Catalogue des Bronzes du Louvre, 11° C
D'APOLLON DIDYMÉEN.
les jambes sont sèches et nerveuses, la musculature en est vigoureusement indiquée : les hommes que l'artiste avait sous les yeux vivaient au grand air, peinaient beaucoup et mangeaient sobrement. Les bras, attachés haut, restent rapprochés du corps; les deux mains sont portées en
APOLLON DE PIOMRLNO.
(Muspp du Louvre.)
avant, la droite ouverte, l'autre fermée et percée d'un trou. Les attributs manquent, mais nul doute que la main droite ne tînt le faon et la main gauche l'arc traditionnel. Les yeux sont creux, ils étaient remplis de prunelles en argent ou en pierres précieuses. Les sourcils, les lèvres et les boutons des seins sont incrustés en cuivre rouge. Le pied gauche a
été brisé et restauré maladroitement dans l'antiquité même. La restauration a détruit le début d'une inscription incrustée en lettres d'argent sur le cou-de-pied ; on n'en peut lire avec certitude que les deux dernières lignes :
AG ANAIAI
AEKATAN
De la ligne précédente, on ne distingue que quelques lettres qui permettent de restituer AAM02. Il est difficile de dire si la statue consacrée à Athéné comme dîme du butin était dédiée par une ville ou par un particulier du nom de Kharidamos par exemple.
Quoi qu'il en soit, le bronze du Louvre est une copie évidemment très-soignée de l'Apollon de Kanakhos et date de la même époque, c'està-dire de^ dernières années du vT siècle. 11 n'est pas jusqu'à l'incrustation des seins, des sourcils et des lèvres, et jusqu'à l'inscription rapportée sur le pied en lettres d'argent, qui ne confirment cette conjectui-e; le guerrier de Kléœtas consacré sur l'Acropole avait aussi les ongles incrustés en argent.
Néanmoins, si ces bronzes, tous de dimension bien inférieure à celle de la statue qui leur a servi de type, tous œuvres d'artistes de second ordre, peuvent nous donner une idée exacte de ce qu'il y avait dans l'œuvre de Kanakhos d'imposé par le symbolisme religieux, c'est-à-dire la pose, les attributs, l'arrangement des cheveux et jusqu'à un certain point la physionomie, si même on peut y trouver l'imitation naïve de quelques détails, il est une chose dont des œuvres aussi peu importantes ne peuvent évidemment nous donner aucune idée : cette chose, c'est le faire du grand statuaire, l'empreinte puissante de sa main sur le bronze, l'accent personnel de l'œuvre d'art. Ce style, ce faire, nous ne pourrons le retrouver que sur des œuvres originales de véritables artistes. Or nous avons précisément un ensemble d'œuvres importantes qui datent du dernier quart du vi« siècle, c'est-à-dire du moment même où dut être fondu l'Apollon Didyméen. Mes lecteurs ont déjà nommé les statues des frontons d'Égine. C'est là, c'est dans un beau torse archaïque d'Apollon conservé au British Muséum, que nous trouverons, je crois, les vrais caractères du bronze de Kanakhos.
L'Art de l'Asie Mineure a, du moins parmi les archéologues français, une assez mauvaise réputation. Plusieurs le déclarent d'avance, et sans avoir pris la peine de l'étudier, un art de décadence. C'est pourtant à lui que nous devons le Coureur d'Agasias, le Laocoon, l'Apollon Stro-
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goiiof et sa copie, l'Apollon du Belvédère, la Victoire en bronze du British Muséum, le Mausole de Pythios, le peu qui, dans le Taureau Farnèse, n'est pas du Milanais Andréa Bianchi, laDéméter de Gnide, la base sculptée d'Éphèse, et sans doute bien d'autres chefs-d'œuvre dont la provenance est inconnue; sans parler des œuvres perdues des Bathyclès, des Théodore, des Rhœcos, des Bupalos et de cent autres auxquels les anciens, apparemment plus en état que nous d'être bons juges, accordaient un certain mérite. Gomme peintres, l'Asie Mineure a produit Parrhasios et Apelles, deux noms assez connus; comme musicien, Timothée; je ne parle point des poètes, des philosophes, des historiens : depuis Homère, Thaïes et Hécatée, la liste en serait assez longue. Dans l'architecture, Pythios, Pœonios, Daphnis, Hermogène, et, pour descendre jusqu'au Bas -Empire, Anthémius de Tralles et Isidore de Milet ont aussi joui de quelque réputation. L'étude du Didyméon aura, je l'espère, laissé dans l'esprit des lecteurs de la Gazette cette impression qu'il y a, dans les œuvres des architectes ioniens, bien des choses à regarder, et même quelques-unes à admirer; que l'art antique nous ménage encore bien des surprises; et que ceux qui se vantent de le connaître sur le bout du doigt devraient bien se souvenir de temps en temps du mot de Socrate ; « Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien. »
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