DANS L’ÉGLISE DE ROUVRES
Dans In nombre, si considérable et si varié, des transformations que les artistes tirent subir au retable de l’autel , l'une des plus intéressantes et des plus curieuses nous parait , sans contredit , celle qu'ils appliquèrent dans l’église do Rouvres , village situé à quelques lieues de Dijon.
Jusqu'ici, nous avions presque toujours vu l’autel, surmonté, à l'arrière-partie de sa table, d'une construction verticale, formant une espece de décoration, sculptée ou peinte, qui renfermait des figures et des ornements; c’était, du moins, une disposition assez généralement usitée dans la classe des retables en pierre. Mais, l’artiste, qui composa celui de Rouvres, semble avoir eu une autre pensée : il paraît s’étre surtout appliqué à trouver, dans d'autres combinaisons , les moyens de varier les dispositions du retable ; et , pour y parvenir, il surenchérit , si l’on peut s’exprimer ainsi , sur les travaux de ses prédécesseurs ou de scs contemporains , en y introduisant des éléments qui, par leur adjonction, devaient, selon lui, produire un nouvel effet d'ensemble. Tel est, du moins, notre sentiment à la vue de cet autel qui marque l’une des principales modifications de cette classe d’édicules; car, à l’encadrement ordinaire du retable, servant, pour ainsi dire, de bordure au champ sur lequel on exécutait des œuvres de la peinture ou de la sculpture, il y joignit, par une combinaison plus ou moins heureuse, l’agencement de figures qu'il disposa, sur le sommet, en forme de couronnement; et, de celle combinaison, naquit, en effet, une composition d'un aspect nouveau.
Généralement long et peu élevé , lors de sa naissance , le retable en pierre acquit , vc<$ le XlVt siècle, un développement mieux calculé dans ses rapports, et, par conséquent, beaucoup plus harmonieux entre ses parties; la hauteur avait pria de l'extension (f); mais, au XV! siècle, et surtout au commenceineut du suivaut, il reçut tout à coup des proportions telles qu'il devint alors un édicule à part, ayant plus d'importance que l’autel lui-mémo. Ce n’est point d’un w monument de celte espèce dont nous voulons entretenir le lecteur; nous réservons, Cette étude * qui doit trouver plus naturellement sa place ailleurs. Mais, il faut signaler ce fait assez curieux en lui-méme , que l'une et l'autre forme, données au retable de pierre , se pratiquaient au* •«.
;i) On sait que les retables étaient, suivant la situation de l'autel, ou isolés, ou adossés.
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MOYEN AGE — Xlllî , XIV‘ ET XV? SIÈCLES — AUTELS.
XV? siècle; fonues que les artistes, suivant les ressources des localités ou selon la munificence des donataires, savaient très-intelligemment appliquer pour les besoins du culte; et celte notion parait surtout démontrée par la forme particulière de celui de Rouvres, dont la disposition devrait être classée, malgré sa date, dans l'espèce des retables primitifs, c'est-à-dire à champ ou à panneau long et peu élevé.
Mais , là n’est pas , scion nous , le trait distinctif de ce retable ; il nous semble résider beaucoup plus dans l'agencement de ces figures qui couronnent la partie supérieure, et qui constituent une des particularités de. l'espcce, particularité dont on pourrait, au reste, trouver un rapprochement assez curieux dans un autel que nous avons publié, et qui se trouve actuellement dans l'une des chapelles de l'église de Saint-Antoine, à Padoue. — Sans aucun doute, nous n'avons pas la prétention de croire que l’artiste français ail eu connaissance de l'œuvre italienne , et il est bien loin de notre esprit de vouloir que ce monument ait pu influer, en quoi que ce soit , sur la composition de l’église do Rouvres; on y remarque, d’ailleurs, d’assez notables différences , et l’un est isolé tandis quo l'autro est adossé ou encastré. Nous n'avons donc eu pour but que de sigualcr uno analogie de dispositions qui nous a frappés par le rapprochement ; car on voit des deux cèlés une espèce de gradin ou de retable, servant , mais par des moyens différents , de socle ou de base à des figures décoratives.
Pour compléter l’étude de cet autel , il nous reste à traiter encore d’une dernière question. On vient d'examiner quelle était la disposition ou la forme de ce retable; nous devons ajouter, maintenant que celui ci dut appeler à sa décoration le concours efficace des autres arts du dessin , tels que la peinture, la sculpture, etc. En effet, tout porte à croire que la composition architectonique, qui surmonte l'autel, servait comme d'une espèce d'encadrement à. uno œuvre sculptée ou peinte, dont le sujet pouvait, selon toute vraisemblance, offrir, d'uue manière plus ou moins restreinte, une certaine similitude avec celui qui décore le retable do Saint-Germer, ou avec ceux des XV? et XVI? siècles, tels que le Christ attaché à la croix, aux pieds duquel se détachaient, sur un fond d’or ou coloré, les figures de la Vierge, de Saint Jean , des Saints Patrons et Patronnes, ou bien celles des donataires. Rien n’empécherait d'admettre aussi que, pour mettre le tout en harmonie, on n’càl encore peint et doré les divers membres d'architecture, afin de compléter la décoration.
Nous ne nous étendrons pus davantage sur ce petit édicule dont les parties diverses, autel et retable , accusent le style d'art qui régnait dans le nord de l'Europe vers la fin du XV? ou au commencement du XVI? siècle.