DANS L’ÉGLISE PAROISSIALE, A PRATO
Nota. — Ui » grand nombre d'épreuve* portent , par erreur ; A PISTQJA.
Ce meuble ou plutôt cotte tribune appartient, par sa composition , à la classe des chaires dites pédiculén, que l'on désigne ainsi par opposition à celles dont rétablissement repose sur le système de Vencorbellemenl. Cette disposition n'était point une nouveauté pour les artistes de la Renaissance. Le moyen âge en avait fourni maint exemple; aussi, les mêmes pratiques ayant provoqué la création de meubles analogues, il fut assez naturel d’en emprunter les dispositions aux prototypes de celle époque, qui créa les premières chaires, c’est-à-dire les ambons et les tribunes. Aux XV' et XVI' siècles, les traditions, à l’égard des formes, persistent et se continuent. L’art seul, qui variait suivant les pays cl les écoles, y apporta des modifications; mais, celles-ci se bornèrent à la composition et au décor propres au style. Le pédicule et la caisse furent donc composés de parties agencées suivant des données particulières, mais leur ornementation revêtit un caractère souvent peu en harmonie avec celle du moyen âge , caractère dont les artistes et l’auteur s’étaient surtout passionnés. Yasari, l’un des vieux historiens de l’art, dit que Mino, da Fiesole, décora la caisse de sa chaire de sujets eu bas-reliefs tirés de la vie de la Vierge, et qu’il composa le pédicule de membres et d’ornements dont il lui attribue l’invention. Quelles peuvent être la nature et la valeur de ce décor pour mériter de la part de cet historien une mention aussi explicite T Je passe assez légèrement sur la partie architecturale pour ne m'occuper ici que de l'ornementation. Ailleurs, nous avons dit que les compositions décoratives, introduites par les artistes italiens de la Renaissance , offrent un caractère étrange , fruit du bizarre assemblage des éléments chrétiens combinés aux figures du polythéisme. Sur ce point, on se demanderait, peut-être, quelle fut la conduite de la papauté pour réprimer un tel écart. L’histoire et les faits répondent que, loin de s'opposer à celle choquante anomalie, l'autorité religieuse semble s'être, au contraire, fait la propagatrice de cet acte; car, il résulte, de l'examen des œuvres et des documents, lotit un ensemble de preuves constatant que l' introduction de ces Ggures ne l'émut point. En effet, l'on cite, de celte date, mille exemples où celte alliance accuse, à n’eu pas douter, la force et l'entralncmcnt d’un goût dont s’éprirent toutes les classes. La passion de l'antique avait révolutionné bien des choses, et ce nou-
PÉRIODE MODERNE. — XVK SIÈCLE. — CHAIRES DE PRÉDICATION, veau courant avait , par son action, créé une série de faits qui tranchent et contrastent avec ceux des siècles précédents. L’art et la littérature des anciens étaient à la mode; sous leur influence, mille créations s’étaient produites; l’Église elle-même y avait aidé de son pouvoir. Quoi de plus naturel et de plus logique que de voir une partie de ces idées s'infiltrer et se traduire dans les œuvres contemporaines. On conçoit que presque tout reçût, dès lors, une plus ou moins importante application de la manie du moment; car, pour se montrer à la hauteur, le monde artistique et littéraire composa dans celte donnée, et chacun, en subissant le joug de la mode, n'y aperçut rien d'étrange, puisque le résultat n'était autre que celui qu'appréciait et que recherchait la passion du jour. Telle est, fort vraisemblablement, la cause, de ces anomalies produites à l’époque de la Renaissance cl dont notre chaire de Prato offre un nouvel exemple. Là, sont confondues, dans un même ensemble, et les représentations chrétiennes et les figures polythéistes; mélange hétérogène qui nous frappe et nous choque aujourd'hui, mais qtle le XVI* siècle acceptait sans contrôle et comme une conséquence des idées qui avaient cours alors. En cela, .Mino ne fit que suivre le goût de son temps, et l’introduction de ses figures chimériques dans la composition d’un meuble chrétien constate, une fois de plus, la force et le courant des idées qui dominaient les hautes classes à l'époque de la Renaissance, c'est-à-dire la passion de l’art antique poussée à ce point qu'on l'introduisait jusque dans les monuments du culte.
Ces considérations établies, on ne saurait, au point de vue de Part, méconnaître l'importance de cette chaire. Sa composition architecturale et le mérite de ses sculptures en font une œuvre véritablement remarquable et tout à fait hors ligne. Sous le rapport des dispositions, le monument rappelle, de tous points, la chaire pédicule* du moyen âge, c’est-à-dire l'agencement de deux parties superposées, la caiue et le xupporl, auxquelles le XVt siècle avait joint un troisième membre, Vatat-voix} mais, celui-ci manque à notre chaire de Prato. Quant au chapitre de Part, il faut reconnaître que la composition des bas-reliefs et le mérite de la sculpture dénotent l’action ou la main d'un artiste supérieur. — Nous n’entrerons dans aucune considération sur le caractère des œuvres créées par Mino, de môme que nous ne parlerons ni de l’influence ni de la place qu'occupe cet artiste dans l’histoire de Part. Sur ces différents points, on pourra lire ce que pense Vasari , mais surtout l'opinion de ses judicieux annotateurs : MM. Lcclanché et Jcanrou.
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