INTAILLE ANTIQUE
REPRÉSENTANT APOLLON DIDYMÉEN.
fons au temple d'Antonin et Faustine : au Didyméon,au contraire, ils sont parfaitement à leur place. Le griffon était consacré à Apollon; c'était la monture du dieu lorsqu'il revenait du pays des Hyperboréens; et il figurait sur les acrotères du temple de Delphes comme sur les pilastres de Didymes.
Entre les chapiteaux des pilastres, et à la même hauteur, le mur était couronné par un bandeau décoré de griffons d'une forme toute différente et séparés par des lyres. Les Grecs donnaient à cette espèce de frise le nom d'èxixpaviTiç.
La richesse de la décoration du naos était encore surpassée par celle de l'édicule placée au fond du temple. Un bloc d'architrave et l'un des chapiteaux d'angle de cette édicule sont les seuls restes qui en aient été découverts. Elle devait être fort haute, car la statue du dieu était colossale, et la décoration du chapiteau d'ante est évidemment calculée pour être vue de loin et d'en bas. Ce chapiteau porte sur chacune de ses faces une femme dont la tête supporte l'abaque, dont les jambes et les vêtements se transforment, par une gradation insensible, eii vigoureuses feuilles d'acanthe, tandis que les bras se continuent par des rinceaux et pro-
a LE TEMPLE
jettent vers l'angle extrême du chapiteau une puissante palmette. Dans aucune œuvre de sculpture peut-être, cette transition si dilTicile du corps humain à la plante n'a été plus habilement ménagée; jamais les caprices de l'imagination n'ont fait une alliance plus heureuse avec la sévérité du goût, et la puissance ne s'est unie plus intimement avec la grâce.
Sous cette édicule était placée la statue en bronze d'Apollon. Cette statue dont j'ai déjà, en parlant du premier temple de Didymes, brièvement indiqué l'histoire, était célèbre dans l'antiquité, et mérite que nous nous y arrêtions un instante
Le sculpteur qui l'avait faite était Kanakhos de Sicyone. Kanakhos est le membre le plus illustre d'une famille d'artistes assez connue pour qu'il soit possible d'en reconstruire la généalogie et d'en suivre l'histoire pendant plusieurs générations.
Le chef de cette famille est Aristoclès le Cydoniate. La Crète, grâce sans doute à ses rapports commerciaux avec la Phénicie et l'Egypte, et à l'établissement sur ses côtes de nombreuses colonies sidoniennes, avait alors, ainsi que l'Asie Mineure, une grande supériorité sur la Grèce pour le travail des métaux. Aristoclès vint de Crète s'établir à Sicyone avant la troisième année de la 71" Olympiade, et probablement vers la 54'', c'est-à-dire dans la première moitié du vi'' siècle. Pausanias cite de lui un Hercule en bronze combattant une Amazone à cheval, consacré à Olympie par Évagoras de Zanclé. Le sujet même du groupe semble impliquer, de la part de l'artiste, une certaine habileté.
Aristoclès le Cydoniate eut pour fils et pour élève Rléœtas; il y avait de lui à l'Acropole, dans le téménos d'Athéné Ergané, un guerrier mettant son casque, en bronze avec les ongles en argent. Dans l'inscription gravée au-dessous de cette statue, Kléœtas rappelait avec orgueil un autre de ses ouvrages, travail d'architecte et d'ingénieur celui-là, l'ÎTCTïacpeci; d'Olympie, c'est-à-dire les boxes où étaient enfermés les chars avant la course. Les portes de ces boxes étaient disposées suivant une ligne courbe calculée de manière que la distance à parcourir fût exactement la même pour tous les chars et que celui qui tenait la corde n'eût sur les autres aucun avantage.
Tsù^s u.£ KXsiotra; utô; 'ApiarocXlc.;.
« Celui qui a le premier imaginé la sortie des chars à Olympie, Kléœtas lils d'Aristoclès m'a fait. »
l. Beulé en a déjà parlé dans la Gazette; t. XV, I'*" période, p. 16t.
D'APOLLON DIDYMEEN.
Kléœtas eut deux fils, tous deux statuaires comme leur père et leur grand-père, Aristoclès de Sicyone et Kanakhos. Aristoclès, l'aîné des