PORCHE DK L'ÉGLISE MONASTIQUE, A SAINT-BENOIT-SLR-LOIRE
«Iralu d’Autun, des faces latérales comiiie celle de l’égli» de Saint-Jaoiues à Ralisbonne, dea chapiteaux et des ffits de colonnes hislorics comme il s’en trouve encore , des autels, des "clôtures, des ambons, des sarcophages tels <|u'on en connaît en maints endroits; pages diverses de ce livre auxquelles il faut ajouter aussi les oeuvres de la peinture murale et sur verre, celles de la mosaïque, les pavages, et l’on aura une idée des nombreux éléments d'instruction figurée que l'Église joignait, comme éclaircissement, comme élucidation artistique, aux paroles prononcées du haut de l’ambon et de la chaire, d’où ses ministres enseignaient tour à tour les traits de l'histoire sainte, les dogmes de la religion ou les devoirs du chrétien. De tels éléments réunis durent avoir, suivant nous, une action qu'on ne saurait méconnaître, et, très-vraisemblablement, ce fut, là, la pensée du catholicisme; mais, dans un livre de la nature du nôtre, il faut aussi nous rendre compte des moyens d'exécution, c'est-à-dire do la question d'art, cl c'est ce dont nous allons nous occuper .après avoir dit quelques mots toutefois des chapiteaux do ce porche.
Ce premier point traité, il no nous reste plus, pour compléter l'étude de ces chapiteaux historiés, qu'à nous occuper do rcniivre on elle-même, nous voulons dire du travail artistique et de son caractère Plusieurs questions, assez diverses, découlent de cette investigation; on les abordera tour à tour; mais, nous n'en examinerons que quelques-unes. — J'ai dit précédemment que, parmi ces chapiteaux, il en était un certain nombre dont la corbeille fut décorée do compositions à personnages, représentant des scènes empruntées, soit à l'Ancien ou au Nouveau ïe.stament, soit à l'histoire de l'abbaye, etc.; nous devons ajouter que ces sculptures sont traitées dans un style qui semble propre à celte époque, c’est-à-dire avec toutes les imperfectious et la gro.ssièreté d’un art dans l'enfance : ainsi, non-seulement l’exécution en est fort barbare, mais les ligures sont encore disproportionnées entre elles. Un y remarque des personnages de toutes les tailles; la plupart des visages sont monstrueux ; il y a peu ou point de modelé, mais un système anguleux et raide qui dénote l'incapacité des artistes; entin, les ligures des angles et celles des parties centrales sont beaucoup plus grandes et plus importantes que les autres. Voilà pour leur ensemble. Maintenant, des indices, a.ssoz vagues du reste, porteraient à penser qu'à ce travail on y joignit le luxe d'une décoration polychrôme. Quelques archéologues aflirment avoir découvert, dans les yeux, certaines traces de plomb qu'ils supposent avoir été introduit dans l’intention d’en simuler la prunelle, et ils ajoutent qu’aux ligures de diables, le cliarbon remplace cet élément métallique. De tout ceci, qu'y a-t-il sérieusement de vrai? On ne le saurait dire; cependant, il se peut qu’à l'instar de maint endroit, ces diapiteaux, leurs colonnes ainsi que les voûtes aient été peints, et alors on comprendrait la présence de ce plomb et de ce charbon signalés; mais, nous le répétons, ce n’est encore là qu’une très-faible hypothèse.
Comme où peut bien le penser, il ne saurait être dans notre intention d’entrer, à propos de ces chapiteaux historiés, dans les nombreux détails de la question iconologiqtie; un tel travail nous entraînerait an delà des bornes assignées à cette notice ; aussi, nous bornerons-nous à la simple mention des principales scènes. Ce sont, pour la majeure partie, celles qu’affec-
.MOYEN .AGF. — XI‘ ET XII‘ SIÉCI.ES — PORCHES DES ÉGLtSES.
tionnaicnl les arlisles des Xl‘ el XII^ siècles : la lenlalion d' Adam et d'Éve dans le parailis tcrreslro, le sacrilice d'.Abrahara, quelques passages de I’ Apocalyp.se, difîdn'iils Irails relatifs à la vie de Jtsus-Oirist sur la terre, etc. — Bien ipie la nature des scènes reproduites sur ces chapiteaux eilt exigé, pour être mieux comprise, une cerlaiue coordination, une certaine distribution méthodique sur les différents points <le ce porche, on doit avouer qu’elles y sont réparties sans ordre; aucune loi d'intention ou d'harmonie ne parait avoir guidé l'artiste, et tous ces sujets sont indislinctcnicnt places, comme par le hasard ou le caprice, parmi les chapiteaux simples.
.Mais, si celte négligence a lieu de nous étonner, quelle ne doit point être notre surprise à l'examen de ces tlcnx espèces de chapiteaux dont la valeur artistique est si différente! On a déjà dit que ces chapiteaux historiés' indiiiuaicnt, par leur incorrection , un art dans l’enfance, que l'exécution ên était îles pins grossières, qu'on y remarquait des incohérences <lonl on a peine à se rendre compte, que toutes les parties du corps manquaient de modelé, et enlin que les figures des personnages n’avaient aucune expression. Quoi qu'il en soit, on doit neanmoins reconnailre que, malgré leur liarbario,.ccs sculptures possèdent encore, sur celles de leur é|Hiquo, une supériorité incontestable qu'il faut .sans doute attribuer au talent des artistes de l'ordre de Saint-Benoll. Mais, ce qui frappe surtout dans leur analyse, c’est la dis|>ruporlion des figui’cs et la grosseur, assex générale, dès têtes comparée à celle des autres membres du corps. En voyant une telle discordance, nous ne savons quelles causes assigner à l'adoption de cet étrange syslèmc, à celle espèce de parti pris qui faisait exécuter, dans des formes trapues, mais avec des têtes formidables et développées, tous les personnagss des scènes, sculptées alors sur les chapiteaux, daiis le-s tympans, etc. (I ). Nous nous contenterons de constater ici que celle condition somlile avoir été l'élal particulier do la sculpture romane à son origine et l'un de ses caractères ilislinctifs jusque vers la fin du Xlt siècle. — Si l’on établit, en.suite, un parnttélc entre cos deux esiioces de chapiteaux, on acipiiert bientôt celle notion importante, que leur sculpture parait avoir été traitée dans des conditions bien diverses. Ainsi, tandis que la partie artistique des ligures accuse, do la part de l'artiste, une ignorance presque complète des lois du dessin, des proportions et de la technique, celle de rornementalion végétale indii(iio, au contraire, une vérité, un goôl et un faire qui tranchent à ci\lé de scènes composées d’aussi effroyables magots! A quoi tenait celle choquante différence? Très-vraisemhlahlemenl, à l'inhabileté des sculpteurs dans l’art de BBXxiir rendre des choses auxquelles ils étaient, par leur (Hlsition, coniplélemcnl étrangers. On sait que les artistes de cette époque étaient, en grande partie, des prêlres nu des moines, et que les prescriptions de leur étal leur interdisaient, par pudeur sans doute, l’élude de la nature d'après elle-même, c’csl-,Vdirc d'après le modèle vivant et nn; or, colle
(I) Il toiiU>fviâ, une sorte (kt rapprorhoinmt qui su pré.^nte k la lonaqion examine tl/urae :
c'est lenr anak^<»i sous k> rap)>ort des pru|M>rlion« w^ulemeni, avec relies que les enfants Iracemt sur le paprer juir les mur». On y retrouve, cnmnx' dans ces ébaitcbes enfantines, une tree*groase t^te, uit petit corps , des jambe* et parfois dus tH-as quekpie peu développés. Cette similitude ronstitui‘raitH?lle une maatére particulière de voir I >rl dans l'état do renfance, état qui serait commun aux peuples placés dans une conditicm peu avancée en riviUsalion ?
PORaiE DR L'ÉGLISR MON ASTIQUR , A SAINT-BENOIT-Sl R-IjOJRR.
inlerdirlion <lcvail, en les privant de moyens d'étude, produire infaitlililcmenl une ignoranre des n>gles de l'anatomie, et les porter, i>ar l'absence des proportions , à créer ces types conventionnels que nous signalons. Mais, il n'en fut pas de même des ornements, des végélaux et des antres objets qui leur étaient accessibles. Beaucoup plus sim, des en eux-mémes, ils les pouvaient étudier el copier facilement, c'est-à-dire d'après les originaux; et telle est, sans doute. In cause de la supériorité des artistes de ce siècle dans l'exécution des détails, comparée au rendu possible de la figure, humaine.
L'esaincn de ces deux espèces do cbapilenux nous porterait à croire qu'ils sont l'icuvrc de plusieurs artistes; car, on y diicouvre des différences assez notables et dans le style du dessin el dans le caractère de leur exécution. En effet, tout prouve que la sculpture des chapiteaux simples est infiniment sii|iérieurc à celle des chapiteaux historiés, et cette observation nous conduit à pen.ser qu'on y employa, peut-être, le concours do deux sculpteurs : l'un qui traitait l'oriieineni •' proprement dit, el l'autre qui s'occupait plus particulièrement des ligures. Or, on peut le dire sans crainte d'étre contredit, les premiers l'emportent de beaucoup sur les autres. Mais, ces deux hommes, bien que collaliorateurs à la même œuvre, avaient-ils une position égale et fai.saicnlils, l'un et l'autre, partie du mémo monastère? Y avait-il, ensuite, un maître et un praticien; un moine el M laïque? C'est ce que nous ignoron.s, bien que ce porebe nous ait fait connaître, par iluna inscri^ion, nom qui doit incontestablement se rapporter au sujet do nos recborches.
Quelquét iisc^ptions latines, presque toutes ndalives aux coni|H)silions à pei sonnages, se lisent sontJes chapiteaux historiés de ce porche; mais, par une singularité très-digua de retnarque. il s'en trouve encore une autre sur l'un des chapiteaux à décoration simple, el celle inscription présente, à nos yeux, un très-grand intérêt; elle nous fournil une espcice do document as.sez rare à rencontrer parmi les monuments de celte partie du moyen Age : nous voulons parler d’un nom d'artiste. On y voit, assez correctement tracés en lettres capitales, les mots suivants : VNBERms (ou imaEKius) me fecit. Ce nom était-il celui de l'auteur du porche ou celui du sculpteur qui exécuta tout ou plusieurs seulement de ces chapiteaux? On- n'oserait cerlaiuement le diiu, à moins que quelque texte à l'appui no vienne résoudre cette question. Au reste, dès avant le XI' siècle, les .siguature,s d'artistes paraissent déjà sur les œuvres d'art, et cette manière de les distinguer par nn nom, afin sans doute de les Iransincliro à la postérité, se reproduisit quelquefois : obscnalion que vient corroborer celle du porche de Saint-Benoît el plusieurs antres-. Ainsi, malgré riiiimble modestie dont s'entourèrent les ■ artistes du moyen Age, l'on sait maintenant qu’il y cul parfois des exceptions à la règle. En effet, on explorant, dans ces dernières années, les monuments de cette époque, on découvrit, sur plusieurs d'entre eux, certaines signatures qu'on a cru pouvoir considérer comme telles,. el, grâce à ces découvertes, leur nombre, soit A l'étal de nom entier, soit è celui de simples initiales, est déjà important. Nous n'avons pas l’intention de nous étendre sur un sujet qu'il noua sera donné de traiter plus complélcmenl ailleurs ; mais, nous lenioos à ooostater, le cas se présentant, que, quoique la généralité fêt pour le silence, ou s'en écartait parfois , puisqu’on on a récemment acquis la preuve.