DANS L’ÉGLISE DE KF.MPEN
Ailleurs, nous expliquerons les motifs qui portèrent l'Eglise à suspendre ces images dans l’intérieur de la basilique; mais, en attendant, nous devons dire ici quelques mots de celle reproduite sur notre planche.
Parmi les divers exemples qui se sont conservés, la Vierge de Kempen peut, à bon droit, passer pour l’un des plus remarquables; car, indépendamment de son mérite comme art, elle odre encore, sous le rapport iconologique, une singularité qui la distingue des autres où celte condition s’observe assez rarement. Je veux parler de la présence combinée de la figure de Dieu le Père et de celle de l’Esprit-Saint représenté sous la forme de colombes agencées aux quatre points d’une boule, figurant peut-être le monde.
Une autre particularité, qui ne manque pas d’uue certaine importance, mérite encore d’être signalée. Il s’agit de co système de luminaire honorifiifue dont cette composition est pourvue, et qui forme, avec elle, comme une espèce de monument à double intention : I" la composition elle-même, c’est-à-dire l’agencement des figures de la Vierge, de l’Enfant Jésus, de Dieu le Père et de l’Esprit-Saint, et 2” une sorte de couronne de lumière ; mais, il est évident qu’ici le *
luminaire n’a pas la destination de couronne et qu'il est seulement honorifique , c'est-à-dire disposé et établi eu l’honneur de la Vierge, et, subsidiairement, des plus vénérables personnages de la religion chrétienne.
Nous reviendrons, ailleurs, sur l’origine, le but et les principaux monuments de celle classe.
Tout ce que l’on peut dire au sujet de la Vierge de Kempen, c’est que l'artiste a fait preuve d’un grand goût et d’uue certaine science dans l'art d'arranger les diverses parties de «on œuvre; car, le sujet central qui domine |iar sa masse, la couronne que supportent les anges, les figures de Dieu le Père et du Saint-Esprit, cl, enfin, ce système de luminaire, distribué, à la base, sur ces gracieux enroulements, tout concourt pour donner à l'ensemble une forme harmonieuse et pondérée qui satisfait l’œil et charme ainsi la vue du spectateur.
Maintenant, il nous faut ajouter que cette œuvreest presque entièrement en métal, et que celui-ci est le fer, mais à l’état de pièces de rapport dont quelques-unes sont même de nature à donner une haute idée des artistes allemands au XV? siècle. Comme on le pense bien, il y a, là, des travaux de repoussé combinés à d'autres travaux de découpage soit à l'estampe ou à la lime; mais, pour en apprécier convenablement l'exécution ou la valeur, il faudrait pouvoir examiner l’original ou bien posséder quelques détails exécutés sur une grande
MOYEN AGE — Xlll' , XIV ET XV SIÈCLES. — VIERGES SUSPENDUES.
échelle. Il conviendrait aussi de comparer ce morceau à certaines oeuvres de ferronnerie* contemporaines, et, de leur comparaison découlerait, pour l’enseignement et l’histoire de l’art, cette notion : qu’en fait de ferronnerie, le XV. siècle était toujours fort habile, puisqu'il sut produire des créations remarquables, ce que prouve, d'ailleurs, notre monumeut de Kenipen et beaucoup d'autres non moins importants.
Le luxe et l’cxcellenco de ces Vierges suspendues venaient accroître encore le nombre des objets que l'Eglise s'était plu à créer à travers les siècles pour l'édification des fidèles et |>our la décoration de l’intérieur du temple.
Ce monument était peint et doré.