CHAPELLE DU PALAIS DE LOUIS IX
DITK SALNTE-CIIAPELLE, A PARIS
Dès les plus anciens temps, ou comprit l'utilité d’établir, daus rcnceiiitc même des palais, certains oratoires ou sanctuaires destinés à raccomplisscinent des pratiques rclifîieuses, et leur création eut pour but de procurer aux luouarques ta faculté de pouvoir s'y rendre à toute heure sans être obligés de paraître on public et do sortir de leur résidence. Tout prouve que les princes catholiques de l'Orient et de l'Occident admirent cet usage; car, on le voit se continuer à travers les siècles et s'étendre inèiuc aux demeures des évêques, des seigneurs, etc., pour leur offrir un moyen ou une facilité qui devait entrer si bien dans leurs habitudes. Du reste, on en avait reconnu l'avantage; l'Eglise, en imposant certaines restrictions, l’avait autorisé; ciiGu, quelques autres motifs les purent encore faire établir. Quoi qu'il en soit, toujours est-il que les chapelles privées ou domestiques, constituèrent, pendant le moyeu âge, une classe importante parmi celles des monuments, puisqu’à l'heure présciilc, malgré les pertes de tous genres, il en reste encore un certain nombre, et que toutes ont été élevées dans ce but et pour remplir cet oHice : procurer aux princes et aux seigneurs racconqrlissement de leurs devoirs religieux sans sortir de l’enceinte même de leur habitation.
Mais, parmi toutes ces chapelles, plus ou moins anciennes et plus ou moins élégantes, lu plus complète et l’une des plus remarquables, sous le rapport de l'art et de l'architecture, est sans conteste celle que le roi Louis IX lit élever, à Paris, daus sou propre palais. Selon toute vraisemblance, il l'érigea <lans un double but que nous devons faire connaître. Devenu possesseur des reliques que l’empereur Itaudouin avait données aux Vénitiens comme garantie d’un emprunt, le pieux monarque éprouva le désir de les déposer daus un lieu diguo de leur importance. C’est vraisemblablement alors que l’idée lui vint de démolir la chapelle de Saint- Nicolas, dans laquelle ou les avait provisoirement déposées, et d'établir, sur cet emplacement, un nouvel édifice ayant une double destination : celles de servir de trésor aux vénérables reliques, et de chapelle iiarliculii're à son château-palais. I.’ édifice construit, un document constate qu’il reçut dès lors la qualification de Sainte-Chapelle ; mais rien ne prouve que ce genre d'oratoires l'ait porté auparavant. Dans son euthousiasme, Louis I.X voulut que la chapelle de sou palais devint un inouuiueut somptueux, et, pour réaliser ce dessein, il manda l'un des architectes les plus capables, qui cofisiruisait ou avait construit, dans la capitale, plusieurs
MOYKN .VGK. — -Xim XIV* ET XV- SIECLES. — CHAPEl.LIvS P.il.ATISES, ETC.
Ecaiix éilificos, enirc autres : un réfectoire dans r.-ibbaye de Saint- Germain-des-Prés. Cet architecte s’appelait Pierre, do Moiitereau. Soit inspiration de l’artiste, soit conseils ou participation du roi, l’œuvre sortit telle, à peu près, qu’on la voit aujourd'hui; car, elle n’a reçu que de légers changemenis, assez faciles à recouiialtrc. Ce sont : la rosace, la partie supérieure des escaliers ainsi qu'un petit oratoire. Quelques autres modifications avaient encore dénaturé le monument; mais on les a fait disparaître.
Après trois nu quatre ans de travaux continus, c’est-à-dire poursuivis sans relâche et avec toutes les ressources que Louis IX fournil à son architecte, la chapelle fut enfin terminée. Sa consécration eut lieu le ili avril I2/|8, en présence du roi, des princes et d'un grand concours d'évèques. On plaça la chapelle haute sous le vocable de la Sainte-Croix et de ta Sainte-Couronne, et la chapelle basse sous le litre ou le patronage de la Vierge Marie, Mère de Dieu. De.s dalles do consécration, portant des inscriptions commémoratives ou destinées à rappeler celle double dédicace, furent encastrées dans la paroi du mur occidental de chacune de ce.s eha- [lellcs, et, selon l'usage, les évêques consécraleurs accordèrent un an d’indulgence à tous les fidèles qui viendraient y faire des actes do dévotion, soit au jour anniversaire de la dédicace, soit encore pendant ceux de Toclave.
Telle est, aussi succinctement que possible, l'histoire d'un moiiuiuent que beaucoup se plaisent â vouloir considérer, à tort, comme oITrant, à l'cxtcricur, la forme il'un vaste ndiquaire.
On a vu que le roi Louis IX avait si bien apprécié le talent dont Pierre, de Monlereau, sut faire preuve dans la coiistruclion du réfectoire de l'abbaye de Saiul-Germain, qu’il l'avait chargé de constrniii' la chapelle de son palais. « Rien ne devait être é|iargnc, ilil Emeric David, pour que ce temple répondit, quoique dans de petites proportions, à la sidnieté des objets qu'on y devait renferiui>r, et à la pieuse magnificence du roi. — Le programme, ajoute-t-il, fut celui-ci ; Bâtir, sur remplacement qu'occupaieul la chapelle Saint-Nicolas (1020)... et l'oratoire de la Vierge (I I5i)..., tous deux attenants au palais du roi, une chapelle dont le sol soit de niveau avec le palais, afin que le prince y arrive de plain-pied, et une église, où le service divin sc fasse tous les jours, ppur répondre ù la piété des fidèles.» L'artiste stitisfit à ces conditions, en construisant deux églises l’une au-dessus de l'autre, dont la plus haute, établie au niveau des planchers du palais, serait celle du roi, tandis que celle du plan inférieur serait donnée aux chanoines des anciennes chapelles, lesquels y célébreraient les oOfices pour le pidilic. » I-es travaux furent commencés en 12i,5 et finis en 12(8. «Donc, remarque très-judicieusement M. Viollet-Leduc, la Sainte-Chapelle de Paris a dû être élevée en quatre ou cinq années an [dus. .. Ou nous pardonnera, continue-t-il , d’insister sur ce point ; nous désirons constater ainsi , une fuis de plus, la rapidité avec laquelle les maîtres des œuvres construisaient leurs édifices au XIII' siècle lorsqu’ils n’étaient pas entravés [>ar le manque de ressources, et détruire uue opinion trop généralement accréditée, même parmi les [rersomies éclairées, savoir : que les édifices de celte époque n’oul (ni être élevés qu’avec lenteur (•). »
Ceci rapporté, et sans produire d’autres détails que nous publierons ailleurs, il faut passer à la description de l’édifice. Je l’cmiiruntc encore à M. Viollel-Lcduc; on ne saurait mieux dire :
Chapelle basse. — o Un |>orche précède la porte principale; un bas-côté fait le tour du vais-
(I) UkUmnaire dt i'.lTchilKlUTt /rancahedv ,\l>, an .\ri' tiirlj: t'ari-, ftinre, in-S". T«m'' II. pal!" tî5.
OHAPKIXI'; PALATINE, A PARIS.
seau. L’arcliitpcie a liû V établir pour ne pas être contraint ou de trop élever le sommet de la voûte, ou de poser les naissances des arcs près du sol. Il était commande par la hauteur des sols des appartements du premier étage, qui déjà existaient, et il tenait à placer le dallage de la chapelle haute de plain-pied avec ces appartements et galeries. Deux escaliers de service communiquent du rez-de-chaussée au premier étage et au comble. La chapelle basse est éclairée |)or des fenêtres occupant tout l'espace compris entre les formcrcts et l’appui décoré d’une arcature, de sorte que ces fenêtres afTcctent la forme de triangles dont deux côtés sont curvilignes; elles sont admirablement composées (mur la place, et étaient autrefois garnies de vitraux colorés ou en grisaille. Cette chapelle laisse voir de nombreuses traces de peintures du .XIIP siècle (' ), et, dans l'arcature, des médaillons enrichis d’incrustations de verre avec dorures d'une finesse rare, de gaufnircs et de petites figures d'apôtres en bas-relief sculptées dans un stuc autrefois peint. Le dallage de cette chapelle est entièrement composé de pierres tombales (*). »
CiuPELLE HACTE. — « Uu porche précède le vaisseau, comme au rez-de-chaussée. .Avant 1 793, au trumeau de la porte était adossée une statue de Christ bénissant et tenant l'Evangile. .Au-dessus, dans le linteau, était sculpté un Jugement dernier, le Pésement des âmes, et, dans le tympan, le Fils de l’Homme montrant ses plaies, ayant la saiute Vierge à sa droite, saint Jean à sa gauche, tous deux agenouillés comme à la porte centrale de la cathédrale de Paris. Toutes ces sculptures ont été complètement détruites. Le porche servait de communication, du côté du uord, avec les galeries du palais royal, et formait comme un vaste balcon couvert, de plain-pied avec Téglisc. Lorsqu’on entre dans la Sainte-Chapelle haute, ce qui frappe surtout, c'est l’extrême légèreté apparente de la construction. Au-dessus d'une arcature très-riche s'ouvrent de grandes fenêtres qui occupent tout l'espace compris entre les contre-forts sous les formerets des voûtes : do sorte que la construction ne parait consister qu’en légers faisceaux de colonnes portant ces voûtes. Les vitraux qui garnissent les fenêtres, à cause de leur puissante coloration, ne laissent pas voir les contre-forLs extérieurs qui constituent à eux seuls la solidité de l’édifice. L’arcature régnant sous les appuis des grandes fenêtres repose sur un banc continu, et présente, dans les quatrefeuillcs, des scènes de martyres. Les statues des doiue apôtres, portées sur des culs-de-lampe, sont adossées aux piliers. \ l'apside, un édicule avec clôture fut élevé derrière l'autel après la mort de saint Louis, pour porter la grande châsse contenant les saintes reliques. L’intérieur de la Sainte-Chapelle était entièrement couvert de riches peintures et de dorures avec incrustations de verres colorés et dorés. .Mais les vitraux forment certainement la partie la plus brillante de cette décoration; ils sont, comme couleur et composition, d’une grande I beauté, quoi<|ue, dans l'exécution, on s’aperçoive do la précipitation avec laquelle ils durent être fabriqués, b
(1) Ello fui, en grande parlie, repeinte sous Louis XIII.
(ü II s'y IrouA'o onL*orc une* ptscin«i forf remarquable.
'■1IA!'1;!M; l'ALATiNK A l'ARIS,
'•HArEU.E VAl-ATINE. A F'AHIS
irr-v
D*«sin d* P
CH A.çf; ly; a i>ar i s
Fcr<ïtrr <4pa. cbûelle
bigitized byXjOOgIc
ÉGLISE GKECOUE, A ATHÈNES
Hicii que nous ignorions les èvéncnienls hisloriqiics qui lui (IoiiiutciiI naissance, el, par consi'-quciit , la date ilg sa foo<laliun ('}, la petite église dont nous allons nous orruper, est cependant l’une des plus Inléressanles parmi celles de l’art néo-grec; fl quoique ce silence, <|ui cache nialhehreiiscuient aussi l'origine d'un grand nombre d’autres édiriees, nous prive de renseignements sans doute précieux à consigner et à faire connaître, l'n-iivre areliiteclonique qii virait ici pnsmiresa place', n’eu olfre pas mftins, à l'artiste et à l’archéologue, une élude remplie d'inlé'rél ; car, elle pn'senle , dans son enseiiible , plusieurs particularités qu'il nous semble utile de signaler à rallenlion de nos lecteurs. O sont siirloiit la petitesse de scs proportions et la prewnee de l’arc en plein cintre outre-passé.
Kn ce qui concerne la première question, on doit dire que, malgré son exiguïté, cet édifice renferme, néanmoins, toute:) les parties constitutives des monuments religieux, produits durant le .Moyen-.\ge, par l’art néo-grec de l'école hellénique. Celle exiguïté porterait même à conjecturer qu’il dut, à l’origine, servir d’oratoire ou de chapelle, érigé sur la voie publique, puisque son intérieur ne pouvait recevoir qu'un nombre assez limité de pei-sonnes. — C’est,
. peut-être, le lieu de faire remarquer ici combien sont généralement petits el de peu d’étendue li-s monuinenls religieux, élevés, à Athènes ou dans la (in'ce, sous l’inlluence divs arts de l'Eiii- ' pire d’OrienI; car, |iar riuibitudo où nous sommes de voir l’importance de nos grandes églisi.'s du Moyen .\gc, on se fait, assez difTicilcmenl , une idée exacte de leur petitesse. Du reste, ecltc condition n’avait point échappé aux observations ainsi qu’aux «'cherches des archéidogues , et surtout à l'un de nos amis, .M. Daniel Ramée, qui fait, à l’aide de ehiffres , ressortir cette particularité dans un |)aragraphe <|iic tious rappelons à nos lecteurs (’).
.Mais, l’un îles principaux traits, qui (lonneni il cet édifice son cachet d’intérêt consiste dans l’emploi de l’arc en plein cintre oulrc-pas.sé, qu’on voit ici combiné, cl à l’extérieur el à l’intérieur. — Jusqu'en ces derniers temps, on crut que celle forme d’arc ou d’ouverture avait été exclusivement einployé'c par les .\rabes cl qu’elle était même une caractéristique de leur archilecliire ; mais, aujourd’hui que des recherches, jointes à une étude plus apprufonilie, en ont fait découvrir la présence dans les monuments d’autres peuples ou d'autres civilisations, celle opinion a dù évideiimieni se modifier en rai.sou même de ces découvertes. Or, comme tontes les recherches qui touchent à des questions d’origine, celle de la naissance de ce genre
l'} l.'é[H)i)ue. assez i raisrml>talilo , ilJ rrlte nmstrurtion parait devoir ae rapproclier de celle des tVIiscs do Kaptiiliarca, do Saint.Taviannii', CIC, , loonuincids où ïoii retrouve, à tn-y-jtcu près, le inéme sysiéme dr di.sposilions.
;•) Vanuet ete r/iiiMrr gëii rnlf (te l'.trehlleHere cfiei tous tet peuples t et particulièrement rte tjrrhitecture rn rralire penduiit tg Moyen .tpe- Tome II, pajes S3 et St.
.MOYEN .\f:E. — EMPIRE GREC D'ORIENT. — ÉGLISES.
d'arc offre aussi uii corlain attrait, t|tii s’accroît encore des difticiillés que cette .solution prescnti'. Sans aucun doule, il serait fort intén'ssant de pouvoir déleniiiiier maintenant, sinon l'origine positive, an moins le point vraiscmblablu de départ <lc cctlc ronno; inaisv en l'état pn'*sent ilc la science, on doit avouer qu'une |>arlie des éléments ioan(|ueiit encore pour la résoudre d'une manière complète, c’est-à-dire, qu'on ne connaît point tous les inoniimcnts d'arcbitecture ilans lesquels elle peut avoir été employée. Toutefois, en réservant ici les const^ quences des di^ouverb's ultéricurc.s et sans avoir la pnitention d'éclaircir dériuili\emenl une nialièro encore enveloppée d'une certaine obscurité, on peut, scion nous, entrevoir assez vraiseinblabiciuent sa iiiarcbe, ce qui nous permet d'i>ssuyer ici un classement clironologii|uo des notions acquises à la science sur cet objet. I.cs monuments des dilTcrcnls peuples et des différentes époques de l’art dans lesquels on remarque l'emploi de ce genn? d’are sout, suivant l’onlre clironologiipio des temps, ccu.v qui appartiennent à l’empire grec d'Oriont(';, aux .\rabes, et à la période qui, dans notre Occident , embrasse les NE et NIE siècles i.
Ces singularili^ signalées , nous pensons (pi’il ne convient guère d'entrer , à propos de ce petit édifice, dans une description minutieuse, puisqu’elle n'otfrirait que des redites; d'ailleurs, sa composition générale s’écarte peu de celle qu’on retrouve à .Vtbènes, dams quelques autres constructions religieuses du mémo art, et elle présente, soit à l’extérieur, soit à l'intérieur, d<^ dispositions analogues. Disons-en toutefois ({uelqucs mots afin de faire mieux comprendre les ruppruebements. L'église décrit, en plan, la forme d'uu rectangle allongé, à l’une des extrémités du(|uel saillit un appeudice, coinposant le sanctuaire; deux nefs, disposées trausversalement et couvertes do voAtes on berceau, sont miiuies, à leur point d’intersection, ilc quatre pendentifs qui supportent la coupole et .servent ainsi de transition entre la pai lie rectangulaire et la partie circulaire; l’accès à l'iulérieur s’effectue au moyen de trois |>ortcs, do dimension inégale, ouvertes dans la façade; enfin, sa décoration sculpturale est à peu prés nulle, et il u’y a point lieu de parler ici des pcintares iolérieures dont un ne voit presque plus aucune trace, (juant aux matériaux ainsi qu’au mode particulier de construction, oa y , remarque un assez heureux agencement de la pierre et de la brique.
Tel est, à grands traits sans doute, l’examen de eotlc petite église qui, un oc peut le contester, se présentait avec des titres réels à l’élude diîs arcliéologues.
(') Nous avoD6di( aüieurâ que celle foni>e d'arc avait été empruntée par le» arlialc» CMtatantiaopoUlakn? aux archilertc» de ia Perse.
(*j L'emploi particulier de ce genre d’arc ne fut point général dans le« constructions romanes , et sa présmee , sur ceux * où on (e voit combiné, doit toujours être considérée comme une exception; cejH’ndant, on doit encore établir une différence mire leu aivn, constniite originairemenl en plein cintre oulre-passé, et ceux qui, par suite d’un lassment eu d’un afTaiséesnenl quelconqi»e, |irû»en(<Nit acciduoteUiNtivot eviU* foroK).