres. Ces inscriptions ont été publiées. Enfin, en face de la
PAGODES DE PKGOU ET DE RANGOON
gare se trouve une pagode en ruines de style indien. Elle aurait été construite il y a deux siècles, au dire de M. Duroiselle, et aurait été consacrée au culte brahmanique. Elle est en briques et stuquée.
Phot. Klier. Rangoon.
Fig. 287. — Pagode de Ghouè Modo à Pcgou, style talain.
A Rangoon, grand port de la Birmanie et résidence d'hiver du lieutenant gouverneur, tous les touristes connaissent la célèbre et vraiment belle pagode de Choué Dagon dont la fondation, au dire des bonzes, remonterait à l'an 588 avant J.-C. * et dont la dernière
i. Nous donnons celte date fabuleuse à titre de curiosité.
3l/| BIRMANIE
réfection a été faite en 1768. Elle est comme les précédentes en
Fi g. 2K8. — Pagode Cliouè Modo. Style talain.
forme cle cloche (iig. 290). Sa hauteur à l'époque de sa fondation
Fig. 28(j. — Enceinte de Gliouè Modo, pyramide de style talain.
n'aurait été que de 8 mètres ; de continuelles restaurations par
PAGODES DE PÉGOU ET DE RANGOON
emboîtements successifs l'ont amenée a sa hauteur actuelle de
107 mètres.
Phot. Klicr RangO.
Fig. ■>,()(). — Pagodo de Cliouè Dagon à Rangoon, stvlo talain.
La principale réfection date du xv c siècle et a été l'œuvre des ïalains, ainsi que le disent les stèles traduites par M. Duroiselle. Le caractère des stupas de Pégou et de Rangoon est bien spécial
et ne ressemble ni aux stupas de l'Inde, ni à ceux de Ceylan ou du vieux Prome. Ce sont d'immenses cloches dépourvues de l'entablement supérieur de forme carrée que Ion rencontre toujours dans les stupas de l'Inde et de Ceylan. Nous pensons qu'ils représentent le style du xv e siècle ; mais il faut attendre de nouvelles études, soit dans l'ancien royaume du Pégou, soit dans la presqu'île de Malacca,
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Phol. de M. Duroiselle.
Fig. 291. — Pyramide talaine (xv c siècle A. D.) dans l'enceinte de Ohouè Dagon.
pour savoir exactement à quelle époque le style à clochettes, genre Rangoon et Pégou, a été adopté.
M. Duroiselle estime que les pyramides talaines étaient rondes et du modèle de l'une des pyramides (fig. 291) qui se trouvent sur la plate-forme principale du temple de Choué Dagon. Elle est du xvi e siècle, ainsi que l'indique une stèle placée au premier plan de la photographie. Un autre exemple de pyramide talainc se trouve dans l'enceinte de Gotapallin (fig. 260). Elle est certainement de beau-
PAGODES DE PEGOU ET DE RANGOON 3 1 7
coup postérieure au monument principal qui est du xn e siècle ; nous pensons qu'elle est du xv e ou xvi e siècle.
Phot. Klier, Rangoon.
Fig. 2<j2. — Grottes de Mouhnein, style talain.
Enfin à titre documentaire nous donnons des photographies de divers monuments qui se trouvent a l'entrée de curieuses grottes des environs de Moulmein, en plein pays talain. Ces monuments, qui
ont surtout été étudiés par M. Richard Carnac Temple 1 et M. Taw Sein Ko, ne semblent pas antérieurs au xv' siècle : certains d'entre eux, malgré leur aspect vénérable, seraient même du xix c siècle, mais il n'en présentent pas moins un réel intérêt et paraissent constituer une sorte de transition entre le style du Pégou et celui du Siam(fig. 292, 293, 29/1). Le costume des danseuses de la figure 295
Fig. 2g3. — Grottes de Moulmcin (du xv e au xix e siècle) style talain.
montre bien la réalité des relations que le peuple talain a entretenues autrefois avec le peuple khmèr.
Les pyramides talaines existent dans toute la Birmanie a partir des xv c et xvi e siècles comme nous l'avons vu plus baut a propos de Pagan (fig. 2G0), elles se montrent aussi a Sagaing (fig. 29G) et même, ce qui est étrange, dans certaines régions du Tibet. M. Schla-
1. Richard Carnac Temple. The Indian anliquary, vol. XXI et XXlï.
PAGODES DE PEGOU ET DE RANGOON 3lQ
gintweit en a donné en i863, au Musée ethnographique de Berlin, quelques petits modèles en bois, assez caractéristiques, reproduisant les types en usage dans le district de Ladak. Nous ignorons à quel moment le contact a pu s'établir, à ce point de vue, entre le Tibet et le Pégou, car le Tibet (ainsi du reste que le Népal) ne s'est converti au bouddhisme qu'au vn e siècle de notre ère. Dès le vm e le
Fig. 29/i. — Grottes de Moulmein (du xv e au xix e siècle), style talain.
mouvement d'expansion du Tibet vers la Chine a été arrêté et, a la même époque son bouddhisme s'est transformé en lamaïsme, religion qui n'a jamais pénétré en Birmanie.
Ce qu'on peut dire de certain c'est que les pyramides du genre talain ont existé, comme forme générale dans l'Inde septentrionale en même temps qu'au Tibet et au Pégou, mais que ces formes sont probablement originaires de l'Inde et que ce sont les Talains qui
leur ont donné le caractère grandiose qu'elles ont encore de nos jours.
PALAIS
Les palais birmans ainsi que la plupart des palais d'Extrême-Orient étaient en bois. Il reste encore debout, du moins en partie, les palais d'Amarapura et de Mandalay. Le premier a été décrit par Yule et d'excellentes photographies en ont été publiées par le capitaine Fripe 1 .
Nous donnons un plan schématique très simplifié et une photographie du palais de Mandalay (fig. 297-298)*. Ce palais qui a été édifié en 1860 présente les mômes dispositions que tous les palais d'Extrême-Orient. La première cour était consacrée aux services publics: ministères, monnaie, couvents, temples, etc.. ; la deuxième cour donnait accès aux salles d'audiences ; la troisième cour contenait le harem ; la quatrième cour constituait une sorte de compartiment d'isolement avec les maisons de serviteurs et de gardes.
Le palais proprement dit comprenant les salles d'audiences, les appartements d'apparat du roi et de la reine, et le harem, sauf les jardins, se dresse sur une terrasse de trois ou quatre mètres d'élévation.
La salle d'audiences (fig. 298), appelée pompeusement le Centre du monde par les Birmans, est surmontée d'une haute pyramide en bois à étages.
Le palais formait un ensemble de pavillons en bois sculpté, dorés et ornés à l'intérieur d'une profusion de verroterie qui, dans l'imagination des indigènes, prenait l'aspect de pierres précieuses. Cette
1. Album de photographies de Birmanie, par le capitaine Fripe, attaché à l'ambassade d'Amarapura.
2 . Une description complète du palais se trouve dans VA rcheological Survey of lndia, Annual Report, 1902-3.
PALAIS
décoration est d'un goût déplorable et rappelle un peu trop les baraques à chevaux de bois de la foire de Neuilly. Les sculptures manquent de finesse. Tous ces édifices sont appelés à disparaître; il ne
2()5. — Danseuses talaines. Briques émaillées de date indéterminée trouvées aux environs de Pégou (style khmèr).
(Richard Carnac Temple. — The Sludian Anliquary, vol. XXII, 1893.)
reste plus que le harem — dont une partie constitue le club de la ville — et les salles d'audience avec les appartements d'apparat. Bientôt le gouvernement cessera de les entretenir et cela pour deux
raisons, d'abord parce que l'entretien d'un bâtiment en bois de ce genre, sous les tropiques, coûte horriblement cher, et ensuite, probablement, parce que la conservation d'un palais vide, dont la salle du trône semble toujours attendre son souverain, peut faire naître dans le peuple des espérances de restauration monarchique.
Fig. 2()0. — Stùpa de Sagaing (xiv e sircle ?) et Uicili talain.
En résumé, le palais de Mandalay était, avec des variantes, la répétition des palais royaux de Phnom Penh, d'Ayuthia, de Bangkok. Ce sont les dispositions que l'on rencontre dans le curieux palais d'Amberqui, bien que des xvi c et xvn c siècles, est de style hindou ancien et appartient à une dynastie brahmanique et non pas musulmane. Enfin, c'est également le dispositif général des palais chinois et annamites.
Le palais de Hué comprend une première cour avec caserne, écu-
PALAIS 3^3
ne d'éléphants, salle d'audiences pour les fonctionnaires ; une deuxième cour pour salle d'audiences, salon de réception et salle à manger pour grands personnages ; une troisième cour contient la cité pourpre entièrement réservée aux appartements et habitations du roi et du harem.
Toutes ces cours et palais sont compris dans une môme enceinte carrée formée par un mur fortifié et un fossé plein d'eau 1 .
Fossé
ï&rte du, AbnJ
Porte du. 5 ad
Fig. 2()7. — Palais de; Mandalay.
Echelle approximative: i n,m == jo m .
A salle d'audiences, 15 appartements d'apparat, G harem*
La fragilité des matériaux employés dans les palais birmans explique et excuse jusqu'à un certain point les nombreux changements de résidence royale qui se sont produits aux diverses époques de l'histoire birmane. Voici un curieux extrait de la « Calcutta Government Gazette » de 1826 2 au sujet d'un changement de capitale effectué en 182 1 : « Les relations de Symes et de Hiram Gox
1 . Ces renseignements sont tirés de : Annam, études numismaliques, par A. Schrœder .
2. Les Nouvelles Annales de Voyages. Paris (1826), 2 e vol., p. 286.
nous avaient donne des détails intéressants sur l'empire des Birmans. Ces deux voyageurs le visitèrent dans les dernières années du xvm e siècle. A cette époque, Ammerapoura était la résidence du souverain. Voici les causes qui, en 182 i , l'ont déterminé à la quitter :
« L'empereur avait un vif désir de construire des édifices plus magnifiques que ceux de son prédécesseur ; il ne pouvait pas jouir
Fig. 'ïijti. — Palais do Mandalav. Pyramide centrale dite « Le Centre du Monde »
(xix e siècle).
commodément à Ammerapoura, pendant toute l'année, du plaisir de se divertir sur l'eau : un incendie affreux avait détruit le louto ou la Chambre du conseil et une partie du palais ; un enfant s'était noyé dans le jardin royal ; enfin, un aigle s'était reposé sur le pyadthat ou l'ai «mille dorée du palais : ce fut ce présage funeste qui, joint aux autres motifs, décidèrent le souverain à abandonner sa capitale et a rebâtir l'ancienne ville d'Ava.
« En conséquence, l'empereur, accompagné de toute sa cour, se
transporta dans cette ville au commencement de 1822, afin de surveiller et de presser la construction d'un palais plus grand et plus magnifique que l'ancien. Il devait être d'un quart plus vaste. Cette superbe et immense réunion de grands édifices, ressemblant dans son ensemble à une petite ville, fut terminée en 182^. Le /i février le roi se rendit à Ammerapoura pour y célébrer des fêtes et des jeux, et y offrir des sacrifices avant d'en partir pour toujours. Le 5 mai suivant, il fit son entrée triomphale dans la nouvelle capitale. L'éléphant blanc précédait immédiatement le monarque. Ce prince était, avec l'impératrice son épouse, dans un carrosse d'apparat traîné par six chevaux blancs. Les dieux domestiques étaient portés en tête du cortège ; ensuite venaient les parasols et les autres marques distinctives du pouvoir suprême. A peu près quarante mille hommes, y compris les porteurs, composaient la marche. La famille royale, entourée d'un train nombreux, précédait ou suivait ; toute la population des deux villes était sortie pour assister à ce grand spectacle. »
Cette curieuse notice donne bien une idée de ce peuple léger qui est malheureusement appelé a disparaître, en tant que nation, sous la poussée des travailleurs indiens et chinois.
Il résulte de tout ce que nous venons de dire, que les monuments de Birmanie rappellent tous plus ou moins l'architecture de l'Inde septentrionale, de la côte d'Orissa, du Cambodge, de la Chine et de la Perse, mais qu'ils présentent en outre des caractères bien spéciaux, essentiellement birmans qui suffisent pour constituer un style particulier très original.
Les stupas de Prome, cylindriques ou en pain de sucre ; les stupas genre Chouè Zigon à base carrée avec terrasses à gradins, genre
Rangoon et Pégou, en forme de cloche a base octogonale ; les pyramides talaines rondes avec des cercles superposés, dérivent nécessairement en principe des stupas du Nord de l'Inde et du Népal ; mais elles en différent sur beaucoup de points. Il en est de même des pagodes simples ou à étages du genre Ananda ou Gotapallin ; toutes se terminent par le sikra côtelé qui constitue la marque tlistinctive de la cote d'Orissa et présentent diverses ressemblances de plan ou de détail avec les monuments de l'Inde, mais elles dîflèrcut absolument de ceux-ci par le système de superposition du sanctuaire. On a peut-être exagéré en France l'influence que le style khmèr a pu avoir sur le stvle birman. Nous acceptons en partie cette action en ce qui concerne l'emploi systématique de l'ornement flammé * qu'il ne faut pas confondre avec l'ornement purement birman en dent de scie, et certaines dispositions de pagodes voisines du «Palais de Manouha » , mais nous croyons que beaucoup de motifs architectoniques que l'on rencontre à la fois dans les monuments de Birmanie et dans ceux du Cambodge et que l'on est tenté d'attribuer de préférence aux Kmèrs, sont tout simplement d'origine liindoue. Avec un peu de patience, on en retrouve presque toujours des équivalents sur la côte Ouest de l'Inde.
Ce qui paraît plus certain, en revanche, c'est l'influence que le style birman a exercée sur le stvle siamois au moment de sa formation au xiv e siècle. Il est souvent difficile, surtout pour une personne peu familiarisée avec les arts d'Extrême-Orient, d établir une distinction entre les deux styles.
Restent les constructions légères de style chinois aux toits à crochets et incrustations que l'on a cru longtemps de création moderne et dont nous avons constaté la présence dans les fresques et dans les bas-reliefs de Pagan a partir du x c siècle. Ces constructions sont d'origine népalaise, puisque M. Sylvain Lévi a démontré, dans son
i. L'ornement flammé est largement représenté aux Indes.
ouvrage sur le Népal, que les toits à la chinoise existaient clans le nord de l'Inde dès le 111" siècle avant J.-C, et que d'autre part, il n'existe pas en Chine d'exemples de ce genre avant les V ! et vi e siècles de notre ère, du moins a notre connaissance. Il serait toutefois plus équitable de laisser à ces habitations, dans le cas qui nous occupe, la qualification de toits et maisons à la chinoise ; c'est en effet après l'adaptation chinoise que ce style si caractéristique a probablement pénétré chez les peuplades d'origine tibétaine, qui ont constitué la nation birmane du vi c au vin c siècle de notre ère (?) — et c'est ensuite par l'action constante, politique et militaire, de la Chine en Birmanie que ce stvle a pu s'y maintenir définitivement.
C'est peut-être aussi par la Chine et par le Tibet que se sont introduites les méthodes de construction de la Perse ancienne qui paraissent avoir toujours été en honneur dans le ïurkestan chinois et qui forment contraste avec le procédé de l'encorbellement communément admis aux Indes 1 .
1. En terminant ce chapitre nous tenons à remercier bien sincèrement Sir Herbert AVhitc, lieutenant-gouverneur de Birmanie, de l'appui éclairé et sans réserves qu'il a bien voulu nous donner pendant toute la durée de notre séjour en Birmanie. Sir Herbert White a mis à notre disposition le distingué directeur du Service archéologique, M. Taw Sein Ivo, et a autorisé M. Duroiselle à nous accompagner dans tous nos déplacements.