MOYEN AGE. — XIIE , XIV! ET XV SIECLES. — ÉGLISES CATHÉDRALES
<]ue Houjualde. Son plan était va^tu et couvrait les lignes du vieux monument : il les dépassait de toutes parts, et la uoiivelle cathédrale allait reurermer, dans son sein, les fondations de tous les édifices qui l’avaient précédée. Sa vofite. hardie , scs forêts de clochetons, ses sept tours élancées vers le ciel, devaient lut donner un aspect gigantesque. Mais il fallait beaucoup d’or pour tenter cette vaste entreprise. L’architecte, sûr de son génie, doutait de ses ressources et faisait part de ses inquiétudes à l’archevêque : < Commences, dit AIhéric à Robert, Dieu et les bomines nous aideront > , et il en fut ainsi. .VIors , la fui était vive et la charité donnait largement à la voix de l’espérance. Le clergé demanda des secours au nom du Seigneur ; eu son nom, il pardonnait au repentir généreux. Dans les provinces, on promena les reliques, les vases sacrés, tristes témoins de l’incendie auquel ou avait pu les soustraire. Partout, sur leur marche, ou racontait le fatal désastre; l’or du châtelain et du riche marchand, le denier de la veuve et de l’ouvrier, remplissaient les sacs destinés à l’architecte ('); il en fit bon et bel usage. Ce fut, en 1212, qu’Albéric de Humbert posa la première pierre du nouvel édifice. Depuis cette époque, les travaux marchèrent sans interruption. Les artistes sculpteurs y dévouèrent leur vie; les tailleurs d’images y é|iuisèreut toutes les richesses do leur imagination; plusieurs architectes y consacrèrent leurs jours, leurs veilles, les trésors de letu- science : un chef-d’œuvre sortit de leurs mains. Ce fut vers I i30 sculeuieut qu’il fut achevé. Pendant deux cent vingt-neuf ans ou y vit travailler bien des hommes qui, eux aussi, avaient leurs idées, leur savoir; ils ont respecté le plan primitif; ils ont su le continuer et le conduire à perfection. Leur modestie s’était inclinée devant la supériorité du maître; leur foi s’est mise è genoux devant sa pensée; elle commandait du fond de la tombe, et, pendant plus de deux siècles, ses ordres furent remplis. Elle était devenue la pensée de tous. Aussi, la gloire du maître leur appartient à tous ; tous, ils y ont droit. Le génie, qui obéit, s’élève au niveau de celui qui commande. — Dés 1213, une cérémonie imposante eut lieu ; ce fut la dédicace du l’église. La veille de Noël I2il, leS hymnes sacrés se firent entendre sous les voûtes nouvelles; le chapitre prit possession du chumr (^j. Sans doute, il s’établissait au centre d’une église encore imparfaite; de longs travaux extérieurs suivirent cette première installation. En 1295, on bâtissait encore; il fallait de l’argent. Les fidèles, le chapitre en donnèrent, cl les clochetons virent leurs pointes amincies s’effiler en aiguilles; les niches désertes reçurent bieulût leurs immobiles habitants; les terribles gargouilles vomirent les eaux de la pluie qui baignait la toiture; les millions de figures, qui décorent les cinq portiques achevés, se classèrent et so mirent en place ; les tours s’élevèrent luajestueusemeut, et l’œil étonné se demanda comiucut l'art pouvait être à la fois si léger et si
( 1 } En voyant res magnifiquos ralh^ürates qu'on éirva drguia le XIII'' aiMr, on est qucIquoTois surpris, dit un dos hiftloripnü do Noin^Daiitp, du la liardiuitèûu deiâcnlrrpriiii'jt et ries dé^ieniiOH ùnomiPâ qii'dlei» onloccosionnéra; mais IVlunnumuni cuiiéAo quand on rûdcohit aux fonds inùpubiabips i]ut^ fournis.<i4il U cliarilé dus lidéias vircnieni aolHciiée. Üau-'‘ toulus on utoploj-ait les moyen» dont on se lèorvU à Reims. Il parait tn^mu quo <«IU* manière de ramas^‘r
tus somme» employée!) i élever ces monuments religieuic qui ornent encore la plupart de» ville» de Fmnce, est une imilaiion de celle que l'un employa^ dioz les païens, pour la rccomvtruclton de» U'mples d'iloilenion , en Égypte, et d'êphPtèo; car IléroduU' dit formellement qn'IU ont été constmits aprec uno quélu at>oiidanli‘ faite dans divers*» province». (Mvnlot, tome 11*. page 470, cité par Povillok riKR.vaD.)
[t] Lorsque les clianoinos CLMiKm'^ndTDiit à chanter i'offire d.ias leur nouvelle catliédrale, on doit croire qu’U n y avait encore de cunslruil que la principale masse de l'édiGi'e, c'e-l-h-dire : le clarur, le» chupelte», le transeept et uoe parlio de la md'; puisque, on I <95, on soüiciUil encore la charité des fidèles pour la coiilinualion de cet édifice dont les tours du portail n'cUiienl |ias encore achevées en 4430; du moins, c'câl l’opinion de Dom Marlot. {Povii.uh« PiKHAan.l
ÉGLISE CATUÉDRALK ÜS NOTRE-DAME, A REIMS.
uoble. — Ses nombreuses statuotles uo furent point faites dans le mémo teni)i»; on ne dut s'en oeciiper <|ue quand les grands travaux furent finis. L'exécution de quelques-unes d’entre elles révèle le ciseau des XIV' et XV'. siècles (•. Latour du midi était encore imparfaite sous Charles VI. Le cardinal Pilastre, ancien chanoine de Reims, se souvint alors de l'église dans laquelle il avait coiiiincncé sa brillante carrière ; il se fit un devoii* de lui venir en aide, et eut l'honneur de payer les dernières pierres de l'édifice dont Robert, de Coucy, traçait le plan deux siècles plus tôt. — Un immense désastre menaça peu après Notre-Dame île Reims. Le 24 juillet I I , des ouvriers raccommodaient sa vaste toiture de plomb : c'étaient Jean et Remi Legoix. Ils négligèrent de surveiller le fourneau de charbon dont ils avaient besoin pour la fusion du métal. Vers midi, tout le haut de l'église fut eu feu. La flamme gagna rapidement le clocher élevé sur la croisée du transsept ainsi que les quatre tours établies à ses ' ' .
deux extrémités. Ui charpente qui les composait , celle qui soutenait lu couverture, étaient de véritables forêts. Rien ne put les enqH'cher de brûler. L'incendie atteignit bieutût les deux tours de la façade. Les cloches, le plomb du toit se mirent à foudre; des ruisseaux de métal coulaient de toutes |Kirts et tombaient en cascade du haut de l'édifice sur ceux qui portaient des sccouis. Ce formidable torrent brûlait tout ce qu’il touchait, et formait un obstacle invincible au dévouement des Rémois. Ils ne purent sauver que le corps de l’édifice et le portail ; tout le reste périt (’J. Le dommage fut estimé à plus de cent mille florins (deux cent mille livres tournois de celte é)Hiqup). Il fallait aimoneerce terrible luallieur à Louis XI. Ce prince, alors égé, bizarre et soupçonneux, faisait parfois mine de prendre des accidents (>our des actes volontaires. Quo faire pour prévenir sa colère sans pitié? Les plombiers sont ariélés et conduits è Laon devant le bailli de Veriuaiidois. Les liabitaiils s’asseiiibitml û l'échevinage, et les ebauoines au chapitre. Des gardiens sont placés de tous côtés. Voici qu'à neuf heures du soir, Tiuceudie re|iarafl et relève sa (ète de feu; ou s’eu reud de nouveau maître. Le jour de l'Ascension, une ininieuse procession fait le tour des débris funsiiits eu implorant la miséricorde du Seigneur.
Le peuple portait dés torches; les hautes classes et les corps de métiers avec leurs bannières •’
marehaieitl à sa tète, Cependant, le chapitre cl le conseil de ville avaient envoyé une députation au Plessis-lez-Tours. Ils cberchèrcnt à se justifier cl parvinrent à atténuer les effets du méconleiilement royal. Le chapitre courut risqué d’être remplacé par des moines, si nous en croyoïra Fourqiiart, le syndic des liabilaiils, témoin et historien do ce Irisle événement. Il iTeii fut rien. L'irascible niouartpie euleudil raison. Les frères Legoix même finirent par être graciés.
L’arcbevèe|ue, les chanoines, les Rémois, lés fidèles du diocèse et des provinces voishies se cotisètvnl |Kiur faire dispurallre les traces du funeste sinUlio. Bientôt les travaux recoinmencèreat.
— Eu 1484 eut lieu le siicre de Charles VIII. Ce jeune priuce, que l'on reçut au milieu des
( ; Lm Mulpiures de iü purto dite romane, le $lyle de» ftgurm des deux portiiU qui rarcoiniieiîncAl, certaines statues du porche de droite de la hiçade occideoUle» cIc.. prouvent HurHbondaminent qu’on s'occujm du d<>cor dès l’époque iniVme de la ronotniction.
(S/ Fovillon Piérard ajoute ici quelques détails qui comphuent Tensemble de^ faits relatifs à ce irctrcilable incendie. « Le» cinq clochers de la croisce de la même égüso furent égalemeiU coasunn^s par rarüon du feu qui bientôt *
te char|)enie dos deux foum, et mit en fusion on>w cloches dont le poids total était de 33,84)0 livres de métal. Le vent souillait avec violence et menaçait la tille d’un incendie général, d'autant plus redoutable alors qu'à Heims, comme dans I» uulros tilict» do Kranc', on n’employait que du bois dans la construction des mai.xàtui. L'activité des habitants ne put préserver d'une ruine totale la couverluro de la calbédrale; mais tout le corps do l’édifice fut beureusement conservé. *