‹ L'Architecture (volume 2)Chapitre 79 sur 97 · MOYEN ACE — XIII! , XIV* ET XV! SIÈCLES — PUITS SACRÉS · texte numérisé non relu

MOYEN ACE — XIII! , XIV* ET XV! SIÈCLES — PUITS SACRÉS

fois, on ne saurait méconnaître que la première <le res deux espèces de constructions ne puisse recevoir indifféremment et l’un et l'autre de cas systèmes mécaniques.

Nous ue pousserons pas plus loin nos investigations ainsi que nos recherches il l’égard de la première espèce de puits sacrés; et nous nous contenterons d’indiquer, comme complément, quelques exemples choisis parmi ceux qui ont pu parvenir jusqu'à nous. Mais , comme nous avons réservé l'étude de la margelle, il est évident qu’on ne doit s’attendre à trouver ici que des citations limitées et peu éleudues sur ce sujet. — An milieu du croisillon septentrional de l’église do Notre-Dame de l’Épine, village situé à quelques lieues de Châlons-sur- Marnc, se trouve une margelle dont l’origine parait remonter à la fondation du monument; sa forme est circulaire ; quelques rares moulures en décorent seulement la partie supérieure des faces externes. — Dans l'un des contre-forts, érigés sur le flanc septentrional de la cathédrale de Reims, mais à l’intérieur de celui qui forme l’angle Nord-Ouest du traussept, on a ménagé, lors de la construction, l'ouverture d'un puits qui fonctionne, à n'en pas douter, depuis l'établissement du majestueux édifice. Ce puits, dont ou pourra découvrir la situation sur notre plan de celte église , sera l’objet d'une description spéciale dans la notice que, nous devons consacrer à celle cathédralo. Il a reçu la dénomination de puits de Spint-Rigobert. — On pourrait, sans aucun doute, joindre à ces deux exemples, l’un du XIII! et l’autre du XV! siècle, quelques citations de monuments analogues, construits dans divers pays de la chrétienté, comme à Altcnbcrg, etc. (I); mais, nous bornerons là le développement do nos recherches. Toutefois, il est une dernière particularité que nous ne saurions omettre ici ; c’est que la margelle fut quelquefois fermée par un couvercle, ce dont nous avons acquis la preuve par la conservation d’uu spécimen, qui n’est probablement pas le seul, mais dont l’exécution peut être considérée comme l’une des œuvres les plus remarquables de l’art du ferronnier au moyen âge (2).

D'après l'examen des monuments, il seinblo prouvé que la construction des margelles, comme clôture des puits sacrés, se continuait encore du XIV* au XV! siècle; mais, vcr3 cette époque, l'ameublement et la décoration ecclésiastiques ayant pris, comme on le sait, des développements considérables , un luxe extraordinaire s'introduisit daus l'intérieur des églises. Dès cc moment, la simplicité de la barrière des puits ne parut plus d'une assez grande richesse pour pouvoir, dans certains lieux, s’harmouier avec la nature de l'ornementation de l’édifice; les.arlistes se plurent, dès lors, à la surmonter d’une sorte de composition architectoniqnc en forme de couronnement; et, sans aucun doute, l'édicule, destiné à faciliter la prise de l’eau, tel que nons le voyons à Ralisbonno et ailleurs , fut créé. Quant à la construction , il n’y aurait, selon nous, aucune invraisemblance à admettre qn'cllc n’ait été quelquefois,

(1) De Moxéox rapporte qu'au XVII' siècle, it y avait dans la cathédrale de Rouen, A côte do la sacristie, une fontaine qui fournissait l’eau nécessaire pour les messes et pour l'eau bénite. Mais , le mot dont se sert ce liturgiste crée ici une diltirulié ; car, on n'y peut découvrir s'il a voulu indiquer l'existence d'un puits sacré qu’il qualifie de fontaino , uu s'il entendait désigner un simple réservoir, pourvu d'une eau apportée de l'extérieur et non produite par le sol do l'église. Les archéologues rouennais pourraient , par des recherches A cet égard, éclaircir ta question. ( forages liturgiques , etc. ; juge 379.)

(2) Nos lecteurs trouveront, dans cet ouvrage, une reproduction aussi (idole qu'exacte, de ce monument.

PUITS SACRÉS, DANS LES CATHÉDRALES DE RATISBONNE, etc.

comme tant d'autres parties de l’église, le résultat ou le produit d'un don, fait, par quelque personnage important de la hiérarchie religieuse ou civile, ou pur quelque corporation , à propos d'nn événement ou d’une dévotion à un saint qui avait son culte dans l’édifice.

Quoique nous soyons fondés h croire qu’il ait été construit, dans les derniers siècles du moyen Age, un certain nombre de puits sacrés, on ne peut cependant pas en conclure que tous furent décorés avec uu tel luxe et qu ils aient été surmontés d’un couronnement analogue. Nous pensons qu’on se contenta, pour la plupart d’entre eux, de la construction d’une simple margelle, plus ou moins embellie, A laquelle on ajouta, parfois, un appareil mécanique quelconque, destiné à puiser l'eau à l'aide de vases en bois ou en métal. Or, cette opinion porterait à inférer que les puits, couronnés d’un édicule, ne doivent point avoir été aussi communs qu’on pourrait bien se l'imaginer; ce qui provoquerait tout naturellement cette réflexion, qu'on doit en considérer l'espèce comme ayant été d’un nombre comparativement restreint et comme ayant été seulement appliquée dans les églises fort importantes, A cette époque particulière de leur histoire où tout co qui tenait, de loin ou de près, A la décoration acquit une si grande splendeur. Tel e.-l donc le motif qui nous a engagés A diviser en deux classes celle famille de constructions, et telle est aussi la cause qui nous a portés A les considérer, sous le rapport des formes , comme étant beaucoup plus le résultat des idées et de la situation de l'art à l’époque de leur établissement, que comme le produit d'une prescription liturgiquo de l'Église, dont les besoins ne réclamaient qu'un puits, destiné A lui fournir une eau particulière.

Il conviendrait maintenant d’aborder le chapitre des dispositions architectoniques qui furent naguères données A ces petits édicules; mais, il a été reconnu que, par suite de leur destruction, on se rendrait assez difficilement compte des differentes transformations qu'ils subirent. Aussi, privés de ces précieux éléments, serait-il assez difficile d'y parvenir, s'il ne nous avait été donné d'en découvrir, parmi les monuments figurés de fart, quelques spécimens exemplifiés dent la reproduction, plus ou moins fidèle, acquiert cependant A nos yeux une très-haute importance pour l'élucidation de cette étude. En présence de celte pénurie monumentale, nous avons donc eu recours aux seules sources qui pouvaient nous tirer d'embarras; et, soutenus par l'espérance, nous nous sommes mis A explorer les œuvres diverses de la peinture et de la sculpture. Le succès a, en partie, couronné nos efforts; car, au milieu de quelques scènes d'un caractère religieux ou civil , nous avons, parfois , découvert l'objet de nos désirs. Toutefois , il nous a paru convenablo , pour ne point étendre enrore un sujet , qui nous semble déjà fort long par lui-méme, do transporter le résultat de nos découvertes en d’autres lieux de cet ouvrage où nos lecteurs le trouveront consigné (1). Ces documents, joints aux exemples de puits sacrés que nous avons signalés, permettront d'établir, sinon un ensemble complet de ses transformations A travers les différents siècles du moyen Age*, au moins une suite de jalons offrant quelques-uns des principaux types propres à cette famille.

Afin de rendre d'une manière plus évidente ce que nous avons dit relativement aux puits sacrés, et pour faire mieux connaître A nos lecteurs la composition do lonrs édicules décoratifs,

(tj Voir le chapitre de» Püits publics et prive», et la nouai sur le CloItrb delà cathédral*, a Giromne.

MOYEN AGE — X1IM , XIV 1 ET XV‘ SIECLES — PUITS SACRÉS, oous allons borner l'objet de nos études à l’examen particulier de deux exemples que nous choisirons, l’un parmi les monuments conservés, et l'autre, parmi ceux qu’on a détruits. Le rapprochement de cés deux Spécimens, mis pour ainsi dire en parallèle, nous fournira tout naturellement les moyens de juger celui des deux clergés qui s’est le plus liturgiquemenl conduit à l'égard do ces petits monuments, et il nous procurera on même temps l’occasion d’exprimer combien nos regrets sont amers d'avoir à déplorer la perte do tant d’œuvres de goût!...

Prrrs sacré, dans la cathédrale, a Ratisbonse. — lino série de faits, assez simples on ouxroèmos, mais dont la plupart on dû se reproduire, à très-peu près, pour quelques-uns de ces édicules, constitue l’histoire de cette construction. Des auteurs rapportent que ce puits se trouvait originairement près ou dans une église, dédiée à saint Jean-Baptiste, qui était le baptistère de la ville; et ils ajoutent qu’au Xlllf siècle, étant passé, lors de la ruine de la cathédrale dont il dépendait, sous l'autorité d'une église collégiale, il continua à remplir sa destination jusqu'à la fin du XIV' siècle, époque oit il fut définitivement enclavé dans la cathédrale actuelle, au lieu où il se voit aujourd'hui. — On regrotlo que les autours auxquels nous devons ces renseignements (I), n’aient pu trouver des notions sur l’origine particulière de Ce puits et qu’ils aient ainsi borné son histoire à ces trop insuffisantes indications. Cependant, nous devons, pour être justes, dire qu’ils y ont joint quelques autres documents relatifs à des faits, postérieurs, il est vrai, à toutes ces dates , mais dont la possession n’en est pas moins d’un très-haut intérêt pour l'élucidation de l'élude que nous avons entreprise. A les en croire, l'eau de ce puits, qu’on considérait alors à Rntishonne comme une eau sainte, aurait été employée dans les travaux d’édification de la dernière église; et, par une faveur, assez vraisemblablement toute spéciale, l’autorité ecclésiastique on aurait aussi éleudu l’usage aux besoins privés des ouvriers, qui s’en servirent pendant tonte la durée de la construction ; enfin, il paraîtrai! que, depuis un temps, dont on no fixe malheureusement pas la date, cette eau était, par exception sans doute ('2), béni» solennellement à une certaine époque de chaque

(I) Geschichte des Dômes roi» Hegensbprg und der dont gehorigen gebande % etc., von Joseph Hu W/jASchneoiuf ; (Tome I, page 41 et Tome U, pag. 17, et 19); Regensburg, I84K-IHI9, 3 vol. in-»».

(î) Nous disons, par exception, parce qu’il semble résulter do la lecture dis» ouvrages de Liturgie que, bien qu'on l'ail bénie dans divers endroits, cetH coiwvralioo M faillit, le plus souvent, au chœur ou dans la sacristie. Ainsi, contrairement à l'opinion que nous avons émise au commencement de cette notice (page 3, note 6}, il parait qu'un bénissait les puits sacré»; mais, dans ce cas, on voudrait savoir à quelle époque cornante l’origine de cette bénélictiou duiit Guillaume Durand ne parle point. Fut-ce pondant le Moyen -Age ou depuis lu XVI* siècle, épique où la liturgie subit tant d’altérations et où Ton y intro- Muisit de si notables changements? Ce serait, peut-être, le lieu de placer ici, comme réponse, le document rapporté par Du Cunge, dans son Glossaire, aux mots : Puteus in remplis; document qu’il dit avoir extrait d’un sarramenlaire dont la dates** trouve, il se peut, dans Mahillon [Muséum IfaJicum , Tome I, page 399). Mats, encore une fois, celte bénédiction fut- elle pratiquée dans toutes les église* qui renfermaient des puits; el, surtout, l'appliqua-t-on à la même chose; car, le doute pourrait, à coup sûr, se produire, puisque Mabillon mentionne Ui bénédiction du puits, tandis que les auteur» allemands disent celle de /* eau du puits. On voit donc que, malgré la pouoMOO du texte, cité par Mabillon, el awigré le lé tu >ignag e des auteurs allemands, crue question n’esfl pas encore complètement éclaircie : ù moins que, confondant les deux documents dan? un© seule et même chose, on n'en conclu© qu’ils aient aussi la même signification, Pour nom, qui sommes laïcs, mais qui cherchons à nous rendre compte des ancien* usages, nous regrettons sincèrement que la science profonde du docte et si modeste abbé Guéranger n’ait poiut encore porté le (lambeau lumineux de ses investigations sur cette grave matière ainsi que »ur toute» celles qui tiennent aux cérémonies de l'Église.

PUITS SACRÉS, DANS LES CATHÉDRALES DE RATISBONNE, etc.

aunée. — Quoi qu’il en soit, c'est à l’heure présente, le seul puits sacré à couronnement du XVI siècle que l’on ail encore signalé ; anssi , bien que son style d'art soit loin d’étre pur, avons-nous cru nécessaire d’en ofTrir, comme spécimen du genre et comme exemple de ses dispositions, une reproduction à nos lecteurs. L’ensemble se compose de trois parties principales : d'une margelle en pierre que surmontent deux piliers, servant de supports à un couronnement sculpté à jour et reproduisant des motifs généralement usités dans l’architecture et la sculpture de cette époque; un jeu de poulie, destiné à tirer l’eau, cl des figures allégoriques, parmi lesquelles se trouvent celles du Christ et do ia Samaritaine, complètent cette composition. Il ne nous semble point indispensable de nous étendre davantage sur la conslruolioir de cet édicule qui s’explique, d’ailleurs, par la seule vue du monument lui-méme; mais nous appellerons l’attention de nos lecteurs sur une particularité, unique peut-être, et qui a, selon nous, sa signification. Nous voulons parler de certains appendices dont la présence révèle, à nos yeux, toute la pensée do la destination du puits : qui était colle de fournir , l'eau qu’on devait bénir. En effet, l’Église, pour no laisser aucun doute sur l’usago qu'elle entendait en faire , lit placer auprès de lui deux petits monuments qui , par leur nature , concourent à en caractériser davantage l'emploi; et l'adjonction (Jes bénitiers, quelle disposa à la partie antérieure, accuse évidemment une intention qu’on ne saurait méconnaître. — Ce monument est situé dans le collatéral du Sud.

Puits sache, dans i.'Enuse- cathédrale, a Strasbourg. — La légendo, qui s’est étendue à tant de choses dont l’origine remontait aux siècles du Moyen-Age, semble s'élrc aussi attachée' à ccl édicnle pour lui composer une histoire dont certains détails révèlent à l'observateur loulo Ja naïve crédulité du temps où elle fut inventée. Suivant le récit des chroniqueurs locaux (1), les premiers chrétiens trouvèrent, dans l’enceinte dn temple consacré à Hercule, où fut sans doute construite la cathédrale, un puits dont l’can servait à laver les victimes qu’on sacrifiait sur son autel ; mais, béni, dit-on, au VIII* siècle, par saint Remi, archevêque de Reims, il changea , dès lors, de destination , et il devint ainsi le réservoir particulier du baptistère do la ville. Pendant près de huit siècles, ce puils fournit aux curés de Strasbourg et à ceux des environs, dépendants de l’archiprêtré de Saint-Laurent, l’eau qui devailservir à l’administration du baptême. On affirme même quo cet usage dura jusqu'au milieu du XVR siècle. Mais, depuis cette époque , il ne fonctionna plus que pour la cathédrale; et il aurait, assez vraisemblablement, continué son office, si un événement fâcheux n’en avait arrêté le cours. 'En IGOti, un militaire français, y étant tombé par mégarde, ou s’y étant jeté avec intention , en fut retiré mort. Ce fait constitua uno profanation du puits qui força le clergé à en suspendre I usage; et, dès ce moment, abandonné o son malheureux sort, il resta sans destination jus-

(I) KmsiasimvKX, Die atteste teutsche, smvohl altgemeine, ats insonderheii Etsass. und Mrarburÿ, Chronicke bis ins J. 1 386, mit histor. dnnm. YonJ. Schitter ; Strasbourg , 4698, in4\

Sciud A là.) Summum drgentoralenjium temptum etc ; Strasbourg , 1617, in***.

Gbasdioibb, Essais historiques et topographiques sur l'église cathédrale de Strasbourg; Strasbourg, Levraoll, I782,ifl.8".

Millbb îFraac.). Description noovellede la cathédrale deSirasbourg et de sa fameuse toor, etc. Strasbourg, 1766. in*l2,

Schwbigrbl'Sbb, Description de la cathédrale de Strasbourg, etc.; Strasbourg, 1827, in-fol.pt.

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