INTRODUCTION
Jcs conditions auxquelles rarchiluclc conlcniporain doit se soumettre, tout en utilisant les ressources fécondes et stimulantes dont il dispose désormais.
A cet égard le public, il le reconnaît lui-même, est très ignorant, par suite d'une lacune inexplicable et injustifiable dans l'enseignement général où il n'est jamais question d\\n art aussi utile qu'est l'architecture. Quant aux professionnels, ils sont indifférents, ou débordés par la nécessité de produire avec la rapidité dévorante qui est actuellement à l'ordre du jour et qui, sans leur laisser le temps de méditer, les oblige à travailler isolément, sans discipline et sans communauté de vues.
Dans un tel état de choses, l'architecte subit fatalement les spécialités au lieu de les diriger, et c'est ainsi qu'il tend à perdre chaque jour davantage son autorité et son prestige.
En publiant ce nouveau Hvre, je n'ai pas la prétention de combler les lacunes de l'enseignement général et de l'éducation protessionnelle ; mon but est de les signaler, de les commenter pour en tirer les conséquences qu'elles comportent. Je ne prétends pas davantage redresser les erreurs constatées dans l'exercice de la profession, mais apporter une série d'observations, et de renseignements de nature à ouvrir les yeux des intéressés sur une situation bien dangereuse, si elle se prolonge, dans le vaste domaine de l'architecture. Cet art utile, créateur et éducateur (même en dehors de sa technique), ne possède ces quahtés que s'il est exercé avec le respect des contingences qui l'entourent; autrement il est banal et ruineux, en attendant qu'il disparaisse complètement.
On a beaucoup écrit sur l'histoire de l'architecture, mais il
manque en général à ces études, dont certaines sont remarquables à plus d'un titre, Tesprit d'analyse et de critique qui conduit à la comparaison des diverses époques entre elles et particulièrement avec l'époque contemporaine qui, de ce fait, ne profite pas de l'expérience acquise. En outre on y trouve une abondance de documents fort utiles à l'historien, mais qui trouble et rebute le lecteur non préparé, au lieu de diriger sa pensée et ses recherches.
Aussi dans le présent volume ai-je réduit intentionnellement au minimum le nombre des exemples, me bornant à présenter ceux nécessaires au développement de ma thèse et permettant de distinguer, entre les diverses périodes de l'art, celles qui ont été créatrices de celles qui ont été ahmentées uniquement par l'imitation. Les premières seules nous sont utiles, les autres nous détournent du vrai chemin dans lequel il faut nous engager. La vérité à cet égard saute aux yeux de quiconque prend la peine d'observer sans parti-pris.
En tout cas j'espère mettre ici en pleine lumière la puissance de la doctrine rationahste dont VioUet-le-Duc a démontré l'application constante dans l'antiquité et le moyen âge. En revenant aux méthodes de composition faites avec le bon sens, la logique et la sincérité, nous pourrons lutter contre la routine et l'entraînement irréfléchi qui arrêtent tout développement dans le sens moderne.
J'ajouterai qu'ainsi chents et professionnels arriveront aussi à se faire une idée de l'architecture, autre que celle imprécise et superficielle qui est à l'ordre du jour.
Cet art n'est pas uniquement celui de bâtir et de décorer les édifices suivant la définition incomplète, inexacte et insuffisante des dictionnaires. Cette définition est incomplète en ce sens
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qu'elle liinilc aux bâliiiiciUs le domaine de rarehilecUire, tandis que celui-ci, bien plus vaste, s'étend à toutes les œuvres créées par l'homme, suivant des programmes déterminés, et réalisés par la matière, quelle qu'elle soit. Les objets mobiliers et les ustensiles utiles à la vie tout partie de l'architecture, car ils sont conçus et exécutés suivant une même méthode que les pal;|iis et les habitations. Aussi est-il singulier de les ranger à part, sous l'épithéte d'arts décoratifs et d'établir ainsi une scission entre ceux qui, en somme, ont un but commun et qui n'ont pas dés lors le bénéfice d'une concentration de leurs efforts, à laquelle est dû cependant tout ce que nous admirons dans le passé.
D'autre part la définition en question ne donne aucune idée du rôle de la conception dans la composition des œuvres d'architecture, ni du mécanisme intellectuel qu'elle exige ; il semblerait que tout y est dû à des accumulations de matériaux qu'il s'agit, indépendamment de la structure, de revêtir d'ornements décoratifs. C'est bien ainsi, il est vrai, que presque généralement depuis trois siècles, on procède, mais il n'en a pas toujours été de même. En revenant au rationahsme, nous devons devenir créateurs à notre tour. L'évolution et la transformation peuvent-elles se produire uniquement sous l'action du raisonnement et de la science? Peut-être, s'il est possible d'oubher dans le passé la tradition des formes pour n'y voir que celle des principes.
Si une doctrine aussi rigoureuse ne peut être appHquée, dans la pratique, étant donné le manque actuel de direction, elle devrait tout au moins l'être dans l'enseignement, où il faudrait à tout prix renoncer à éduquer les jeunes dans la routine du plagiat, les mettre résolument en face des nécessités présentes.
ainsi que des difficultés qui les attendent, et leur fournir, pour les aborder, les armes nécessaires. Elevés à l'école de la raison, ils sauraient plus tard discerner et éviter les écueils vers lesquels ils sont actuellement poussés, faute d'une direction précise et sûre.
Quoi qu'il en soit, de quelque façon qu'on s'y prenne, la connaissance sérieuse et éclairée du passé est indispensable. C'est pour aider, dans ma modeste part, à cette vulgarisation analytique que je lui ai consacré la première partie de cet ouvrage qui n'est ni une histoire de l'architecture, ni un cours de construction, mais une étude raisonnée et comparative, basée sur tous les éléments nécessaires, — permettant, je l'espère, même aux non professionnels de se rendre compte de ce qu'a été l'architecture depuis l'antiquité jusqu'à nos jours.
La seconde partie est consacrée au dix-neuvième siècle et au commencement du vingtième siècle, envisagés dans leurs édifices, dans leurs exigences et leurs ressources nouvelles, enfin au point de vue didactique et technique.
Peut-être m'accusera-t-on d'être pessimiste. Tel n'est pas cependant mon sentiment. On se trornperait, en tout cas, si on voyait dans ce travail une pensée qui ne soit pas le résultat d'une conviction faite de longue date, partagée par les nombreux partisans de réformes, réclamées depuis longtemps, dont ils attendent la réafisation avec une patience et une confiance que soutiennent des convictions inébranlables et l'espoir en un avenir meilleur pour l'art.
De quelle nature sont ces réformes, quelle influence doiventelles avoir sur l'évolution qui s'impose aujourd'hui; de qui dépend leur réahsation et pourquoi ce sujet est-il une cause de
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division entre les architectes ? Telles sont les questions que, sans parti pris et uniquement en vue d'un intérêt général (social et professionnel), j'examine dans la seconde partie de ce livre, consacrée à l'époque contemporaine.