CHAIRE, DANS LÉGUSE DE SAINT-JEAN L’ÉVANGÉLISTE, A P1ST0JA
quelques vestiges. Ou remarque encore une représentation des armes de la ville sur la moulure émaillée qui supporte le groupe des animaux symboliques, et une personne, digne de foi, affirme qu’il y avait aussi quelques lettres et des chiffres composant le nom du moine Guillaume ainsi que l’année 1270. — Ceux de nos lecteurs, qui désireraient de plus amples détails, voudront bien prendre connaissance d’un mémoire rédigé par l’un de nos plus doctes confrères (*).
La date de ce meuble semble , comme je l’ai «lit, se rapprocher d’une époquo mémorable dans l’histoire de la sculpture , de celle où le Pisan Nicolas lit , par son génie et son initiative, sortir l’art de l’état où il se trouvait avant lui. Du reste, l’analogie que présentent certaines ligures des bas-reliefs avec celles des sculptures antiques dont elles paraissent quelquefois des copies, la noblesse des poses, l’harmonie des proportions, le sentiment de vie qui anime chaque personnage, la variété d’expression, enfin ce caractère et ce progrès qu’on remarque dans l’exécution, tout démontra la supériorité de cette œuvre sur celles des artistes contemporains, et cette valeur constitue, à nos yeux, autant de motifs qui doivent la faire distinguer et classer, smon dans les travaux d’un grand maître, du moins parmi ceux qui furent créés soit par quelques-uns des élèves de Nicolas , soit encore par des sculpteurs qui marchaient sous scs inspirations. Tout donc vient se réunir pour faire prendre à cette chaire une place distinguée dans les œuvres de l’art {*).
Maintenant, est-il besoin de remarquer qu’il y a là un mélange curieux des éléments du moyen âge alliés à des éléments antiques, et devons- nous signaler, par exemple, la dissemblance de nature entre les chapiteaux et les bas-reliefs? C’est encore un de ces contrastes et de ces rapprochements dont ou connaît plusieurs exemples. Ainsi , dans cette chaire , où toute la pensée est chrétienne et catholique, l’artiste, qu’un sentiment du vrai et du beau éloignait du dessin et de l’exécution des Xlt et XII' siècles, a, par une intention louable, introduit des inspirations romaines, mais qui semblent avoir déplu à quelques antiquaires. Pour notre part, nous nous plaisons à y constater une phase de l’art et surtout celle du progrès qui fil sortir la sculpture de cette funeste voie des romaus , ces lourds créateurs de l’immobilité dans la statuaire. Honneur donc à Nicolas ou à ses élèves, et honneur aussi à ces artistes qui, à Chartres, à Reims, à Amiens, à Bamberg, etc., surent créer tout ce peuple de figures saintes où respirent à la fois la vie, l’intelligence et toutes ces belles expressions que l'archéologue se plaît tant à considérerl — On voit, par ces quelques lignes, quel intérêt présente à l'historien, à l’antiquaire, à l’architecte et même à l’artiste, l’élude de ce meuble, si modeste en lui-même, mais dont la composition, la nature, le décor, le symbolisme cl le faire soulèvent à la fois tant d’intéressantes questions.
(I) M. Üidron a jmliîip, dans tes Annules Archéologiques, tin très-remarquable article snr cette rtiaire. (Voy. Tome XVII*, pages 3tt> à 3ÎQ.)
(î) L’abbé Tigri appelle l'attention sur l’art avec lequel l’artiste à su grouper se* bas-reliefs dans d'aussi petits cadres ; il signale ensuite le caractère de plusieurs figures, et fait aussi quelques rapprochements avec les œuvres du célèbre Nicolas, enfin, il Ukraine en disant qu’il ne peut y avoir aucun doute que cette chaire np soit des beaux terni» de l’érole pisane et du ciseau du moine Guillaume, et il en donne pour preuve : d'une part, la répétition d'une scène que Nicolas mit dans la chaire du buptislère, à Pise, et. de l’autre, l’analogie de style ainsi que le même mode d'exécution, qui est un très-haut relief.