‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 16 sur 97 · AUTEL EN MARBRE · texte numérisé non relu

AUTEL EN MARBRE

DANS L’IvGLlSF, DE SAINT ANTOINE, A PADOUE

Après avoir examiné l'autel constnul sous la figure d’un cube ou composé d’un nombre plus ou moins considérable de colonnes isolées, après l’avoir vu orné, à l’arrière de la partie supérieure, d’une décoration nommée rclable et avoir montré le retable lui-même, il convenait de poursuivre notre étude et de chercher, parmi les monuments, si les artistes se bornèrent à ces seules compositions, ou si, inspirés de nouveau par quelque pensée de symbolisme, ils ne créèrent point quelque autre forme, quelque autre conception architecturale en matière spéciale d’autel. Celui qu'on remarque dans l’une des chapelles de l'église de Saint-Antoine, à Padoue, va nous montrer, eu effet, uno nouvelle transformation. Dans ce monument, l’autel ne repose plus sur le sol ou sur quelques degrés, comme ou l’a vu jusqu’ici; d'autres idées et une intention particulière semblent avoir guidé son auteur; car, la disposition géuéralc s’écarte radicalement de la donnée ordinaire, et le résultat produit ou obtenu démoutre un changement complet. — Eu quoi consiste ce changement? — Dans la surélévation du meuble et dans sa disposition sur un point élevé, c’est-à-dire dans sou exhaussement sur une base assez haute pour nécessiter l'addition d'un escalier à nombreuses marches et garni latéralement de rampes à colonnes. Lorsqu’on considère cet autel , dont la composition est si éloignée des formes antérieures, l’esprit se prend à réfléchir et à vouloir se rendre compte de son étrangeté, et, tout aussitôt, l’hypothèse, qui se présente toujours dans les questions obscures, vient offrir à l’imagination des idées ou des réponses, plus ou moins vraisemblables, parmi lesquelles le chercheur s'arrête parfois à la moins plausible. Ici, cependant, l'erreur semble beaucoup moins à craindre, parce que la destination de l’objet est parfaitement connue: aussi, nous semble-t-il que celte disposition a très-bien pu naître d'une cause toute naturelle et découler d’une simple pensée de symbolisme , complètement en rapport avec la table des saints mystères. Suivant nous, il ne serait donc point impossible que l'artiste, qui composa l’autel de Padoue, u'ait été guidé, inspiré par quelque intention chrétienne, et qu'il u’ait voulu, en plaçant sa table sainte sur un point culminant, traduire et figurer le Golgotha où s'accomplit le plus grand sacrifice, sacrifice qui se rappelle, ou le sait, dans celui de la messe où la transsubstantiation fait renaître quotidiennement le corps de Jésus -Christ pour le rachat et le salut continuel des hommes. Euvisagée à ce point de vue, la composition acquerrait, en effet, un certain parfum de mysticisme, et die expliquerait même sa disposition particulière sur un point culminant, sur une base élevée.

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