‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 56 sur 97 · SITUÉ SUR L’UN DES FLANCS DE SA MOSQUÉE AU KA1RF · texte numérisé non relu

SITUÉ SUR L’UN DES FLANCS DE SA MOSQUÉE AU KA1RF

L’un des traits les plus caractéristiques de cette mosquée, et celui qui la recommande il l’attention de l'antiquaire, consiste, sans aucun doute, dans la présence ou la conservation d’un élément architectural, qui, en l'état de nos connaissances sur l'art et les monuments des Arabes, doit être regardé comme une révélation précieuse; car, jusqu’ici, on n’a signalé aucun détail de ce geure, et ce silence peut nous faire croire que, s’il fut commun et souvent en usage, le nombre a dit considérablement diminuer ou qu'il a |ieu excité l'intérêt des explorateurs. Quoi qu'il en soit, nous nous bornons, sur ce point, à celte simple constatation.

Pour bien comprendre le but et l’emploi de ce membre d’architecture, il faut rappeler quelle fut la composition des édifices religieux de l'Islamisme. — A en juger par les notions que fournissent les anciennes mosquées, le monument se composait de plusieurs parties ou de plusieurs monuments d’une destination particulière et que l'on groupait, par juxtaposition, autour do l’édifice principal : c’était, d’abord, le tombeau du fondateur de la mosquée, puis un hôpital pour les pauvres , un collège et des écoles ; une bibliothèque , une auberge, des bains, nue fontaine, etc. ; toutes institutions libérales et philanthropiques que les princes orientaux se plurent à créer pour le bien de l’huinauilé.

Cette énumération faite et le lecteur renseigné, passons au détail qui forme l’objet de cette notice. Parmi les constructions les plus ordinairement jointes aux mosquées, se trouve, avonsnous dit, le tombeau du fondateur. Or, c’est précisément d'uue partie de ce tombeau dont il est ici question. — Chez les Arabes, celte espère de monument funèbre est toujours d'uue certaine importance; il se composer, pour les grands personnages, d’une ou de plusieurs pièces, et, depuis uue assez ancienne époque, on le voit surmonté d'une haute coupole. Des deux pièces, qui constituent celte chapelle sépulcrale, celle du fond est spécialement destinée è contenir le sarcophage; l’autre, qui la précède, peut être considérée comme une sorte de vestibule ou de portique, donnant accès dans la salle principale. Toutefois, bien que la disposition de ce vestibulo fût d’être ouverte, l’entrée en était cependant interdite et presque exclusivement réservée è la famille du défunt. Cette interdiction, comme on le pense, n'avait d’autre but que d’assurer à la tombe ce repos ou ce calme qui doit être le privilège de la mort, cl, pour atteindre ce but, on établit, entre les ouvertures de ec portique, une sério de clôtures, de formes et de nature diverses, afin d’empêcher une fréquentation importune et bruyante, si contraire au respect dù au culte des tombeaux. Ce vestibule était donc fermé, du côté de la rue, par un système particulier de barrières dont nous allons chercher à nous rendre compte.

Suivant une très-ancienne coutume, le tombeau du khalife El-Gaouly fut érigé sur l’un des fiancs de la mosquée qu'il avait fait bâtir, et l'accès en était défendu à l'aide de clôtures encastrées dans les arcades du portique (*). Ces clôtures sont en pierre, et, par une colnci-

(I) Voyez notre planche représentant la vue perspective de la musquée et du tombeau d'El-Gaouly.

CIVILISATION ORIENTALE. — ARABES D’ÉGYPTE. — TOMBEAUX-CLOTURES, dence toute naturelle mais qui prouve l'unité de l'art, elles sont découpées à jour en manière de claire-voie; car, à cette époque , plusieurs détails d’architecture arabe s'exécutaient ainsi. Je citerai surtout : les clôtures des petites fenêtres ouvertes dans les murs extérieurs des mosquées, les nierions de Couronuenient, les parapets de minarets, etc., où se retrouve le même mode d’exécution. Quelques vraisemblances nous porteraient il croire que ce système a dù être appliqué aussi aux détails de l'architecture civile. — L’usage des claires-voies, évidées dans la pierre, semble avoir été fort répandu chez les Arabes, surtout aux XIV; et XV; siècles, date du tombeau d’El-Gaouly. Mais, ce système d’évidement leur fut- il exclusivement propre, ou bien en auraient-ils pris la pensée aux chrétiens, qui l'appliquaient aux fenêtres de leurs basiliques? C’est, là, une question que je pose, et que des recherches ultérieures résoudront, sans nul doute. Toutefois, il est, sur ce point, un lait incontestable : c’est que la composition artistique et décorative de ccs clôtures acquit, chez les Arabes, une importance et un degré fort remarquable, et que cette importance puisa, très-certainement, sa source dans l’emploi d'une ornementation qui se prêtait tant , du reste , à ce genre de décor. Dans ce travail, l'artiste, par les mille agencements que son goût lui suscitait, obtint souvent des résultats qui captivent ou étonnent; aussi, ccs compositions séduisent-elles généralement. — Aux yeux de certaines personnes, ce serait, peut-être, le lieu de traiter ici du système de composition ornementale, nommé arahftquet, et que, par une extension assez incompréhensible, l’on a cucore appliqué aux compositions de Pqinpél et de Rome, ou à celles de la Renaissance cl des siècles postérieurs; mais, peut-on, à notre avis, aborder un tel sujet lorsqu’on manque des éléments comparatifs? C'est donc encore un de ces chapitres qu’il faut reporter aux volumes de noire supplément. — Parlerai-je, ensuite, du faire de ccs clôtures? Evidemment, non; car, il vaut mieux, pour approfondir les poiuls dont l'élude exige des comparaisons, il vaut mieux, dis-je, attendre quelques autres exemples, afin de pouvoir en conclure maintes remarques qu'une seule œuvre ne pourrait certainement offrir. Quoi qu’il en soit, j'appellerai seulement l'attention sur les système méplat ou très-peu saillant de leur sculpture, mode assez vulgairement adopté par les Arabes dans le travail de leur oruemeutaliou sur des panneaux ou des faces lisses,

En résumé, ces clôtures, bien que d’une faible importance à première vue, n'en deviennent pas moins, lorsqu'on en connaît le but et la rareté, une sorte de monument d’une assez grande valeur, et l'on comprend alors les motifs qui nous ont portés à leur donner place dans ce recueil. Personne, je crois, ne saurait méconnaître que leur mise au jour n’ait élé une révélation sur ce (joint de l’architecture; car, aucun ouvrage n'eu avait porté, et leur emploi, par suite de ce silence, était complètement inconnu. Notre initiative, grâce à l'intelligence du. dessinateur, a doue eu pour résultat d’en constater l’usage ; viennent maintenant les découvertes, et nous ne manquerons pas d’en compléter la série. Au reste, combien d’analogues, ignorés de nos jours, resteront longtemps encore dans l’oubli ou ne paraîtront que fort tard pour la lumière de la science!.... C’est donc un devoir pour tous les archéologues de faire d'actives recherches, alin de combler, au plus tôt, les lacunes de l'bistoirc de l'art, de même qu'ils doivent s'efforcer aussi de réunir tout ce qui est relatif à cette autre histoire, sa sœur inséparable : celle non moins importante des mœurs cl des coutumes.

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