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MOYEN AGE

Ncannioins ce genre de voûles d'arêtes (|uiélaieiU consliliiécs par des blocages plus ou moins bien exécutés, s'il convenait à des ouvrages intérieurs, tels que les bas côtés des églises, n'était pas apte à clore la partie supérieure des nels centrales, en raison de la difficulté de maintenir leur poussée. Pour assurer la résistance de ces voûtes posées sur les collatéraux, contrairement aux Romains qui les épaulaient par des massits intérieurs, les architectes romans avaient adopté des contreforts situés extérieurement; mais comment établir ces éléments de résistance nécessaires également aux voûtes supérieures sur les piles séparant les nefs et dont on cherchait d'autre part à réduire le plus possible la section dans le but de dégager l'intérieur des églises ? Tout d'abord on se contenta de couvrir ces parties hautes par des charpentes, puis on tenta de les voûter au moyen de berceaux continus ; mais pour éclairer les vaisseaux il fallait surélever la naissance cie ces berceaux. En Bourgogne notamment les constructeurs adoptèrent ce parti, mais ils ne tardèrent pas à voir se manifester les inconvénients graves de cette combinaison défectueuse.

En Auvergne, — un des centres les plus intéressants de l'époque romane, — on eut recours à une disposition générale qui ne donnait qu'en partie satisfaction, mais qui eut des conséquences heureuses et fort utiles à la solution définitive, obtenue plus tard par l'intervention des arcs-boutants.

Voyons, dans une des éghses les plus remarquables de cette province, le plan et les coupes d'une travée de Notre-Dame du Port de Clermont-Ferrand (voir fig. 27 et 28). Ici les collatéraux sont surmontés d'une galerie qui est voûtée, à l'aide de demiberceaux contrebutant celui central dans toute son étendue,

et maintenus eux-mêmes par les murs inférieurs, renforcés de contreforts extérieurs. Des jours sont pratiqués en dessous de la naissance des demi-berceaux ; ils sont peu élevés, mais

TMdti^e-Daml-DuPoI^T

CLEI^0NT-?2 TliTv du R»z is Qiiœî'e

Fig. 27. — Plan de Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand.

néanmoins suffisants dans la -partie centrale de l'église, éclairée d'ailleurs d'autre part par les transepts, l'abside et la façade principale. La solution n'est pas parfaite assurément, mais appliquée à des monuments religieux plus vastes, et plus dégagés, elle a

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donné ccpciulanl des résultats plus satLsfaisants, comme à Saint- Scrnin de Toulouse, jusqu'oii s'est étendue riniluence auvergnate.

Ce n'était là cependant que des résultats limités, mais le lait

Fig. 28. — Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand. (Coupe transversale et longitudinale) .

important, c'est qu'on comprit, plus tard, le rôle que remplissait le demi-berceau comme élément de butée et, dés lors, on arriva à en appliquer le bienfait au maintien de voûtes d'arêtes supérieures. On savait dès lors pouvoir trouver dans des arcs-boutants, indiqués en principe par les demi-berceaux, la résistance nécessaire correspondant aux dispositions des voûtes d'arêtes, désormais applicables dans les nefs centrales.

Il importe d'autre part de signaler le caractère donné à l'extérieur aux monuments auvergnats, où l'emploi de matériaux de

différentes couleurs joue un rôle important. Leglise de Chauriat en est un exemple fort remarquable (voir fig. 29).

Dans les églises bourguignonnes, normandes et autres, pour lesquelles on ignorait primitivement le moyen d'établir les voûtes supérieures, si ce n'est par des berceaux qui se détruisaient rapidement, ou par des charpentes qui n'offraient pas de garanties contre l'incendie, on établit enfin tout un système, qui petit à petit transforma les édifices religieux, et fit naître l'art gothique, si sûr de lui, dans ses principes de construction et dans ses expressions architecturales, comme nous le verrons dans la seconde partie de ce chapitre.

Les archéologues trouveront peut-être qu'il eût fallu entrer ici dans de plus amples détails en précisant davantage les points d'origine et de rapprochement entre les diverses écoles romanes, mais dans notre étude comparative il ne s'agit ni d'archéologie ni d'histoire et la constatation raisonnée des faits m'a paru suffisante pour appuyer la thèse que je m'efforce d'étabUr dans cet ouvrage, destiné à Tarchitecte contemporain. D'ailleurs, tout lecteur qui voudra bien me suivre aura avantage à consulter, d'autre part, les auteurs qui sont entrés dans un examen plus détaillé et ont multiplié les exemples, à l'appui de leurs constatations. Ce qui importe ici, c'est de montrer comment l'art a évolué grâce à des efforts constants et méthodiques, ainsi qu'à l'esprit d'observation.

Dans la période romane nous trouvons ainsi, indépendamment des interprétations et des inspirations puisées aux sources indiquées plus haut, des combinaisons qui sont de véritables innovations, notamment dans le couronnement des clochers qui parfois sont couverts de flèches en pierre, de sec-

Fig. 29. — Église de Chauriat, Puy de Dôme,

(Extérieur).

6o L'ARCHITECTURE

tion rectangulaire, plus généralement de forme polygonale.

Fig. 30 et 31. — Clochers et flèches.

Pour passer du plan carré des tours destinées à contenir les cloches au plan polygonal ou parfois circulaire des flèches, le constructeur roman, raisonnant suivant sa méthode habituelle,

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;i iniai;inc un syslciiic de slrLicUirc des plus ingénieux. Il en a lire une lornie Ivpique qui a élé le point de dépari de nombreuses applications pour ces ouvrages en hauteur, toujours harmonieux dans leurs silhouettes, contribuant à rendre si particu- Hèrcment attrayant l'aspect de nos villes et de nos villages, à entre- ' tenir « l'amour du clocher ». Les figures 30 et 31 indiquent comment, à l'aide de trompes ou d'encorbellements, s'opérait la transformation du carré à l'octogone et comment par l'établissement de pinacles formant contrepoids, on assurait la stabilité de l'ou-

vrage.

Jusqu'ici, nous avons considéré les édifices romans dans leurs dispositions et leurs apparences d'ensemble, voyons maintenant ce qu'ajoute à leur expression l'étude des détails et des moulurations.

Il faut dire tout d'abord que, dés le début de leurs recherches, les constructeurs du moyen âge y apportèrent le sentiment de l'échelle qui n'avait nullement préoccupé leurs prédécesseurs. Généralement dans l'antiquité tout était soumis à des régies plus ou moins absolues de proportions, indépendantes du principe de l'échelle.

C'est ainsi que les ouvertures donnant entrée dans les édifices, ou y assurant l'introduction de la lumière du jour, grandissaient en raison des dimensions des monuments ; il en était de même pour les éléments de la mouluration.

Au moyen âge au contraire tout est subordonné à l'échelle humaine et à celle des matériaux.

C'était là un principe nouveau dont l'application n'a fait que se développer et s'affirmer pendant la période gothique et celle de la première Renaissance française. Il n'est pas nécessaire

d'insister sur ce principe, pour en faire saisir toute la logique ; en tout cas, si jamais l'architecture moderne trouve son expression définitive, tout porte à croire qu'elle s'appuiera, à son tour.

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Fig. 32. — Porte romane.

sur cette harmonie des éléments constitutifs. C'est un point qu'il faudra envisager lorsqu'il sera question de l'époque contemporaine.

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Pour en revenir aux eflorls (ails par les architectes romans, voici quelques exemples qui préciseront les indications présentées ci-dessus, et feront comprendre ce que j'appelle la méthode de composition.

Voir tout d'abord (lig. 32) comment était conçue la porte d'entrée d'une église; elle est, quant à ses dimensions de hauteur et de hirgeur, hmitéedans sa partie ouvrante aux exigences et commodités des panneaux de bois ; et elle est surmontée d'un linteau déchargé par un arc supérieur; lorsque le mur était épais, les arcs se multipliaient d'accord avec les piédroits, mais le linteau de faible épaisseur ne correspondait qu'à l'arc intérieur. Si cette dimension d'ouverture devait être augmentée, en vue d'une circulation plus intense, un point d'appui intermédiaire divisait l'espace en deux parties, chacune d'elles recevant ses panneaux. De cette donnée si franche et si simple sont nées d'admirables solutions dans les portails de nos cathédrales, mais on le voit, le point de départ est dans le système de construction sur lequel il importe d'insister. Plus le mur était épais, plus le nombre de redans qu'indique le plan étaient nombreux parce qu'il résultait de la dimension de matériaux toujours employés sans évidements.

Pour raidir cette réunion de petits éléments, on avait recours à des colonnettes de pierre dure monolithes et dont les chapitaux recevaient la retombée des arcs supérieurs. Cet exemple est précieux à observer car il montre clairement comment, méthodiquement, s'établissait la concordance entre la structure et la forme sur laquelle j'insiste toujours, si énergiquement, non sans raison.

Plus tard, lorsque l'imitation guida l'architecte, il adopta

cette disposition de redans, mais il les obtint aux dépens de la pierre, alors employée en grands morceaux qu'il évidait sans souci d'économie, sans se préoccuper de la contradiction qu'il établissait par une fausse interprétation d'une composition dont le sens véritable lui échappait.

C'est ainsi qu'a procédé la Renaissance sous prétexte de réno-

Fig. 33- — Corniche romane.

vation et qu'elle a entraîné les singulières conceptions des xvii^ et xvni^ siècles, pour lesquelles tout principe était sans portée, contrairement à l'esprit français du moyen âge qu'on méprisait alors de parti pris, sans chercher à en approfondir l'influence directrice ; l'organisme des éléments persiste, mais en apparence seulement.

Voici (fig. 33 et 34) d'autres exemples bien caractéristiques également. Il s'agit des corniches établies à la base des combles ; celles-ci sont constituées à l'aide d'une tablette continue, dont la saillie extérieure est portée par des corbeaux pénétrant en

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boiilisscs tians répiiissuiir des murs cl placés au droit de la rcnconlrc des dalles. Uuc kllc disposition est naïve et simple, et ccpeMulanl elle a, i^ràce à son principe, inspiré, par l;i suite, pendant le moven ài;e, bien des motifs analo^uies, quoique plus riches et plus expressifs, sans que le mode de structiu'e lut altéré en lui-même. Mais il vint un moment où, comme poiu' les

Fig. 34. — Corniche romane,

portes citées plus haut, on ne vit plus là qu'une donnée à exploiter, sans souci du point de départ, et alors les corbeaux sont pris dans la masse, parfois avec la tablette elle-même, dans une même hauteur d'assises ; on croyait ainsi obtenir plus d'effet, mais on dissimulait plus ou moins adroitement la pauvreté et le manque de sincérité de la combinaison première. On le reconnaîtra, l'occasion est favorable pour montrer à ceux qui croient aveuglément au progrés apporté par la Renaissance, combien ce progrés est factice et comment il repose sur le

mensonge. En tout cas, si cette époque a contribué à produire des œuvres ayant un certain charme décoratif, son manque de logique ne peut, à l'heure présente, qu'égarer le chercheur, car il n'y trouve qu'une doctrine incohérente, le détournant de l'em-

Fig". 35- — Arcatures romanes.

ploi judicieux des nouveaux matériaux et d'un effort inventif raisonné.

Dans tout ce qu'a fait le roman, on constate le même esprit de méthode dirigé par l'appareil ; en voici encore une preuve dans ces arcatures répétées (fig. 35) qui, tout en décorant un mur, permettent la diminution de son épaisseur sans nuire à sa sohdité. Dans l'ornementation moulurée et sculptée,

il en csl clcnicmc, comme le fait voir le moile de clécoralion des arcs, dont chaque claveau est un molit'qui correspond à ra|)pareil.

On peut donc, sans craindre de se tromper, atlirmer que . dans ces œuvres se manifeste tout un mode dV'nsei.i;nement qu'il est très regrettable de ne pas voir à la base des études des élèves architectes. Ils y puiseraient une direction applicable à toute nature de matériaux et, dans la pratique, plus tard, ils seraient débarrassés de cette préoccupation des formes qu'ils prennent n'importe où, sans hésiter à en abâtardir le principe, parce qu'on ne le leur a pas fait saisir. On ne peut cependant admettre que l'architecture se borne désormais à utiliser les créations du passé, et ne remontant pas aux causes, ne profite pas réellement lies exemples donnés. Le jour où on renoncera à ce système déplorable, l'imitation des styles aura vécu.

Avant de quitter cette époque, si instructive, il est indispensable de signaler aussi les efforts faits par les architectes pour transformer la voûte d'arête, due aux premières tentatives, et qui, exécutée en blocages de moellon sans combinaison d'appareil, était difficile à cintrer et fatalement d'un grand poids. Sans nous arrêter aux premiers essais qui, à juste titre, préoccupent les archéologues, contentons-nous de constater que la transformation en question s'opéra enfin par l'établissement d'arcs diagonaux se croisant à la clef, pour l'exécution desquels il suffisait de recourir à de légers cintres permettant de disposer, sur ces arcs, des remplissages de petits moellons appareillés, posés au moyen de cercles en planches que l'ouvrier déplaçait au fur et à mesure qu'il avançait. Ces voûtes de facile exécution devenaient d'une légèreté relative, très appréciable, qui en rendait

l'emploi bien précieux, surtout dans la partie haute des édifices.

Lorsque la construction des églises et surtout des cathédrales passa des moines aux maîtres d'œuvres et aux corporations laïques, ce système de voûte, qui n'était encore qu'à l'état embryonnaire, se développa et se perfectionna rapidement; il devint la base de toutes les combinaisons gothiques, fondées sur le principe d'équilibre, principe alors tout nouveau, entièrement différent du mode passif et concret, sur lequel toute l'antiquité s'était appuyée dans ses conceptions. L'emploi de ces voûtes ne se limitait pas à la forme carrée du plan, mais se prêtait, grâce à la multiplicité des arcs diagonaux, à des combinaisons polygonales ou circulaires. Ce mode de structure devint le point de départ de toute la composition architecturale, comme le plafond de pierre avait été celui des temples égyptiens, mais ici l'effort à produire était immense et d'autant plus significatif que les constructeurs du xni' siècle n'étaient dirigés par aucun précédent, et qu'ils durent tout obtenir de leurs propres ressources.

En présence des réalisations auxquelles ils sont parvenus, la question, qui s'est longtemps posée et se pose encore parfois, de savoir si leur œuvre égale celle des différentes périodes de l'antiquité, est bien mesquine et fait peu d'honneur à la clairvoyance et à l'esprit d'observation de tant de générations passées. Cependant aujourd'hui on est forcé de reconnaître que nos grandes cathédrales sont, dans le domaine de l'architecture, ce que le génie humain a conçu et exécuté de plus surprenant et de plus admirable. Qu'il me soit permis, à ce sujet, de signaler un fait qui a beaucoup frappé, il y a quelques années, les auditeurs du cours du Trocadéro. Sur un même cHché à projection j'avais fait reproduire, à la même échelle, la façade de Notre-Dame de

Fi»- 3^- — Notre-Dame de Paris.

(Façade principale, commencement du XIII» siècle).

Paris et celle du Parthénon. La stupéfaction fut générale, en constatant la différence d'importance de ces deux monuments, dont l'un est gigantesque et l'autre, à côté, semble un simple édicule. Le lecteur peut, à l'aide du tableau comparatif qu'il trouvera à la fin du volume, faire la comparaison et en tirer les conséquences qu'elle comporte. Il ne s'agit plus de savoir si l'une de ces manifestations est supérieure ou inférieure à l'autre en beauté ; il est de toute évidence qu'elles ne sont pas comparables et qu'on perdrait son temps à éclaircir un tel point. Ce ne serait, en tout cas, qu'au point de vue plastique et dans le détail des éléments qu'une telle recherche pourrait intervenir, mais dans quel but la faire et que pourrait-il en résulter ? Absolument rien d'utile pour l'éducation de l'architecte. Je ne saurais, à propos de cette question, résister à la satisfaction de rappeler ici une visite que je fis en détail, surtout dans les parties supérieures, de Notre-Dame de Paris, avec un éminent architecte, membre de l'Institut, aujourd'hui décédé. A chaque pas, mais particulièrement dans la galerie des Rois, il admirait en répétant : mais tout cela est beau comme du grec (voir fig. 36 la façade de Notre-Dame).

J'étais en mon ardente jeunesse heureux de cette constatation, et j'aurais désiré intéresser davantage encore ce respectable visiteur, en lui faisant apprécier en même temps les dispositions si remarquables de la structure de cette immense façade, mais de telles observations semblaient le laisser assez indifférent. J'ai pu ainsi constater la différence profonde qui existait alors entre la mentalité des classiques et celle des gothiques. La lumière s'est-elle faite plus tard ? On pourrait le croire parfois, mais le doute persiste et il se justifiera, tant que l'art gothique

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ne sera pas une Jus hases de I ensei^neineiil général iloiiné aux archilectes.

Quoi qu'il en soit, il sérail en eflel fort utile de faire renaître l'esprit de recherche qui a animé les architectes romans dès les premiers temps du moyen âge dans toute Tétendue du territoire qui est celui de la France. C>ertes ils n'ont pas ahouti à un art nettement déterminé, mais ils ont grâce à leurs tentatives, grâce même à leurs tâtonnements, singulièrement aidé à Téclosion de la magistrale manifestation de la période gothique à laquelle sont consacrées les pages suivantes.

L'EPOQUE GOTHIQ.UE

Les édifices d'ordre public ou privé du moyen âge, religieux civils ou militaires, constituent un vaste enseînble dont l'étude est aussi séduisante qu'instructive. Quiconque les visite, les observe et les analyse, trouve à leur contact un charme et un enseignement inépuisables. Aussi on prive singulièrement la jeunesse, en lui laissant ignorer ce que peut lui révéler cette grande époque, car tout ce qu'elle a produit, dans le domaine de la construction, est empreint du sentiment de l'art, depuis la cathédrale jusqu'à la modeste éghse cle village ; depuis le château jusqu'à la plus modeste habitation ; depuis aussi le plus beau rriobilier jusqu'au plus simple ustensile nécessaire à la vie matérielle.

Cette lacune dans l'éducation artistique est d'autant plus singuHére et inexphcable que l'État, ayant en mains les centres d'enseignement, s'intéresse cependant, sans réserve, à la conservation de tout ce qui se rattache à l'art médiéval et y consacre annuellement des sommes importantes. De deux choses l'une :

OU il ne voit dans tout ce qu'a produit l'art français qu'une richesse de documents intéressants pour l'historien et l'archéologue et pouvant en outre satisfaire le public en l'amusant, ou il y constate une source d'enseignement, dont personne n'oserait maintenant nier l'utilité et la puissance régénératrice. J'aime à croire que ces deux points de vue le préoccupent également, mais alors comment exphquer le parti pris de ne pas introduire dans l'enseignement artistique des architectes et des décorateurs la connaissance précise de cette grande époque ? Quoi qu'il en soit et avec Tespoir de voir enfin combler cette déplorable lacune, je voudrais sommairement envisager la méthode de composition si frappante et si démonstrative qui a dirigé les maîtres d'œuvres des xni^ et xiv^ siècles.

Il n'est pas, à ce propos, indispensable d'entrer ici dans une étude complète et détaillée de ces œuvres, mais j'espère, par le choix de certains exemples, faire saisir quelle action bienfaisante peut avoir cette période de l'art sur l'enseignement et sur la profession de l'architecte moderne, en habituant à raisonner, sans recourir, en quoi que ce soit, à l'imitation ou à la reproduction d'expressions architecturales qui, comme toutes celles qui sont derrière nous, ont fait leur temps et ne peuvent être utiles que par la constatation de leurs vérités ou de leurs erreurs.

C'est dans les édifices rehgieux que se sont faits les principaux efforts et particuhèrement dans ceux des trois grandes écoles qui, après la transition du xn' siècle, se sont constituées en Bourgogne, en Champagne et dans l'Ile-de-France ; je ne pénétrerai pas dans le domaine de l'archéologie, dont d'ailleurs je ne méconnais nullement la haute portée, mais j'aborderai, en toute indépendance, la question dans un sens directement utile à

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mon ai'L;uincnlali()ii . PioLecIcr aulrcniciU nreiilraîncniil liop loin cl niiirail à la clarlc de ce résumé. Je limiterai donc le champ des observations à un petit nombre de monuments dont

^ig- 37- — Eglise Notre-Dame de Dijon.

Plan.

l'analyse est particulièrement instructive, en ce qu'elle indique l'application de la méthode à des problèmes absolument nouveaux.

Prenons tout d'abord comme un exemple l'éghse Notre-

Dame de Dijon, dont la conception démontre péremptoirement le scrupule avec lequel l'architecte gothique étudiait, avant l'exécution, tous les détails de la structure suivant laquelle il entendait élever son œuvre (voir plan fig. 37 et coupe fig. 38). Pour tracer les piles, en déterminer la section et

Fig, 38. — Notre-Dame de Dijon.

(Coupe).

la force, il partait de la voûte, dont la combinaison repose ici sur le système d'arcs d'ogives, formant les diagonales d'un carré recoupé, intermédiairement par' un arc transversal, indiqué dans le tracé du plan.

Sur les chapiteaux des colonnes correspondant aux arcs doubleaux principaux, il étabHt trois colonnettes, tandis que sur la pile intermédiaire il n'en place qu'une. Chacun de ces élé-

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meiils a sa tonclion ; leur importance, leur scclion lI leurs profils sont clctcrniincs en raison du rôle que remplissent les arcs de la voûte. Au-dessus des collatéraux est ménagé un passage assurant dans tout l'édifice, au même niveau, une circulation intérieure. Au-dessus, un second passage permet la circulation,

Fig. 39. — Notre-Dame de Dijon.

nécessaire à l'entretien cies fenêtres de la nef centrale. Une disposition particulière à la conception des églises bourguignonnes est ici appliquée d'une façon remarquable; elle consiste en l'établissement des arcs formerets des voûtes hautes qui sont, contrairement à ceux des monuments de l'Ile-de-France, indé-

pendants du mur et laissent dés lors intérieurement un espace fermé au sommet par des dalles de pierre constituant la corniche, qui, ainsi dégagée, ne peut causer aucune infiltration dans les maçonneries. Constatons, d'autre part, comment la largeur

Fig. 40, — Notre-Dame de Dijon.

nécessaire au passage inférieur a été obtenue grâce à un système de corbeaux portant, du côté des collatéraux, des arcs qui se développent dans le sens longitudinal et reçoivent les dalles sur lesquelles se fait la circulation. La figure 39 indique en perspective ce moyen si ingénieux de construction appliqué dans d'autres édifices' d'école différente, mais rarement avec une

Icllc franchise cl une Iclle Lorrcclion. Ajoutons (|uc, clans cel exemple, tous les élénienls île la sliiiLlure ont donné lieu â une précision surprenante, assurant leur juxtaposition absolue qui rappelle, a\ec des exii^ences bien autrement subtiles toutefois, .

Fig. 41. — Cathédrale de Beauvais.

(Plan du chœur).

la méthode adoptée par les Grecs dans la combinaison des entablements des plafonds, et des portiques. Pour donner une idée de la conscience et du savoir apportés par l'architecte bourguignon, nous ne saurions mieux faire que de reproduire, d'après VioUet-le-Duc, le tracé analytique au droit d'une pile de la structure dont il s'agit (lig. 40).

Considérons maintenant la cathédrale de Beauvais qui marque l'apogée de la science et de la hardiesse des maîtres

d'œuvres du moyen âge, dans les grandes manifestations de l'art religieux. C'est l'édifice le plus élevé et celui qui a présenté, de ce fait, le plus de difficultés et exigé le plus de savoir pour sa réalisation. La hauteur sous clef des grandes voûtes atteint ici 46 métrés, tandis qu'à Amiens elle n'est que de 42 métrés. De ce vaste monument il ne fut construit que le chœur; les transepts ont été élevés à une époque postérieure. Le plan de ce choeur est tout d'abord à considérer (fig. 41), car la disposition de ses parties inférieures a été faite en raison du mode de construction adopté, pour le maintien à une si grande élévation, des voûtes supérieures. Il faut à ce sujet signaler la structure des piles, séparant les chapelles et dont la faible section n'eût pu résister sans le secours des colonnes qui la limitent intérieurement et qui, monolithes et exécutées en pierre très résistante, constituent des piles incompressibles. Ces chapelles, voûtées à un premier niveau, se développent autour du déambulatoire, dont les voûtes établies, à un niveau supérieur, ont permis d'éclairer sous leurs formerets cette partie polygonale de l'église. Sur les piles intérieures et au-dessus des arcs du déambulatoire règne, comme à Dijon, un triforium dont la cloison de pierre est également portée en encorbellement; enfin sur les chapiteaux des grosses colonnes sont posées des colonnettes qui soutiennent les arcs de la voûte supérieure. Ici également, comme dans tous ces édifices gothiques, toutes les dispositions inférieures sont la conséquence des éléments des voûtes; il n'y a donc rien à signaler de particulier à cet égard. Mais ce qu'il importe d'envisager, c'est la difficulté qui se présentait pour maintenir en équihbre ces voûtes si élevées au-dessus du sol (voir la coupe transversale, fig. 42 et la vue extérieure fig. 43).

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Le niaîlrc tlVuiiNic cul alors recours à deux arcs-lKuitaïUs établis

Fig. 42. — Cathédrale de Beauvais.

(Coupe transversale).

dans un même plan, mais séparés par une pile intermédiaire.

8o L'ARCHITECTURE

coupant en deux le grand espace qui n'aurait pu être franchi, sans danger, par un arc d'une seule volée ; par des encorbellements il a d'autre part, tout en augmentant la force du contrefort extérieur, diminué la portée et fait supporter le poids vertical sur le point d'appui incompressible que fournit la colonne inférieure signalée ci-dessus. Mais entre les voûtes du déambulatoire et le sommet de l'arc-boutant placé au-dessus, il restait une partie verticale qui pouvait se déformer en raison de . la délicatesse des piles séparant les baies supérieures. Là un renforcement était indispensable et devait être aussi peu pesant que possible. Pour résoudre ce problème délicat, on fit emploi de colonnettes formant un système raidisseur qui théoriquement donnait satisfaction, mais qui dans la réalisation fut insuffisant par suite de la qualité inférieure de la pierre employée. Certains désordres, en effet, se produisirent; il fallut y remédier en intercalant dans les travées parallèles du chœur une pile intermédiaire, sans troubler le caractère général de la composition première, et d'autre part remplacer les colonnettes brisées par des éléments plus résistants. Ces travaux furent opérés, après coup, avec une habileté extrême qui prouve combien étaient grandes la science et l'adresse des constructeurs à la fin du xiii^ siècle et au commencement du xiv^. Je ne m'étendrai pas davantage au sujet de la savante combinaison de cet édifice, dont Viollet-le-Duc a, dans son dictionnaire, exposé toute la théorie, mais je profite de cette occasion pour faire ressortir une fois de plus le puissant enseignement fourni par de tels exemples et avec quelle persévérance de raisonnement et de logique les hommes, auxquels sont dus de tels efforts, ont su aborder les problèmes de construction les plus difficiles, pour

Phot. Xeurdeia.

i*^»- 43- — Cathédrale de Beauvais.

(Extérieur).

en lircr des expressions de beauté d'un caractère absolument nouveau. A cette audacieuse conception de la cathédrale de Beauvais se limitent, il est vrai, les hardiesses de l'art gothique, arrivé ici à son apogée, mais en somme il fallut que la science fût bien profonde pour que, malgré certains défauts d'exécution auxquels il a été possible de remédier d'ailleurs, un monument comme celui dont il s'agit ici soit toujours debout après une longue existence et capable de résister encore, pendant un temps dont rien ne fait prévoir la fin.

Une autre cathédrale, due à une conception analogue, mais cependant un peu moins haute, est celle d'Amiens, qui mérite également d'être étudiée et analysée, d'autant plus qu'elle est complète dans toutes ces dispositions et qu'elle n'a subi aucun désordre. Comme celle de Beauvais, elle offre le caractère définitif qu'avait fixé l'art vraiment gothique. A Chartres, à Reims, à Laon, à Notre-Dame de Paris, une influence romane se montre encore dans une certaine mesure; aussi en suivant cette filière, dès le début, l'observateur consciencieux peut-il se rendre compte des efforts successifs qui ont été faits avec une logique toujours appliquée sans défaillance. C'est en suivant ce développement si sincèrement poursuivi qu'il peut se rendre compte de ce qu'est l'art dans la construction et de la force créatrice que l'homme est susceptible d'acquérir lorsqu'il sait mettre au service de son génie toutes les ressources de son intelligence, de son esprit et d'une volonté persistante. Ne désespérons donc pas de notre époque et sachons profiter de ces admirables manifestations dues à notre race et qui sont encore debout, pour nous encourager à faire de nouveaux efforts.

Il n'est pas nécessaire, pour saisir la conception des égHses

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golhitjiics, dV'in is;if;er craulrcs exemples, en ce c|iii concerne les moyens employés pour les xoùler, quelle que soil la variété des solutions dérivant d'un même principe; mais il importe d'appeler l'attention sur ce tait considérable que toutes ces créations sont (ondées sur l'unité de structure, c'est-à-dire uniquement sur l'emploi de la pierre, dont la nature change toutefois, en raison des nécessités de résistance à la charge ou aux intempéries; le choix y est fait avec une conscience et un savoir dont on a perdu depuis longtemps le bénéfice.

En constatant cette unité de structure si complète dans la construction de l'église voûtée, il faut reconnaître cependant que le constructeur s'est trouvé dans l'impossibilité d'assurer l'étanchéité des parties supérieures et qu'il a dû recourir, en présence des exigences chmatériques, à l'établissement de combles en charpente et de couvertures d'ardoises, de tuiles ou de plomb. Les Romains et les Byzantins, dans Temploi des coupoles ou des voûtes, n'eurent pas besoin d'adopter ce moyen de préservation, car, non seulement en raison du cHmat, mais aussi du mocle de structure s'appHquant à ces combinaisons de voûtes, il leur suffisait de recouvrir directement l'extrados. Les Gothiques ont comphqué leurs conceptions en créant un autre mode de construction, cela n'est pas douteux, mais ils ne pouvaient faire emploi de la brique, si ce n'est dans des régions très limitées, et ils ont forcément adopté celui des matériaux que le sol renfermait presque partout en abondance autour d'eux, c'est-àdire la pierre.

Féhcitons-nous de ce fait, car, grâce à lui, le génie français a non seulement développé la conception des édifices, mais en a fixé l'alliance avec la sculpture ornementale et la statuaire,

particulièrement dans les magistrales solutions de nos cathédrales. Dans ces œuvres, l'homogénéité de la construction n'est pas solutionnée jusque dans les toitures, mais l'art gothique s'y est efforcé, et peut-être est-il réservé à notre époque de résoudre ce problème, si nous suivons les traces de nos devanciers en tenant compte logiquement des nouvelles ressources que nous possédons.

Quoi qu'il en soit, reconnaissons que les maîtres d'œuvre du moyen âge ont singuHérement approché de la solution. S'ils n'ont pas réaHsé entièrement l'œuvre d'unité de structure que rendait impossible avec la pierre notre chmat occidental, ils ont montré Tadmirable parti qu'il est possible d'en tirer et ils ont fait faire un pas immense à la question d'économie de matière, qui est devenue la préoccupation capitale de la science moderne.

Leur architecture présente d'admirables et ingénieuses combinaisons de pierre, autant dans les détails que dans les ensembles, et il y a entre tous les éléments un sentiment surprenant d'unité de composition. Rappelons le rôle des pinacles qui surmontent les contreforts, en augmentant leur résistance et en permettant de réduire la section de ces niasses encombrantes ; les fenestrages, les roses si admirablement appareillées et venant garnir les intervalles des piles qu'entraînait le système d'équilibre gothique; les vitraux dont la beauté contribue tant à la décoration intérieure des édifices. N'oubHons pas le caractère si expressif des arcs-boutants, si variés dans leurs formes et leurs dispositions; constatons leur utilité pratique pour l'écoulement des eaux, ainsi que celle de ces gargouilles dont le rattachement aux corniches est si habilement combiné, comme Tin-

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cli\)iicnt les figures j | cl j). Il imporlc de Lonnaîlrc, en ciélail, tous ces inoN'ens si hieii compris pour éviter les inlillrnlions sur le parcours cjuc les eaux plu\iales preiineiil a\ant crélre rejetées au dehors. Cx point est tellement essentiel et démontre '

Fig. 44. — Coupe sur un contretort au droit d'une gargouille.

si nettement avec quelle conscience tout était prévu et étudié dans ces monuments de pierre, qu'il nous a semblé mériter d'être signalé et souligné exceptionnellement par une indication graphique.

Il nous faut aussi, comme nous l'avons fait pour l'époque romane, dire un mot des parties hautes des clochers qui ont pu, en raison de leurs surfaces hmitées, être coiiçus et exécutés

entièrement en pierre. Ces couronnements, qui s'élégissent singulièrement, sont, de ce fait, bien intéressants à étudier, et pour deux raisons. Premièrement lorsqu'il est nécessaire d'élever à

Fig. 45. — Gargouille vue de l'extérieur.

de grandes hauteurs des matériaux, il y a intérêt à en réduire le poids tant pour les facilités du montage que pour ne pas charger inutilement les parties inférieures ; en second Heu, ces ouvrages, si exposés à la pluie, doivent être disposés de telle sorte que les parois puissent rapidement sécher, résultat impossible à obtenir si elles sont épaisses. Pour faire voir jusqu'où on a poussé le scrupule à ce sujet, voici un exemple caractéristique qu'offre un clocher relativement modeste, celui de l'égHse de Rosporden

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(Finislcrc). Le plan pris à la partie supérieure tie la lour et la

C LOCHLR DF. i; Eglise df Rc^SPORDEN

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Fig. 46. — Eglise de Rosporden, Finistère. (Clocher).

coupe (fig. 46) expliquent la disposition dont il s'agit. Comme on le voit sur ces deux figures, en contrebas de la flèche, l'épais-

seur des murs est réduite grâce à l'établissement de deux cloisons de pierre, laissant entre elles un passage de circulation, et au-dessus de celui-ci, dans les quatre angles, sont établies quatre petites flèches complètement évidées, construites à l'aide de minces parois, parfaitement appareillées dés leurs bases et portées d'une façon fort curieuse par les parties du passage qu'elles surmontent. Il est facile de comprendre combien, dans une telle construction, l'air circule et vient assécher ces ouvrages, de sorte que l'eau pluviale, ne séjournant jamais, ne peut altérer les âmes vives de l'œuvre; aussi ce clocher est-il resté en parfait état de conservation.

Je ne parlerai pas davantage de ces ouvrages en hauteur, si habilement disposés et d'un effet pittoresque si monumental ; je me contenterai de présenter dans la figure 47 et par comparaison les deux clochers de Chartres, l'un, d'un pur style roman, Tautre, d'un caractère nettement gothique dans sa partie haute, exécutée au xv^ siècle. Que de choses seraient encore à dire pour faire valoir l'immense effort du moyen âge dans ses édifices religieux et en montrer la haute portée éducatrice, mais j'en resterai là; il convient toutefois de mettre sous les veux du lecteur la façade du transept de Saint-Maclou de Rouen (fig. 48), qui date de la fin du xv^ siècle et donne une idée des excès et des tours de force vers lesquels les architectes se laissèrent entraîner, lorsque la complication et l'abus de formes décoratives plus ou moins justifiées firent négliger l'application des principes et provoquèrent la déchéance progressive contre laquelle la Renaissance voulut réagir.

Il ne nous reste donc qu'à nous occuper maintenant de l'architecture civile et militaire, sans toutefois nous y arrêter long-

Fhot. Neurdein.

Fig. 47. — Cathédrale de Chartres.

temps. Au moyen âge, l'architecture civile a su trouver d'admirables solutions — répondant à des exigences nouvelles et multiples — dans les hôtels de ville, les palais, les hôpitaux, les

Fig. 48. — Transept de F Eglise Saint-Maclou de Rouen.

halles, etc., et elle y a apporté le même esprit de méthode et d'invention qui est si frappant dans les monuments religieux. Ce qui leur donne un caractère spécial, c'est la préoccupation

MOYKN AGK Oi

conslaiilc de rcpoiulrc aux pro^^rainmcs posés, sans scnici dus soi-disanl rci;lcs d'art, inc()ni|Kitiblcs avec les nécessités de dislrilnilion imposée ; c est aussi le rôle limité de la symétrie i^énante, inutilement coûteuse, et qui devint plus tard la. source de tant d'erreiu's, sans profit pour Tart vrai et sincère. De celte franchise dans la composition est née une expression architecturale, à laquelle le grand siècle avait reproché d'être plus pittoresque que monumentale, mais dont nous sommes bien forcés de reconnaître le mérite, les conditions des programmes — confort, économie — venant primer aujourd'hui, pour l'architecte, toute autre considération. Ce n'est d'ailleurs pas seulement dans les dispositions générales que les œuvres construites au moyen âge témoignent de l'esprit de logique et de vérité, mais c'est aussi dans le choix des éléments de construction dont la réunion assurait les résultats voulus. Il ne s'agissait pas alors bien entendu de procéder par unité de structure ; le bois notamment intervient d'une façon impérieuse dans la constitution des planchers et des combles, en se mêlant d'ailleurs à la maçonnerie, avec une indépendance remarquable en raison des conditions spéciales dans lesquelles ces deux matériaux doivent être associés librement et sans se nuire. C'est ainsi que le bois ne pénètre pas dans les murs de pierre, de moellon et de brique, mais porte sur des corbeaux saillants par encorbellement, comme le montre la figure 49 qui, en même temps, donne une idée précise de l'aspect toujours sincèrement décoratif de ces plafonds aux éléments apparents ; à eux seuls, dans leur combinaison logique, ils constituent un enseignement précieux, utile dans toute composition. Il en est de même des charpentes des combles, qui posent toujours librement sur les murs et ne

doivent leur stabilité qu'à leurs combinaisons et à leur poids normalement réparti. Si de la charpente nous passons à la menuisérie, nous constatons l'application du même principe dans l'emploi du bois utilisé pour les portes, les lambris et les meubles. Parmi les 'constructions civiles je rappellerai notamment

Fig. 49. — Plafond.

l'hôtel de Jacques Cœur à Bourges, l'hôtel du Musée de Cluny à Paris, mais je n'en fournirai pas ici les reproductions qu'on trouvera dans diverses publications, fort intéressantes à consulter et je me bornerai, pour fixer les idées, à présenter dans les figures 50 et 51 le petit château du Moulin situé en Sologne (Loir-et-Cher), que j'eus occasion de relever il y a une quinzaine d'années, alors que, quoique un peu délabré, il conservait toute la

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^^S' 5"- — V\'dn du Chjito.iLi du Moulin (Loir-et-Cher).

Fi&- 51- — Cnâteau du Moulin.

saveur d'une charmante conception du xiv^ siècle. Nombreux sont encore les manoirs et les hôtels de cette époque dans diverses provinces, en Bourgogne, en Normandie, particulièrement dans le centre de la France, en Auvergne, dans le Limousin. Nous n'y trouvons aucune utilité directe en ce sens que leurs distributions sont absolument d'autre nature que celles réclamées aujourd'hui; nous n'y trouvons pas non plus des motifs de portes, de fenêtres, de corniches, de toiture etc., qu'en général les dimensions de nos habitations, ainsi que nos ressources, toujours restreintes, ne nous permettent pas d'adopter, mais ce qui est à observer ou à prendre pour guide, c'est l'ordre d'idées qui, avec le sentiment de l'art, a engendré tant d'œuvres pleines d'esprit et de charme. Puissions-nous voir revenir, en faveur de l'architecture moderne, un tel état de choses aussi satisfaisant dans la technique que dans l'esthétique et toujours apphcable, quels que soient les matériaux.

Peut-être aurait-il convenu de placer immédiatement ici ce qu'il y a à dire sur la Renaissance française, cependant il m'a paru nécessaire d'envisager tout d'abord la Renaissance italienne, afin de préciser l'influence qu'elle a eue en France aux xvie, xvii^ et xviiie siècles.

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tlonncc à ce dôinc, .iliii irassiircr l;i rcsisUincL' des ;4raiKlh ar^^ en briques qui sont établis aux anodes du poly^^onc et sont relies entre eux par deux murs de faible épaisseur, constituant une solidarité de cloisonnement, — ce qui a permis, sans com-

0 5 -lO ^5 2,0 J-S 50 35 40 *5 50 /\.

Fig- 53- — Dôme de Sainte-Marie des Fleurs à Florence.

promettre la solidité, bien au contraire, d'économiser la matière et surtout celle de la main-d'oeuvre, considération de premier ordre, lorsqu'il s'agit, comme ici, de monter les matériaux à une si grande hauteur. Dans la coupe faite sur l'ensemble de l'œuvre et que représente la figure 54, on peut se rendre compte de l'unité de composition générale et en même temps du mode de

qS L'ARCHITECTURE

Structure qui rappelle, avec toutefois une solution différente, la combinaison romaine par les évidements entre les arcs'. Brunelleschi ouvrait donc une voie nouvelle en s'appuyant sur un point de départ donné par la construction, et rompait nettement avec les erreurs auxquelles le moyen âge avait entraîné l'Italie. Les principes admirables de l'art français n'y avaient jamais été compris; les arcs-boutants étaient remplacés par des tirants en fer destinés à maintenir la poussée des voûtes; les formes, n'obéissant à aucune direction raisonnée, n'avaient produit qu'incohérence et banalité. Cette rénovation toutefois ne répondait pas, dans sa simplicité relative, aux goûts de luxe qui dominaient alors et elle n'eut pas de conséquences ; on ne saurait, en tout cas, considérer le dôme de Saint-Pierre de Rome comme étant une continuation de la pensée architectonique qui avait guidé l'architecte florentin. Cette conception de Michel- Ange a sa beauté apparente, mais elle ne repose pas sur un système de construction raisonnée et recommandable, car ce n'est que grâce à une ceinture de fer, qu'il faut perpétuellement resserrer, qu'on empêche l'aggravation des désordres qui se sont produits dans cette vaste coupole de pierre. Quoi qu'il en soit, pour revenir à la première période de la renaissance italienne, on constate, sinon dans les monuments rehgieux, du moins dans certains édifices civils, des efforts qui sont intéressants, notamment au Palais Strozzi à Florence. Sans être un modèle de construction rationnelle, cet exemple indique une préoccupation de la structure, particulièrement dans les baies, ainsi que

I. Pour les esprits curieux de bien comprendre la conception de structure du dôme de Florence, je leur signalerai Texistence, dans un local de l'édifice, d'un modèle en relief et exécuté en bois qui renseigne précieusement à cet égard.

Fig. 54. — Dôme de Sainte-Marie des Fleurs. (Coupe).

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dans la puissante corniche qui surmonte l'ensemble. L'orgar isme des éléments est voulu et cherché avec complication, mais sans le secours de procédés décoratifs dus à l'imitation des ordres antiques, dont l'application ne tardera pas, avec Bramante, à constituer l'unique objectif des architectes italiens. On ne saurait méconnaître la préciosité et le sentiment des formes dans les détails de cet art bramantesque, mais ses efforts se réduisent à des exercices d'ordres, se résument en des résultats qui sont suggérés par l'imitation et que n'inspire aucune pensée véritablement architectonique. Ce qu'il a produit, saut quelques exceptions, est purement architectural; les architectes sacrihent tout besoin, même celui des baies d'éclairage, aux lignes extérieures; aussi, est-il certain que sans le secours de l'ornementation fournie par la sculpture, la peinture et les éléments décoratifs de toute nature dont l'art itaHen s'honore à juste titre, l'œuvre proprement dite d'architecture paraîtrait fort réduite. Il est également certain qu'il y a un désaccord complet entre l'ordre d'i4ées qui a dirigé l'architecture en France et celui de ritalie, et que l'influence de celle-ci dans notre pays a été fatale ; toutefois le mal ne s'est pas produit aussi nettement et aussi rapidement qu'on semble le croire généralement et comme il importe de le constater dans les pages suivantes consacrées à la renaissance française.

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