‹ L'architecture ionique en IonieChapitre 3 sur 15 · FACE DE LA BASE DODECAGONE · texte numérisé non relu

FACE DE LA BASE DODECAGONE

(Temple de Didymes.)

sanctuaire montait presque en droite ligne une avenue monumentale, bordée, comme celles qui précédaient les pylônes des temples égyptiens, de deux rangées de monuments votifs, de statues et de tombeaux. Ghandler, Gell, et plus tard Texier, ont encore vu quelques-unes de ces statues en place; la base seulement en était enfouie, toute la partie supérieure dépassait le niveau des champs. En 1858, M. G. -T. Newton, dont les fouilles à Gnide étaient terminées, résolut d'explorer l'avenue des Branchides ; il trouva sans grande peine, et emporta à Londres dix statues, un lion et un sphinx*. Ges marbres sont placés aujourd'hui dans la salle Lycienne du Briiish Muséum. L'aspect en est peu séduisant, à la vérité; mais la valeur historique en est immense, car de toutes les œuvres du ciseau grec parvenues jusqu'à nous, celles-là sont les plus antiques; les inscriptions que portent plusieurs d'entre elles permettent de les faire remonter avec certitude à la première moitié du vi" siècle. Entre ces dix statues, l'œil ne remarque d'abord aucune différence : toutes repré-

\. C.-T. Newion. Halicarnassasi, Cnidiis and Branchidœ.

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sentent des personnages assis carrément dans des sièges à pieds droits et à hauts dossiers, semblables à ceux que les numismates appellent sièges sacrés ou sacerdotaux; dans toutes, les jambes sont exactement rapprochées, les bras collés au corps, les coudes plies à angle droit, les mains ouvertes reposant sur les genoux ; le vêtement se compose toujours d'une tunique talaire à manches courtes et d'un ample manteau, drapé sur une épaule et dont le bord fait par devant, juste dans l'axe du corps, trois plis superposés avec symétrie. Les têtes manquent, sauf une, assez mutilée d'ailleurs. Le travail est gauche et lourd, les formes rondes, les détails peu poussés; aucune personnalité dans la facture, rien qui montre que ces dix statues ne sont pas de la même main. Cette uniformité va si loin qu'il faut un moment d'attention pour reconnaître que de ces statues, l'une représente une femme. On sent que l'artiste milésien travaillait, comme son confrère d'Lgypte, d'après un y.avo^v immuable. Nous sommes eu effet à l'époque où les deux sculpteurs samiens Théodore et Téléclès faisant, l'un à Éphèse, l'autre à Samos, les deux moitiés d'une même statue d'Apollon, ces deux moitiés, rapprochées, se réunissaient exactement.

Dans les rapports qu'il adressait au Foreign-Office pendant ses fouilles, et plus tard dans le grand ouvrage où il a exposé les résultats de ses travaux, M. Newton se montre très-vivement frappé de la ressemblance que présentent les statues des Branchides avec les œuvres de l'art égyptien. Il rappelle que les iMilésiens fournissaient des mercenaires à la dynastie Saïte et avaient obtenu des Pharaons le droit de fonder, sur une des branches du Nil, un comptoir qui devint une ville importante. Les auteurs des statues des Branchides, Terpsiclès et ses collègues, ne se seraient-ils point formés à l'école des sculpteurs égyptiens? Assurément, il n'y a là rien d'impossible, ni même d'invraisemblable; j'avoue cependant que si l'inspiration égyptienne est évidente dans le lion couché, qui rappelle, avec beaucoup plus de lourdeur et de maladresse, les admirables lions saïtes du Louvre, si elle est incontestable dans le sphinx, je la remarque beaucoup moins dans les dix statues d'hommes, œuvres d'art bien plus importantes. Sans doute l'immobilité hiératique des attitudes, le manque absolu d'expression et de personnalité, le parti pris d'exécution enfin, sont communs aux marbres des Branchides et aux œuvres de la décadence égyptienne. Mais il y a dans les rondeurs du rendu, dans la disposition des vêtements, et surtout dans la coiffure et dans l'interprétation de la figure humaine, quelque chose de tout différent. S'il y a dans ces marbres quelques emprunts faits à la tradition égyptienne, la part d'influence assyrienne me paraît bien plus considé-

D'APOLLON DIDYMÉEN. 11

rable encore, que cette influence se soit exercée directement ou par l'intermédiaire de ces peuples de la Phrygie et de la Lydie dont, grâce aux beaux travaux de M. G. Perrot^, nous commençons à connaître la civilisation. Si, sans quitter le British Muséum, nous passons de la salle lycienne à l'entrée du musée assyrien, il est impossible de ne pas être frappé de l'analogie que présente avec les statues des Branchides celle du roi Salmanasar.

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