AUTEL
DANS L’ÉGLISE DAVENAS.
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Jusqu'au XII' siècle, la décoration de l’autel en pierre, c’est-à-dire, celle de ses faces antérieure et latérale, semble n’avoir point été, dans le nord de l’Europe, d'une grande richesse; telle est, du moins, celle qu’on remarque sur les quelques exemples qui ont pu traverser les âges. Cette simplicité était une conséquence touto naturelle de l’état de l'art à cette époque, mais surtout de l’inhabileté des artistes dans la pratique de la sculpture (1). Antérieurement à celte date, . l’ornementation de ce meuble fut assez restreinte : elle so composait, ainsi qu’on l'a dit, ou d'inscriptions gravées sur des surfaces lisses, ou d'arcades plus ou moins embellies, ou bien encore d'espèces de compartiments à moulures, au milieu desquels on plaçait certains ornements décoratifs, tels que lleurons, rosaces, etc.
Mais, vers le commencement du XII? siècle, cette décoration subit nnc modification notable; et celle-ci nous parait, en très-grande partie, due au résultat des progrès acquis dans toutes tes branches de la science, mais plus particulièrement dans celles qui tiennent au dessin; c’està-dire, l'architecture, la peinture, la sculpture, etc. Pour se rendre compto de cette transformation, il suffira de se rappeler que l'art, après avoir parcouru uno partie do sa carrière, était entré dans uno voie, où, grâce aux efTorts de quelques hommes de génie, il allait atteindre des limites qui devaient le conduire à cette grande révolution, accomplie vers le commencement du XIII? sièclo; aussi, la sculpture paraît-elle sortir de cette grossièreté d’exécution qui la caractérisait à son origine, cl qui nous semble l’avoir empêchée de s’attaquer, dès lors, à la grande décoration ecclésiastique. Vers ce temps, paraissent, dans les régions septentrionales de l’Europe, les premières œuvres en ce genre. Il scmblo que lo mouvement religieux ot politique, qui s'accomplit à celte époque, réagit avec; efficacité sur elles, et que celte commotion donna bientôt naissance à des monuments, dont la pensée devait produire, un jour, des conceptions d’un caractère plus religieux encore, mais que les aeuls hommes du XIII? siècle pouvaient réaliser.
On serait porté à croire que, parvenus à ce degré de talent dans l'art de bâtir, les artistes (religieux ou moines) voulurent accroître l’importance et la beauté de leurs œuvres architectoniques en y ajoutant le luxe d'une ornementation plus savamment combinée, et que c’est alors qu’ont été créés ces nombreux produits de la décoration ecclésiastique dont nons retrouvons
(t) Personne n'ipiore qne, jusquos et y compris toute une partie du XIII* siècle, les travaux d'art furent presque exclusivement exécutés par les prêtres ut tes mûmes , qui axaient, avant tout, leurs dévoies ruligj.ur à remplir. "
MOYEN AGE — XI' ET XK SIECLES — Al.TELS EN PIERRE.
aujourd'hui lanl cl de fi curieux restes; les uns, s'étalant aux chapiteaux, aux corniches, aux archivoltes; les autres, couvrant les autels, les ambons, les stalles, les tombeaux; tandis que la peinture murale, la peinture sur verre, les incrustations, la mosaïque, furent jetées à profusion sur le sol et sur toutes les parties de l'église.
Cet enthousiasme rcligioux cl artistique qui s'empara des esprits, peint assez bien, l'état de la société ii la fin du XI* siècle et pendant le XII*. De grands événements s’étaient accomplis. L'influence des croisades, l'établissement des communes, mais surtout l’action des monastères, «es puissantes écoles, d’où sortaient, avec les bienfaits de la civilisation cl les lumières do la science, toutes les notions des arts et leur pratique, donnèrent, à n’en pas douter, une impulsion qui se trouve plus ou moins exprimée sur chacun des monuments de cette période, si justement mémorable dans les annales du monde. C’est donc au milieu de ce concours de circonstances qu’ont été conçues la plupart des grandes églises cathédrales et monastiques des XI'. cl XII' siècles, cl c’est aussi au contact, incontestablement salutaire, de ces événements, qu’elles ont été Inities. On ne saurait, d’ailleurs, méconnaître, par le seul des monuments antérieurs, toute la part d’action et d’influence que ces faits oui dil exercer sur la marche do l’art; et combien d’idées nouvelles, nées sans doute d’un état nouveau, ont dil germer et prendre naissance au souffle d'un siècle qui découvrait déjà tant d’horizons au génie de l’homme!...
Parmi les transformations, plus ou moins importantes, qui résultèrent île ce nouvel état do choses, nous devons, plus particulièrement à cause de nos études, appeler l'allenlion sur celles qui curent lieu dans les arts relatifs au dessin; et, à ce point de vue, leur signaler les phases diverses que subirent ceux-ci. Deux de ces arts surtout, l’architecture et la sculpture. après avoir abandonné ces mauvaises traditions qui, depuis la mort de Charlemagne, leur fait exécuter tant d’œuvres misérables, s 'étaient frayé des roules nouvelles où la reclitudo de la science remplaçait, enfin, celte incorrection des monuments produits à l’époquo des invasions normandes et sous le coup des terribles appréhensions de l’an 1000!...
Mais, si l'architecture parvint à réaliser alors d'importants progrès, la sculpture n’entendit point rester en arrière. Elle composa, de son côté, des œuvres dont le mérite, bien que secondaire encore, n’en était pas moins déjà très-supérieur aux précédentes , et ce fait s'explique : l'artiste, par le groupement des ligures, commençait à savoir former ce que j’appellerais volontiers une composition; son dessin devenait moins grossier; et l’exécution, grâce à la pratique, perdait aussi ce caractère de barbarie qu’il avait accusé jusqu’alors. Iles ce moment, disparaissent ces ligures informes qu’on exécutait à l’origine de la sculpture dite romane, l’esprit do justesso fait décidément invasion et le vrai commence enfin à se faire jour et à se montrer dans les œuvres do l'art; mais, il scmblo que cette amélioration ue fut acquise qu'au prix d'un commencement d’étude ou d’examen de la nature, élude bien restreinte et bien imparfaite encore à en juger par les résultats cux-mémcs.
On se tromperait, toutefois, assez étrangement si Ton croyait qu'aux XII et XIII siècles, l’art fût partout le même, c’est-à-dire, qu'il offrit, dans toutes les parties de la catholicité, ce mémo degré d’avancement; plusieurs causes, dont une principale, s’y opposèrent : c’est qu'alors il se trouva, comme do nos jours, des artistes qui, par leur génie, surent devancer leurs com-