‹ L'architecture. Le passé.--Le présentChapitre 12 sur 24 · MOYEN AGE · texte numérisé non relu

MOYEN AGE

Nous arrivons maintenant à cette grande époque du moyen âge dont l'immense effort, dû au génie de la France, a jeté un si vif et si nouveau jour dans le domaine de l'architecture. Longtemps ignoré et méconnu, cet art, enfin remis en honneur pendant le xix^ siècle, a eu déjà sur le présent et aura surtout dans l'avenir, au fur et à mesure qu'il sera étudié et approfondi, une influence considérable. Tout d'abord il est venu détruire une erreur singulière qui a longtemps égaré les artistes et le public en laissant se répandre ce préjugé qu'en dehors des beautés dues à l'antiquité grecque et romaine, l'homme n'avait plus rien à chercher, en vertu de cet adage qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

L'art gothique donne un démenti formel et absolu à cette assertion, dans ses solutions pratiques comme dans ses expressions, dont la cathédrale est la sublime synthèse. Certes on ne peut nier l'infîuence de la tradition, mais celle-ci n'est intervenue au moyen âge que dans les principes et non dans les formes. Aussi cette période démontre-t-elle péremptoirement comment l'architecture peut évoluer et se transformer, en raison des condi-

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tions sociales cl des principes de construction, sur lesquels s'appuient ceux qui prennent poiu' guides la raison et l'observation. N'est-ce jxis là poLU' Tarchitecte moderne un admirable exemple à suivre et un puissant encouragement ?

De ce qui précède il faudrait bien se garder de conclure toutefois que l'art gothique nous apporte un secours direct et qu'en lui empruntant des éléments décoratifs suivant l'exemple donné par les exploiteurs de l'antiquité, nous arriverons à tracer un nouveau sillon. Ne nous laissons pas leurrer par un tel objectif. La société actuelle ne trouve dans ce qui a précédé aucune expression qui lui soit applicable et nous ne pouvons chercher, dans l'antiquité et le moyen âge, qu'un guide et une direction dont il importe uniquement de saisir la signification et la portée. Je n'hésite pas toutefois à penser que l'étude du moyen âge nous est bien plus utile, plus indispensable même que celle de toute autre période, car cette époque, plus rapprochée de nous, a envisagé l'architecture dans des problèmes se rapprochant singulièrement par leur complexité de ceux qui nous sont soumis aujourd'hui et elle a apporté, dans ses recherches, un esprit scientifique indéniable, ainsi qu'une méthode bien remarquable dans l'apphcation des principes. En outre les édifices médiévaux sont en grand nombre, toujours debout et tout prêts à nous révéler, par l'analyse, bien des secrets utiles à connaître et à méditer.

C'est donc dans cette intention que je m'efforcerai de résumer ce que nous a appris l'œuvre considérable du moyen âge, si admirablement et si magistralement analysée par Viollet-le-Duc, mise au jour en même temps par les travaux de restauration qui sont entrepris depuis trois quarts de siècle pour conserver

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les monuments historiques de la France, datant des périodes romane, gothique et de la première renaissance.

ÉPOQ.UE ROMANE

Cette période est une longue suite de tâtonnements qui se manifestent dans les édifices religieux, selon un même ordre

Fig. 25. — Plan de Saint-Front de Périgueux.

d'idées de recherches, mais suivant des moyens d'exécution et des matériaux différents variant selon les régions. A chaque

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province corrcsponcliMil des leiilalixes parlicLilières, mais avec une i^réocciipation conslanle : celle de voûter les églises. l\)ur alleindre ce but, les moines, chez lesquels s'était réfugiée et

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Fig. 26. — Coupe de Saint-Front de Périgueux.

concentrée l'instruction, s'inspirent des combinaisons romaines, byzantines et syriaques sur lesquelles ils sont plus ou moins renseignés, mais dont ils profitent néanmoins grâce à leur logique

et à leur volonté opiniâtre. Ils ne copiaient pas ils transformaient en raison des matériaux, puisque, dans la plupart des provinces, ce qui était exécuté en briques devait l'être par eux en maçonnerie de pierre et de moellon. C'est ainsi par exemple que la voûte byzantine, sur pendentifs, prend dans l'ouest, et particulièrement à Saint-Front de Périgueux, une expression différente des voûtes de Sainte-Sophie, par suite de la substitution de la pierre à la brique. Les figures 25 et 26 qui montrent la disposition en plan et en coupe prise sur la diagonale des pendentifs indique comment ces coupoles sont contrebutées l'une par l'autre. Dans d'autres cas, comme à la cathédrale romane d'Angoulême, et dans bien d'autres églises, ces coupoles correspondent à des travées répétées, en une seule nef, et sont maintenues par d'épais contreforts intérieurs.

C'est ainsi également que la voûte d'arête romaine qui était jadis exécutée en briques et dont le tracé repose sur la rencontre de deux cyhndres, est modifiée suivant une forme bombée qui se rapproche, à son sommet, plus ou moins sensiblement de la coupole. On le voit par ces deux exemples, il ne s'agit ici nullement d'imitations, mais d'inspirations dans lesquelles la forme modifiée dérive de la nature des matériaux et du mode de construction adopté. En procédant ainsi, — comme l'ont fait les romans dans toutes leurs tentatives, — ces constructeurs, inexpérimentés cependant, opéraient sincèrement et logiquement. Ce qui est remarquable, c'est que dans les différentes écoles (on en compte douze principales ou secondaires) cette méthode rationnelle est toujours appliquée avec la même rigueur, quel que soit le point de départ de la conception.

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