‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 114 sur 377 · CHŒURS AVEC CHAPELLES RAYONNANTES · texte numérisé non relu

CHŒURS AVEC CHAPELLES RAYONNANTES

analogues à celles que l'on voit à l'église de Prata près Avellino (fig. i66), construction de basse époque dont la date doit se rapprocher plutôt du xi'^ siècle que du VI' ou vu'-" '. Tout cela, on le voit, n'a qu'une bien vague ressemblance avec la disposition qui nous occupe.

Au surplus, à toutes les époques, des besoins semblables ont pu inspirer des dispositions de même nature sans qu'il y ait eu iiliation ou influence directe. Or des différences trop profondes distinguent les exemples précités des sanctuaires à chapelles rayonnantes des

époques carolingienne ou KK;'? ^ !„;,,. ;.,;.;;;; ■;/ romane pour qu'il y ait lieu d'admettre une influence des uns sur les autres. Il est infinipient plus naturel de supposer que l'idée de la carolle est venue insensiblement aux constructeurs du moyen âge par suite du développement donné au choeur de leurs églises et que c'est dans quelque sanctuaire, comme Saint- Martin de Tours, où le tombeau d'un saint illustre attirait de grandes masses de pèlerins, que l'on en a eu la première idée.

L'examen du plan de Saint-Gall nous révèle deux autres innovations qui ne sont guère moins importantes : L'une est la présence auprès de la confession d'une crypte voûtée qui l'entoure et qui semble s'étendre sous le sanctuaire de l'église. L'autre est l'existence, en avant de l'église, du côté de l'entrée, de deux tours ou clochers de forme ronde.

On objectera peut-être que ce ne sont pas là des innovations dues aux architectes carolingiens, car on possède des cryptes antérieures au ix' siècle - et il est fort possible que certains clochers ronds, comme celui de Sant' Apollinare in Classe à Ravenne (fig. 14), soient également plus vieux que le plan de Saint-Gall. Mais ce qui constitue l'originalité du plan carolingien, ce n'est pas l'emploi accidentel de l'un de ces éléments, c'est leur adaptation systématique et préconçue. Or il existe des cryptes dans la plupart des édifices du ix"" et du x'= siècle que j'ai cités plus haut; et l'usage des tours rondes s'est conservé jusqu'en plein xn"" siècle dans la partie de l'empire de Charlemagne qui, de l'aveu de tous, est restée le plus longtemps

Fig. 166. — Prata, plan de l'abside, d'après Berteaux.

I. M. Berteaux,quienadonnéuncroquis(Z.'n;-/ dans un collatéral, mais dans une grande grotte. dans r Italie mérid., t. I, p. 85), la classe entre 2. Celles de Jouarre et de Saint-Laurent de le vue et le x^ siècle. Ces baies ne donnent pas Grenoble, par exemple.

190 CARACTERES PARTICULIERS DES EGLISES CAROLINGIENNES

fidèle aux traditions carolingiennes, je veux parler des grandes villes des bords du Rhin et de la région soumise à leur influence artistique '.

Les églises carolingiennes, comme celles des siècles précédents, étaient généralement couvertes de charpentes apparentes ou de lambris en bois peint et doré. Il n'5' avait de voûtes que sur les absides. Je crois cependant qu'au x^ siècle, peut-être même antérieurement, plus d'une tentative a été faite pour étendre les voûtes à d'autres parties de l'église ^. Mais les textes qui en parlent sont si peu nombreux et si peu précis qu'il est difficile de savoir si ces tentatives s'étendaient à l'église entière ou seulement aux parties les plus voisines de l'autel, comme le chœur =. Cette seconde hypothèse est la plus vraisemblable. Cependant il y a eu des essais plus complets et qui s'étendaient à d'autres parties de l'église que le sanctuaire. Ainsi l'octogone d'Aixla-Chapelle avait sa partie centrale couverte d'une coupole, et le collatéral qui l'entoure avait des voûtes d'arêtes. L'église de Germigny-des-Prés a conservé jusqu'à nos jours, sur ses quatre bras, des voûtes en berceau qui semblent bien être originales, et quand on la restaura, vers 1870, on retrouva les amorces de la coupole qui en couvrait primitivement la partie centrale. Il y a même eu, au ix^ siècle, des chapelles ou de petites basiliques entièrement voûtées, mais qui n'avaient probablement pas de bas-côtés -t.

Il est donc certain que les Carolingiens ont connu l'usage des voûtes. Ils ont surtout pratiqué le cul-de-four, mais ils ont aussi fait des voûtes d'arêtes, et presque toutes les cryptes de cette époque nous en ont conservé des spécimens. Ces voûtes ne devaient être employées que dans les parties de la construction dont la hauteur était médiocre et la surface peu étendue. C'est-à-dire qu'on a dû bien rarement en placer sur la nef, cependant il serait téméraire d'affirmer qu'on n'a jamais tenté de le faire, car nous possédons un ou deux textes formels qui nous permettent d'affirmer qu'au X' siècle, en Occident, on a parfois mis des voûtes ailleurs qu'à l'abside ou au sanctuaire. Ainsi le chroniqueur Richer nous apprend qu'un quart de la cathédrale de Reims, agrandie en 976, était voûté, et il nous dit expressément que

1. Notamment à Hersfeld (fig. 148), Michel- est fait mention d'un « tegniine supervoluto » stadt (fig. 150), Werden (fig. 149), Ingelheim {Ib., p. 19), et d'une église ayant « ex utraque (Dehio, pi. 42, 6), Saint-Philbert-de-Grandlieu, parte supervolutis tectis » (Ib., p. 45). Flavigny, etc. 3. L'église de Remiremont avait, au début du

2. Dans la Vie de saint Didier, évêque de x<; siècle, une voûte qui ne couvrait pas seule- Cahors (de 630 à 655), qui sous sa forme ment l'abside, et le chroniqueur qui nous l'apactuelle paraît remonter à la seconde moitié du prend parle d'un camerae umbilicns qui semble règne de Charlemagne, on rencontre plusieurs indiquer une coupole sur le. carré du transept fois le mot volutio qu'il faut peut-être traduire (voir dans Schlosser, p. 246, les extraits de la par voûte. Ainsi il est question (éd. Poupardin, TranslatioS. Adelphi ahb.Roniaric,c. 13, 14, 15). p. 18) d'un oratoire « miro opère miraque volu- 4. Il y en avait une de ce genre à Chasseneuil tione constratum ». Plus loin il est dit que saint (Mirac. S. Bened., c. 8). Peut-être faut-il ranger Didier fut enterré « sub dextri lateris basilicae dans la même catégorie les deux oratoires volutione » (//>., p. 22). On parle encore de la annexés, au x' siècle, à la- cathédrale d'Auxerre K basilicarum miranda altitudine ac volucionum (Chron. episc. Aiitiss., dans Quicherat, Mélanges, ambienda pulcritudine » (//'., p. 38). Ailleurs il p. 133).

VOllTES 191

la partie voûtée était près de l'entrée '. Nous savons qu'en 977 fut consacrée, à Ripoll en Catalogne, ville relevant alors des rois francs, une église voûtée -.

Mais les essais de ce genre ont dû être peu nombreux, ne serait-ce qu'à cause de

K. Preuss. Messbildanstait.

Fig. 167, — Aix-la-ChapelIc. Vue intérieure.

la difficulté qu'il y avait à les mener à bonne fin, et des échecs auxquels s'exposaient les architectes assez hardis pour les tenter.

Il est donc incontestable que la très grande majorité des églises carolingiennes ont été, comme celles des âges précédents, couvertes en bois. Aussi pouvait-on sans imprudence en garnir la nef de tribunes. Les documents écrits en mentionnent à

I. « Hic (Adalbero episcopus) struc- tiiculo et digniore' sceniate tot.i aecclesia decorata

turis aecclesiae suae plurimum studuit. Fornices est .. (Richeri, Hisl., lib. III, c. 22). J'ai com-

enim qui ab aecclesiae introitu per quartam pêne mente ce texte dans les Comptes rendus de VAcad.

totius basilicae parteni, eminenti structura disten- des Iiiscript., 1909, p. 228 et s.

deb.intur, penitus diruit unde et arapliore recep- 2. Marca hispan., app. 123.

ig:

CARACTÈRES PARTICULIERS DES ÉGLISES CAROLINGIENNES

l'église de Saint-Riquier et à la cathédrale du Mans ; il y en avait dans la plupart des églises du type d'Aix-la-Chapelle (fig. 167), Mettlach (%. 131), Ottmarsheim (hg. 168); et plusieurs églises remontant au x= siècle, comme celles de Saint-Pierre à Jumièges (fig. 137), de Montiérender (fig. 144), de la Couture au Mans, etc., ont conservé partie au moins de leurs tribunes primitives.

Ces tribunes n'avaient sans doute pas l'élégance de celles qu'ont possédées les basiliques des premiers siècles. Les arcs qui les faisaient communiquer avec la nef reposaient sur de massifs piliers qui ressemblaient beaucoup, comme proportions et comme forme, à ceux qu'employèrent les constructeurs du xi" siècle. Ces arcs étaient le plus souvent groupés deux à deux sous un arc de décharge, et leur

Page 1