‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 65 sur 97 · DANS L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN L’ÉVANGÉLISTE, A P1ST0JA · texte numérisé non relu

DANS L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN L’ÉVANGÉLISTE, A P1ST0JA

Le meuble ecclésiastique dont nous allons essayer l'examen est un des plus importants parmi ceux de la famille des chaires. Construit à une époque où, dans quelques églises italiennes, on établissait encore des ambous à la partie antérieure de la clôture du sanctuaire, il nous fait connaître une de ses principales transformations. Bien que notre monument no porte aucune date, le style de ses sculptures accuse assez sou époque pour pouvoir avancer qu'il doit être de la liu du XIII" siècle. Mais parmi les chaires italiennes de celle période c'est trèscertainement l’une des plus couvertes de sculptures, et celles-ci méritent, par leur nombre et par leur valeur, une mention à part. Les scènes sont exécutées eu un assez haut relief. Quant à l'auteur, les écrivains varient d’opinion ; l’uu le croit Allemand (* ); l'autre, Lombard (*) et un troisième cite Jean, de Bise (*). Tout ce que l'on peut dire, c’est que, d'accord avec un grand critique ( 4 ), l’on a quelques raisons pour penser que ce doit être un sculpteur appartenant à l’école du Pisan Nicolas. Cette opinion (*) semble, du reste , appuyée sur un document que l’on a découvert dans les archives du patrimoine ecclésiastique de Pisloja ; on y a, dit-on, appris que la chaire est de l'an 1 270 et l'oeuvre d’un certain Guillaume. Ainsi, continue le dernier historien, nous n'hésitons pas d'affirmer que celte chaire fut fuite par ce même frère dominicain , Guillaume, de Pise, qui collabora avec Ricotla au fameux tombeau de saint Dominique, à Bologne. Si celle opinion, ajoute-t-il, n’est pas complètement démontrée par les textes, dti moins elle ne parait pas en opposition avec ce qu'a dit le savant auteur qui a traité de la vie et des travaux du moine Guillaume (•). Celte chaire n'occupc plus sa place primitive. A l orighte, elle était disposée sur'un point moins élevé; mais, actuellement, on l’a mise dans la nef. Des restaurations y ont été faites à plusieurs époques : en 1 398, par un certain François, de Sienne, et, en 1837, parle professeur Etienne Iticci. Pour sa composition architectonique, l’artiste semble avoir adopté le système ou la forme de celles qu'on plaçait eu avant du choeur. Des colonnes supportent une caisse rectangulaire, destinée à recevoir le

{IJ Va.hari, Vies de* plu» excellente architecte», peintres, sculpteurs, oie., à l'article ; Jean, de Pise.

(I) Ci a vpi, A'ofisie inédite défia sacrestia Pistoleee de’ fleltl Arrtdi ec. Fir. 1*10 car. 1“.

(3) Murrona, Pisa illustra ta . etc.

(4) Cicoun ara, Storla délia Scultnra. etc. Tome 1, lib. 3, cap. 3.

151 Tmmü (l'abbé). Nouveau Guide de fa ville de Pistoja.

(G) Maichbw i le P.)

MOYEN AGE. — X1IT* , XIV* ET XV" SIECLES. — CHAIRES DE PRÉDICATION, ETC.

prêtre. Toutefois, comme l'église de Saint-Jean est fort petite, on combina le monument de manière à lui donner une destination multiple, c’est-à-dire qu’on lui ût remplir à la fois l'office d’ambon et celui de chaire : d’amiu», eu y lisant les épltres et les évangiles; de chaire, en y faisant les prédicatious, certaines lectures, etc. La caisse ou la partie sculptée de cette chaire est composée de trois faces. Cést dans la face de l’orient que se trouvait, à l’origine, l’nnique escalier d’ascension et de descente.

Ici pourrait, à la rigueur, se clore uotre notice, si nous n’avions à faire connaître quelques I>articulàrité8 dont la nature vient rehausser la valeur de de meuble. Commençons par la partie inférieure. Suivant un usage, dont on citerait plusieurs exemples, mais que nous limitons aux chaires de Pise et de Sienne, les colonnes reposent sur des lions ayant, entre leurs pattes, des figures d’auiuiaux d’une espèce ou d'une nature timide. Eu admettant, sur ce point, les idées du moyen âge, peut-être y a-t-il là une idée de symbolisme, et devons-nous y voir une allusion à la force protégeant le faible; en d’autres termes, une manifestation artistique de l'Eglise protégeant les humbles ou ses véritables enfants; allégorie parfaitement bien placée au pied de celte chaire, d'où le prédicateur fait descendre la parole du fort qui encourage et fortifie l’innocent ou le timide. — Mais élevons nos regards et portons-les sur ces chapiteaux, pour constater à la fois et leur composition et les éléments de l’art au XII l" siècle. — - Montons encore; puis, parvenu à la caisse, arrêtons-nous pour y approfondir quelques points signalés plus haut. Jo laisse à de plus habiles l’honneur de décrire toutes Ica scènes que représentent ces compositions sculptées. Dans un livre comme le nôtre, nous ne devons guère noua occuper que de la question de l’art ; cependant, il convient de dire qu’elles offrent, eti grande partie, des scènes empruntées nu Nouveau Testament. — Aux angles de la partie antérieure, l’artiste plaça des personnages drapés à l’antique; ce sont six figures, assez vraisemblablement celles des apôtres, que fou a divisées par groupes de trois, afiu de leur faire supporter les iMoria de l’iipltre et de l’Evangile; ces six figures indiquent, par le rôle qu’elles jouent, la première destination de cette chaire, c’est-à-dire sou office d'amlion. Le deuxième emploi, celui de lieu de prédication, est surtout accusé par l'agencement d’un troisième leclorivm, sur lequel se faisaient la lecture des leçons, celle des prescriptions de l'Eglise, des exhortations pieuses, etc. Le besoin de ce dernier pupitre donna naissance à une composition symbolique fort remarquable, dont la valeur, sous le rapport de l’art, mérite une très-sérieuse attention. Déjà, l’ambon de l'église de San-Miuiato {') a montré comment on entendait le groupement des animaux personnificateurs des évangélistes. C’était, comme support de pupitre, une pensée d'arrangement telle qu’on pouvait la concevoir alors. Mais, ici, fou voit que le tonqis, fart et les idées ont marché. L'artiste ne se contente plus du la disposition précédente ; il a voulu rendre sa pensée d'une autre manière et produire un ensemble qui fût plus en harmouie avec ses idées et celles de son époque; aussi, au groupement de l'aigle, de l’auge, du lion et du boeuf, dont il a varié le placement, aussi, dis-je, a-t-il encore ajouté, relié les figures des apôtres eux -mêmes, divisés en groupes, ce qui forme, comme iconographie, une idée plus complète. — Sur quelques moulures de cette chaire, on voyait autrefois des incrustations en mosaïque de verre ou des émaux dont il reste quelques traces; les bas-reliefs eux-mêmes oui, peut-être, été peints et se détachaieul sur un fond coloré dont on aperçoit

(I) Voyez une reproduction de cel ambon dans le deuxième volume de nos Monuments Anciens et Modernes.

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