MOYEN AOE — XI' ET XII" SIÈCLES — PORCHES DES ÉOLISKS
Iiiilppt'nilaromenl îles chapiteunx qui sersent de dc^eoraliun à ce (Kirclie, il est encure un autre ornement qui provoque notre attention, et mérite, de notre part, un sérieux examen; je veux nientiiinncr les bases des colonnes. Uien ipie d'une inipurlanee ordinairement s«K-ondairo, celles de Saiiil-Benoît présentent un intérêt que nous considérons coninie très-capital; car, on y déconvre lu pnisence de particularités insolites et telles que leur nature constitue • soit une espèce de progrès ou , du moins, une sorte de tendance à sortir des voies onlinuires
de la routine. I.à, sur un espiice, as.sez eircoirscrit d'aillettrs, se trouve une cinquantaine de colonnes ou de demi-colonnes, dont la partie inrériotire est pourvue de bases d'une composition tout à fait extraordinaire, et parmi lesquelles dix-huit variétés surtout nous ont paru s’écarter plus ou moins de leur générateur, la base gréco-romaine, qu'on désigne vulgairement sous l'ap|>ellation de base classique. Iji siiignlarité des fonnes, données à cette partie des colonnes, méritait, selon nous, d'étre indiquée aux antiquaires comme l’un des faits les plus remarquables de l'Iiistoire do l'Art et de celle, en particulier, de rarchilecturo au XE siècle; puiMprcllc vient- dévoiler l'ingénieuse fécondité des artistes du moyen âge et donner une nouvelle preuve qu'ils n’entendirent point se renfermer, ainsi que cela eut lieu aux jours do l'.Ynliquité et depuis la Renaissance, dans la sévère rigidité des lois de l'unité et de l'Iiar- • monie. Deux notions, qui ne laissent pas que d’avoir leur intérêt, ressortent de celte analyse : c’est, d'utio part, l'analogie qu'ont plusieurs de ces bases avec certains membres de l'arcbitecture antique, et, do l’autre, lu nouveauté, pour l'époque, de combinaisons et de profds qui, bien que procédant d’un type commun, s'en écartent cependant par tant de causes! foulefois, instinclivemeiil porté à soupçonner que ces créations pourraient résulter, peut-être, d’une idée artistique, d’un plan sérieusement combiné, nous avons eherehé à établir, dans le produit des compositions et dans la silhouette des formes, quelques séries ou familles particulières; et, soit préméditation de la part de rarchileclo, soit pur résultat d'un hasard donné par le groupement lui-même, nous avons été fort étonnés de découvrir une espèce de liliation à laquelle nous étions, Irès-cerlainemcnl, bien loin de nous attendre (I ). Des rapprochements, d'une nature assez curieuse, semblent donc pouvoir être signalés, dès à présent, à l'atlentinn des antiquaires, et ces rapprochements, qu’on ne saurait méconnaître, sont, ou peut l’aflirmer, une des plus étourdissantes énigmes de l'arehéologie! Admettant en principe que la plupart, si ce n'est la totalité, de nos lecteurs est familiarisée avec les formes d’art propres k chacun des anciens peuples, nous leur sigiialerous plusieurs de ces bases comme offrant une similitude frappante avec l’architecture grecque ou avec certains membres do l’architecture étrusi|ue, tels que soubassements do lumuli, corniches de tombeaux, amortissements de stèles, etc.; et nous ajouterons que ces proQls, qui sont pour noua un sujet d’étoniiemént, s’écartent, à trèspeu près, des règles pratiquées au XL siècle, qui étaient lu ba.ic classique, dénaturée par les
(t) Dn tel résutuit, obtenu itës aujounl'hui au porcito île Saint- Benuft, devrait enititjter tus arrhtsiloguea à Bp|Sii]ui-f vu modo d'éludu à toutes tt» voius du ta routa que niiuv venons d'indiquer, et leur raontrer aussi tout ru que t'iiisluire et fart pourraient gaiptur un révélstintis inattrndui-a du l'uvploratinn de« œuvres créées non-seulement aux XI* et Xlé siècles, mais bien à toutes lus époques et par tous les [leuplcs.
PURCHK DK I.'ÈGLISE .MONASTIQUE , A SAINT-BENOIT Sl'H-LOIHE.
arUsti-s (lu niuypn àÿ;é. Ainsi , (le l'étude do celle partie de la colonne découle celte notion importante: (pie., bien que les artistes (|ui composèrent ces bases n’aient prubalilement visité ni la lirèce, ni l'E-trurie et (|u’ils n'aient consequcmnKînl pu s'inspirer de leurs monumenis, ces profils n’en oITrent pas moins une grande ressemblance avec certains éléments d’arl qui sont {Kirtirulmremenl propres à chacun de ces deux peuples. Or, Cette obscrvalion démontre que des architectes ou des sculpteurs, placési dans des régions tn'is- distantes et même à des époques assez éloignées, peuvent fort bien trouver les mémos idées sans s’étro vus et sans avoir pris eoiinaissance de leurs couvres, et ce, par la seule fécondité du génie et la seule puissance do la pensée! Tout tend, on le voit, k établir que l'analogie de ces pruUls tient vrai.scniblablemcnl à des études sérieuses d’artistes qui voulurent faire progresser la science en cherchant, dans des combinaisons plus oir moins heureuses, quelques nouvelles variétés de formes, et que c'est aux eCforls, puissamment secondés de l'intelligence, qu'est dc\ ce n^ultat où apparaît l’action d'un esprit novateur, essayant, en dehors dos pratiques ordinaires, toute autre chose que l'art de ses contemporains. .Mais, à ces considérations s'en joignent quehpies outres qui viennent corioborer ce que nous avons dit plus haut : — d'abord, que rartisle-moino , qui conçut et fit exécuter ce porche, était certainement l’un d(‘s plus habiles architectes de son époque , et très-vraisemblablemabt aussi l'un des plus forts parmi ceux do l'ordre do Saiiil-Bcnolt; car, tout prouve, et par femploi des moyens et par le mérite de l’exécution, une supériorité incontestable, mais surtout des tentatives, des hardiesses insolites et dont on a lieu d'étre étonné; — en second lieu, que la singularité des bases, par rapport à celles qu'on composait au XK siècle, accuse, do la part do leur auteur,' une intuiition de faire sortir l'art des habitudes de son (ipoque, en lui imprimant une dircclion nouv(dle, direction qui marque, sans nul doute, une de ces transformations caractéristiques et si dignes d’étre signahùis parmi les phases si mobiles et si accidentées de son intéressante histoire.
Nous avons précédemment émis la pensée que le porche de Saint-Benoît ptM, à part sa di'stination que nous n'avons su déterminer, servir do base à un clocher frontal comme on en voit encore à la partie anlcrienro d'un grand nombre d'églises romanes, et nous avons expos(^ qu'à moins de documents contraires, rien n'empécliorait d’admettre notre hypothèse. — Sur ce péristyle, s’élève donc unu espèce do tour, dont l(U! étages supérieurs, à l'exception du premier, n’existent pas. Une question s’est assez souvent produite et renouvelée à propos de la partie supérieure déco porche; mais, l’histoire du monastère dit positivement qu’elle n’a point été terminée. Quoi qu'il en soit, si l’on tenait à se rendre compte de ce qu’elle aurait pu être, il faudrait , suivant nous, procéder par dos analogues, et s’éclairer aussi des proportions et des éléments qui s'y trouvent. En admettant , sur ce point , qu’il entra dans la pensée de l’architecte moine de composer un do ces hauts clochers à sonnerie campanaire, on doit supposer qu’il dut procéder logiquement et vouloir mettre cotte partie de l’édifice dans un rapport do proportions avec le corps de la construction, c’est-àslire avec l’église. Or, nous nous demandons si, en surélevant d’un ou do plusieurs étages l'ensemble actuel, si.
MOYEN AOÉ — Xr ET Xir SIÈCI.ES — PORCHES DES ÉGIJSES.
disons-nons, il n'aarail pas produit une cotnpositinp d'une certaine lourdeur el qui eAl écrasA, par sa masse, les dimensions do moniimentt car, ce porche occupe uns largeur, à très-peu près, égale à celle des nefs; el lorsque, par la pensée, on élève seulement des lignes jusqu'à la hauteur du comble, on obtient une œuvre d'un aspect désagréable et qni est loin de répondre aux exigences des lois de l'harmonie. Mais, à l'imitation de certains clochers romans, celui-ci devait-il être pourvu d'un grand nombre d'étages el devait-il éire monté à une graaile hauteur, on, parvenu à la ligne du comble, abandonnait-il sa forme rectangulaire pour prendre celle d’une flèche qu'accompagnaient quatre tourelles, ou, enfin, se terminait-il par des parties successivement en retraite? C’est encore un problème qui reste à résoudre.
Après avoir examiné l'origine ainsi que la constitution de ce porche, el après avoir agité la question architectonique de sa partie supérieure, arrive tout nalnrcllement l'étude du dehors ou des faces externes de la construction, et celle-ci s'élenri à deux objets ! l'appareil et sa décoration, lielaliveuienl au premier, on remarque, à Saint-Benoit , un système qui parait avoir été souvent usitée par les archileetes du XD siècle; nous parlons de l'épaisseur, as.sez considérable, des joints, qui atteint, presque partout, jusqu'à trois el quatre rcnlimèlrcs; ces joints sont, comme on le pense, remplis de mortier Quant à la décoration des faces de la tour, c’est quelque chose d'étrange el dont on a peine à se rendre compte; car, elle semble aussi singnlièroment répartie que son explication présente de difTicullés à l’archénlogiie. En cITet, à part les chapiteaux qui servent d'ornement aux colonnes des deux étages, on no l’a appliquée que sur la fare seplentrioniile; les trois aulrra en sont dépourvues. Pourquoi cette préférence cl pourquoi celle exclusion? Nul, sans doute, ne le saurait dire; et ce sera, trèsprobablement, une do ces singularités qui resteront, longtemps encore, comme une espère d'énigme livrée à la sagacité dus antiquaires. Toutefois, une autre particularité vient, avonsnous dit, exciter notre allenlioii : c'est la bizarre distribution des Ijas-reliofs qui décorent les différents points de celle paroi extérieure. A voir cos sculptures ainsi disposées , il semblerait que l’artiste les y a mises sans ordre et .sans aucun plan ; mais, celte apparence do désordre ne pourrait-elle rràuller d'une cause quelconque : par exemple, d’un commeneemenl de composition qui aurait été suspendu par la mort de l'artiste, et qui n’aurail pu être achevé; on bien, proviendrait-elle d’un relancement maladroit de pierres qn'on aurait, à une é|K>que posiérienre, encastrées dans celte face do la tour’? Dans le premier de ces deux cas, un tel desordre -s’expliquerait do lui-même, et l’on comprend alors qu'il serait assez dilTicile d’établir un jugement sérieux sur l’ensemble do celle décoration, puisqu'il n'en aurait été produit que des fragments isolés, fragments dont on ne saurait apprécier, faute des parties manquantes, le rôle qu’ils devaient jouer dans la composition générale. On voit donc, d'après ce que nous venons de dire, que, de longtemps peut être, on n’en saura pas beaucoup plus sur celle question; car, il n'existe, à ma connaissance du moins, aucun document capable de l'éclairer, el son origine, de même que son but, nous paraissent devoir être abandonnés dès à présent à l'interprétation, plus ou moins heureuse, des archéologues. Au reste, nous ne nous étendrons pas davantage sur un sujet qui nous semble fort diiticlle à aborder en ce moment; il nous suffira d’indiquer
PORCHE DE L'ÉGLISE MONAS'nOL’E, A SAINT-BENOIT-SLR-LOIRE.
ici quelques-unes dos prinripales scènes représentées sur ce côté de la tour. Ceeont, en suivant l’ordre de leur importance : la lapidation de saint Éitienne et son apothéose, plnsieurs signes du zodiaque , dont quatre ( les Gémeaux , le Bélier, le Taureau et le Sagittaire) se lisent encore aaeez bien , la représentation de l’un des douze mois ou celle de l’une des quatre saisons (Tbiver), personnifiée dans la ligure d'un homme qui se chaulTc au feu d’un foyer, quelques animaux allégoriques et fantastiques, et, en6n, de petites compositions tellement frustes, qu’il nous parait à peu près impossible d’en reconnaître le sujet. Malgré leur état plus on moins avancé de dégradation , on aperçoit très-aisément que ces bas-reliefs sont beaucoup mieux sculptés que les chapiteaux historiés du porche, et ce mérite donne une certaine idée du talent de l'artiste qui les avait entrepris.
L'extérieur de ce premier étage examiné , reste à nous rendre compte de l’intérieur. Ici , la question devient plus difRcilo, parce qu’il y a lieu à nous enquérir de sa destination originelle. En l'absence de documents, on doit avouer qu'elle n’est pas moins embarrassante à déterminer que celle du porche; et elle a mémo induit en erreur certains archéologues lorsqu'ils ont cru y voir les dispositions d’une chapelle réservée aux seuls abbés commcndataircs de ce couvent. Nous accepterions assez volontiers celte opinion , s'il n’y avait un obstacle à ce iiu'il en ait été primitivement ainsi ; c’est que la création des commendes ne fut instituée à Saint-Benoît que, vers la fin du .KVt siècle, en la personne do Jean de LaTrémouille, ce qui nous semble peu compatible avec la date de celte construction, qui est le XB siècle. Toutefois, si la valeur d’une telle notion nous force à rejeter partie de celte hypothèse, rien ne nous empêche d'admettre que cette pièce n’ait été réservée aux moines; une raison même nous porterait à le croire ; on n’y accédait que de l'intérieur de l'église, c’est-à-dire que par des escaliers dont le départ était établi dans les collatéraux; l’élude du plan, on l'on retrouve la disposition de trois nefs et de niches pour des autels, viendrait corroborer encore cette trèsvraisemblable conjecture. Au reste, l'usage d’ériger, dans les clochers, un on plusieurs autels, consacrés aux saints anges, est maintenant un fait liturgique plusieurs fois attesté et par les textes et par les monuments de l'art. Dans tous les cas, qu'il ait servi de chapelle ou do salle , cet intérieur n\n est pas moins un morceau très-remarquable d'architecture, et surtout une composition d’un très-grand effet. La beauté de ses proportions, l’élancement des piliers et des colonnes, la richesse des chapiteaux, tout accuse une ceuvre hors ligne et bien supérieure à la plupart de celles qu’on édiliait à la même époque.
Parvenus au terme do cette notice, nous sentons le besoin de résumer, d'une manière générale, les principaux traits de cette construction; un tel aperçu ne pourrait que compléter notre examen. Confirmant donc ce qui a été dit, nous ajouterons que, quoique la lourdeur soit on des caractères de l’architecture dite romane, on ne saurait cependant refuser à ce porche ainsi qu'à son étage supérieur, quelques qualités réelles; car, on y remarque une application des lois du goût et de la logique. En effet, si la partie inférieure, qui constitue le pronaos, est encore basse et trapne, il faut l’attribuer à son rôle, qui était de supporter les étages supérieurs; mais, dès qu’on passe à l’oratoire, on y reconnaît un certain art, beaucoup d’élégance et une sage
MOYEN AGE — Xl‘ ET XI1‘ SIÈCI.ES — PORCIIBS DES ÉGUSES.
(lislributioD, qualités diverses qui produisent un eflct grandiose et.oae impression proroude auxquels ou n’est guère habitué dans les compositions architectoniques des XI* et XII? siècles ; enfin , la supériorité de l'œuvre trahit évidemment l'action d'un esprit qui tentait, en dehors des voies ordinaires et au profit de l’art, des essais qui devaient, un jour ou l'autre, faire, progresser la science!...
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• 'PORCHE in; L' ÉGLISE . ABBATIALE LE G' BENOIT-SUR-LOIRK
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