‹ L'architecture ionique en IonieChapitre 7 sur 15 · FACE DE LA BASE DODECAGONK · texte numérisé non relu

FACE DE LA BASE DODECAGONK

(Temple de Didymes.)

seconde partie de mon programme : l'embarquement des marbres, sculptures, inscriptions, découverts tant à Didymes que dans mes fouilles précédentes de Milet et d'Héraclée du Latmos. Pour cette tâche, l'assistance de mon compagnon ne m'était plus nécessaire; il repartit donc pour Rome, les cartons bondés de dessins et de notes, fruits d'un labeur opiniâtre de plusieurs mois. Quant à moi, après avoir chargé mon contre-maître, M. A. Yeux, de commencer les travaux d'une route depuis Didymes jusqu'à la petite baie des Terres-Rouges (-:à x.oV,-/.iva) située à environ trois kilomètres, j'allai à Smyrne noliser un bateau.

Trouver dans le port de Smyrne un navire dont le capitaine consentît à aller mouiller pendant un mois dans la petite baie de Kokkina, entièrement ouverte aux coups de vent de sud-ouest, pour y charger des caisses dont plusieurs pesaient de trois à quatre tonnes, ne fut pas chose

facile. Aucun bâtiment européen ne voulut risquer l'entreprise; je dus me rabattre sur un brick khiote de 100 tonneaux, tout neuf, dont le capiiaine se laissa séduire par l'appât d'un fort nolis. Les Khiotes n'ont pas bonne réputation dans le Levant, au moins parmi leurs compatriotes; ceux-ci ne leur pardonnent pas leur mollesse pendant la guerre de l'Indépendance, mollesse que les malheureux insulaires ont pourtant payée assez cher ; ils leur pardonnent encore moins peut-être les grandes richesses qu'ils ont su acquérir dans le commerce et la banque, leurs établissements prospères de Marseille, de Londres, de Trieste, de Constantinople, de Galatz et d'Odessa. Aussi plus d'un proverbe injurieux court-il sur leur compte; celui-ci par exemple :

Av eÎi^e; TrpâtT'.vo Xa->^M,

(t Si tu as vu un lièvre vert, tu as vu aussi un Khiote qui ait du savoir vivre. »

Et cet autre * :

"Ottcu Ttscptei 'va 7;a.fâ '; tt,v xorepia, TrâvTa 'ufî(j/.e-«i 'va; XtwTr,; va to ^.otXJ'^ri.

« S'il tombe un para '^ dans du fumier, il se trouve toujours là un Khiote pour le ramasser. »

Les Khiotes auraient beaucoup à dire pour se justifier de ces reproches, mais je n'ai pas à leur servir d'avocat. Tout ce que je tiens à constater, c'est qu'ils joignent à l'intelligence de leurs compatriotes un esprit d'ordre et un amour du travail que ceux-ci n'ont pas d'ordinaire. Mon capitaine particulièrement et ses sept matelots étaient tous des gaillards robustes et résolus. Le contrat fut bientôt signé et le brick vint mouiller auprès de Didymes, à la baie Kouvella d'abord, où furent portés les poids les plus faibles, à celle de Kokkina ensuite, beaucoup moins sûre, mais la seule où l'on pût porter les gros fardeaux.

Ce transport demanda un mois entier, quoique pendant la dernière semaine je fisse travailler même la nuit. Les marbres trouvés à Milet et à Héraclée du Latmos durent descendre à la mer par le Méandre, dont la barre est peu profonde et très-mauvaise. Ceux trouvés à Didymes furent traînés à bras d'homme jusqu'au point choisi pour l'embarquement. Un morceau surtout nous causa des ennuis : c'est le chapiteau placé au

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