DANS L’ÉGLISE DE SAINT-CUNIBERT, A COLOGNE
L’élévation de ce monument n’cst qu'uue des deux planches dont se compose la monographie de ce tabernacle ; le lecteur trouvera la seconde dans notre supplément. I! y verra de quelle manière cet édicule est combiné dans l'édifice , puis les plans et la coupe indiqueront sa place de même que scs dispositions; renseignements indispensables lorsqu'on doit apprécier l'introduction d’un monument dans un autre ; car, indépendamment des règles liturgiques, qui déterminent presque toujours l’endroit ou la position, il faut considérer encore , sous le point de vue dé l’art, si l’artiste, qui créa l'œuvre, eut ou uou le talent de savoir l’établir dans un rapport d'harmonie ou de proportions avec les parties environnantes, c'est-à-dire s’il sut pondérer la valeur des masses, alin de ne point faire trop petit ce qui devait être plus grand et vice versa; c'est, là, une question de goût qui présente bien des écueils, et dans laquelle tombent, parfois, même les plus habiles. Ajoutez qu’une autre question, non moins importante, vient encore se présenter dans ce chapitre de l'établissement des édicules ecclésiastiques : celle de leur arrangement ou de leur agencement dans l’édiGce et avec ses dépositions. En général, cet arrangement s' effectue de deux manières : ou il est contemporain de l'église, et, alors, l'architecte le combiue lui-même daus son projet, ce qui lui donne un caractère d’homogénéité avec P ensemble, — ou il se pratique postérieurement à la liâtisse, et celte condition renferme, dès lors, certaines difficultés à cause du raccordement. Dans ce dernier cas, on comprend qu'il faille une certaine somme de goût pour savoir réussir. Par des causes que je relaterai ailleurs, la plupart de ces édicules ont été introduits postérieurement à la construction des églises, et leur style ofTre ainsi une certaine disparate avec’ celui du monument. Telle est, eu effet, l'observation que l'on doit faire au sujet de notre tabernacle dont l’exécution eut lieu plus d’un siècle après l’achèvement de Saint -Cunibert (•}. Au reste, je n'aborderai pas ici la question des agencements dans les églises, puisqu’elle doit être traitée dans la suite; il me suffit de l’indiquer.
Deux autres questions intéressent surtout dans l’étude de ce tabernacle : celles de la composition et du décor. Pour apprécier convenablement le premier de ces deux points, il faudrait entrer dans des détails sur les différentes espèces de conserves ou de reposoirs (reposiloria) qui furent instituées (>our le dépôt de l'eucharistie , et ce travail nous entraînerait à des développements qu’il faut réserver pour le moment où je compléterai la publication de celte monographie. Je renvoie donc à celle époque et me contente de dire qu’à la fin du XIV' siècle, date vraisemblable de notre édicule, la conserve de l’hostie se faisait encore daus une niche,
(t) C'est, fort vraisemblablement , l’ancienne niche ou armoire qui servait de labernadu , et que l’on a arrangée, plus tard, en relançant une décoration architecturale à la partie antérieure.
MOYEN AGE. — XIII! XIV' ET XV! SIÈCLES. — TABERNACLES, que Ton ornait , à l’extérieur, avec plus ou moins de richesse. La composition du tabernacle de Saint-Cunibert est certes bien faite pour donner une idée de ces monuments, à cette époque (*); mais, pour en bien comprendre la valeur, il faut, mentalement, les rapprocher des niches ou armoires de l’époque romane et de celles du XIII! siècle, ce que nous ferons plus tard, en y joignant encore deux ou trois autres exemples, non moins curieux, de tabernacles du XIV! siècle. Lorsque nous aurons réuni ces éléments, il sera beaucoup plus facile d’esquisser une notice d'ensemble sur l'bistoire et la nature de l’nimarium eucharislicum.
Passons au chapitre de l’art; cette partie est, sans nul doute, bien digne d’iulérèt. En examinant la composition de ce tabernacle , il (tarait certain que l'artiste l'avait , dès l’origine, établie pour y marier deux arts : l'architecture et la |teinture; car, le soubassement se développe sur tonte la largeur de l'œuvre, taudis que le centre a, seul, des membres saillants; les faces latérales, qui sont lisses, semblent avoir été destinées, dès lors, au peintre dont les travaux devaient compléter l’ensemble. Celle particularité mérite, sous tous les rapports, d'ètre signalée; quant au style de l'art, il accuse celui de la fin ou du dernier tiers du XIV' siècle, en Allemagne.
Mais, ce qui provoque surtout notre attention, c'est, sans contredit, la partie décorative, et, plus spécialement encore, l’ornementation peinte, dont la conservation, par un bonheur inappréciable, est, à très-peu près, complète. Personne n’ignore qu'au moyen âge, presque toutes les parties des grandes églises étaient couvertes de sculptures, de couleurs et d'or, et chacun sait que cette application avait pour but de composer un ensemble offrant une harmonie générale; toutefois, avec le temps et par suite de la mobilité du goût, ces idées se perdirent; ou ne comprit plus la pensée ou la loi qui avait introduit co système, et un jour vint, après de longs siècles, oit l’on se mit à badigeonner tout ce qui, naguère, composait ce décor. Un tel acte fut on ne peut plus fatal â l'ornementation ecclésiastique, et surtout h la connaissance de sou passé; car, on y perdit la notion des choses, et, avec elle, tout sentiment de l’art. Or, il en résulta ce qui devait tout naturellement arriver : c'est qu’on eu vint à nier cet ancien mode de la décoration des églises. Après un anéantissement presque aussi entier, il fallut des preuves et de nombreuses preuves pour convaincre, et, comme le fait a presque toujours lieu, le plus souvent, ce fut le hasard qui les fournit. A l’heure présente et bien que l'on connaisse déjà un certain nombre de monuments peints, ceux-ci sont encore assez rares; aussi, leur rareté les rend-elle extrêmement précieux. Par ces motifs donc, il faut engager tous les archéologues à faire d’actives recherches sur ce point; leurs efforts, nous n'en doutons pas, seront, fort souvent, couronnés d'un plein succès.
Il reste à parler inainleuaut du faire de ces peintures; car, à l'époque où on les exécuta, les artistes de l’Allemagne avaient produit des travaux remarquables, cl l'école de Cologne était constituée. Les peintures du retable de Sainte-Claire, dont la date remonte à l’an 1300 , celles de la clftture du chœur de la cathédrale et d’autres encore, toutes ces oeuvres continuaient d'ailleurs la série des produclious antérieurement créées eu Wcstphalic , à llildc sheim , à Brunswick, etc., dont le caractère marque différentes phases de la peinture allemande pendant cette partie du moyen âge; mais, je m'arrête ici pour ne point empiéter sur un sujet que nous traiterons ailleurs.
(I ) Il est situé à droite dens le rtueur de l'église, c'esl-ù-dire da côté de t'épttre , nous eu connaissons un certain norntire d'autres exeropU*» qui sont pfarla A gauche.
CIJSTODE DES RELIQUES