Un para vaut un demi-centime
D'APOLLON DIDYMÉEN. 29
Louvre clans le coin de la salle opposé à l'entrée, et qui faisait partie de l'édicule sous laquelle la statue d'Apollon était abritée. Même évidé par derrière autant qu'on pouvait le faire sans en compromettre la solidité, ce morceau pesait encore près de quatre tonnes. Sous ce poids, un remblai construit par nous au-dessus du lit d'un torrent s'effondra ; pour dégager le chariot de là, il fallut une journée de travail. Puis ce fut la bigue établie sur le rivage qui se brisa : le bloc tomba dans la mer, heureusement profonde à peine d'une brasse. 11 fallut le faire embraguer de nouveau par des plongeurs et installer pour le soulever une seconde ])igue. Enfin le malencontreux morceau est chargé sur une barque et amené contre le bord du brick. On le hisse ; mais au moment où il est à moitié hauteur, un contre-palan rompt sous l'effort et le bloc retombe de plus d'un mètre, en choquant avec violence contre le bordage. Le navire donna une telle bande que l'eau arriva à bâbord à un pied du niveau du pont; les mâts s'infléchirent et craquèrent, comme s'ils allaient casser; le capitaine se précipita dans la cale pour voir si une voie d'eau ne s'était pas ouverte. Rien n'arriva pourtant, et nous en fûmes quittes pour un moment de peur.
Il y a sans doute des gens qui souriront de toutes ces petites misères ; mais ceux qui ont l'expérience de pareils travaux comprendront quel soulagement j'éprouvai lorsque je vis le dernier morceau arrimé à fond de cale et le navire prêt à appareiller. Il y en a d'autres qui trouveront les fouilles de Didymes bien incomplètes, et me reprocheront d'avoir laissé bien des points obscurs. Je crois connaître aussi bien qu'eux ces desiderata j peut-être sais-je mieux qu'eux pourquoi la solution n'en a pas été tentée. Quels que soient les résultats acquis, je suis heureux de les avoir obtenus sans que, dans toutes ces manœuvres de force faites avec un matériel insuffisant et des ouvriers de hasard, il y ait eu à regretter la perte d'une vie d'homme, ni même une blessure sérieuse. Et je crois que, lorsque MM. de Rothschild eurent généreusement donné au Louvre la presque totalité des marbres de Milet, deux lignes de remercîment adressées par le Ministre d'alors à mon camarade et à moi n'auraient paru à personne de l'encre mal à propos dépensée.