CHŒURS AVEC CHAPELLES RAYONNANTES 1S
à Constantinople, dans laquelle Constantin se fit enterrer et qui devait sans doute son plan cruciforme à ce qu'elle avait elle-même une destination funéraire ' ; ou encore l'église construite à Milan par saint Ambroise - à son retour du concile de Constantinople (382), qui fut d'abord consacrée aux Saints Apôtres, comme son prototype byzantin, et qui prit le nom de San Nazario Grande depuis que les reliques de saint Nazaire y eurent été transportées. Mais s'il a existé longtemps avant Charlemagne des églises cruciformes ou des églises munies d'absides aux deux bouts de la nef, les monuments présentant ces particularités ont été, jusqu'au LX"^ siècle, des exceptions, tandis que depuis lors ils sont devenus assez nombreux, principalement dans le nord de la Gaule et dans les provinces germaniques de l'empire de Charlemagne, pour qu'on soit autorisé à considérer le plan cruciforme et le redoublement de l'abside comme un des traits de l'architecture carolingienne.
On rencontre dans quelques monuments carolingiens une autre innovation qui consiste à entourer l'abside d'un collatéral, qu'on appelait carolle dans le français du moyen âge, et que beaucoup d'archéologues appellent à tort déambulatoire, et à garnir ce collatéral d'absidioles rayonnant autour du sanctuaire. La vogue de cette disposition a été immense, elle a duré pendant plusieurs siècles, et à l'époque même où la réaction contre l'art du moyen âge était la plus violente, on continuait à bâtir des églises, comme Saint-Sulpice à Paris, dont le plan présente ce trait caractéristique. Il est donc intéressant de rechercher où et quand on a eu la première idée de ces sanctuaires avec collatéral et absidioles rayonnantes.
Le premier auteur français qui ait étudié le problème est Alfred Ramé ' ; ses recherches l'ont conduit à fixer à l'époque carolingienne l'invention de ce plan. Il cite trois exemples à l'appui de cette opinion : l'église de la Couture au Mans, dont le chœur, en partie conservé, remonte aux dernières années du x^ siècle; la cathédrale de la même ville, rebâtie par l'évêque Aldric en 834; enfin la crypte de Saint-Aignan à Orléans, qui aurait été construite par Charlemagne en 812.
Certains érudits ont été plus loin. J'ai déjà dit que des fouilles très complètes ont fait découvrir sur l'emplacement de Saint-Martin de Tours les restes d'une église à chapelles rayonnantes (fig. 163), qu'on a voulu identifier avec la célèbre basilique élevée au v^ siècle par saint Perpet. Mais cette identification est insoutenable, et l'on n'y eût sans doute jamais songé si Quicherat, trompé sur le sens ou l'âge de deux ou trois anciens témoignages, n'avait, dans un essai de restitution publié plusieurs années avant ces fouilles, supposé que la basilique de saint Perpet avait eu une abside entourée d'un collatéral sans chapelles +. Or il est aujourd'hui
I . Il n'est pas absolument sur que cette église beaux antiques affectaient ce plan (Kahn, Ueier
ait été cruciforme avant sa reconstruction par d. Urspruiig und. d. Eiitiuickelung d. christl. Ceii-
Justinien. M. Th. Reinach a montré que les tral und Kuppelbaues, p. 169). textes anciens ne concordent pas à cet égard 2. Fenz, Mon. Germ. hist., SS.,t.'VU.I, p. 40.
(Revue des études grecques, 1896, p. 93). Je me 5. Bull, mon., t. XXVI (1860), p. 87 et s.
range néanmoins à l'opinion commune, qui est 4. Revue arclml., nouv. s., t. XIX (1869) et
d'autant plus plausible que beaucoup de tom- t. XX (1870). — Cf Mélanges, p. 41 et s.
Ibb CARACTERES PARTICULIERS DES EGLISES CAROLINGIENNES
certain que l'abside de cette église ne différait par aucun trait essentiel du type ordinaire des basiliques romaines et que l'édifice avec chapelles rayonnantes, que les fouilles ont exhumé, fut élevé au début du x'^ siècle, après la dernière incursion des Normands sur le territoire tourangeau '.
Ainsi rajeunie de plus de quatre siècles, l'église Saint-Martin de Tours n'en fournit pas moins le plus ancien exemple actuellement connu d'église à collatéral garni
— Saint-Martin de Tours Plan des fouilles
de chapelles rayonnantes. Ramé s'est, en effet, trompé en attribuant à Charlemagne la crypte de Saint-Aignan d'Orléans, car on a vu plus haut que cette crypte est formée de deux parties bien distinctes, dont l'une, celle de l'ouest, peut être carolingienne ^, mais dont l'autre, celle précisément où se trouvent les chapelles rayonnantes (fig. 164), a été refaite et agrandie au début du xi" siècle '.
Quant à la cathédrale du Mans, elle n'avait pas davantage au ix= siècle le plan que lui a prêté Ramé. Celui-ci, en effet, a fondé son hypothèse sur un passage des Actes des évêques du Mans où il est dit que l'évêque Aldric entoura la cathédrale de déambulatoires dans lesquels il plaça cinq autels. Mais Ramé s'est mépris, comme beau-
1 . Voir l'étude critique que j'ai consacrée à Charlemagne, et j'ignore sur quoi l'abbé Croscet édifice dans les Mém. de l'Acad. des Inscr. et nier s'est appuyé pour la dater de l'an 812 (Bull. Belles-lettres, t. XXXIV, ir"; part., p. i et s. mon., t. XXII, p. 139).
2. Toutefois rien ne prouve qu'elle remonte à 3. Voir ci-dessus, p. 161.