FENÊTRES
retombée commune était portée sur une colonnctte surmontée d'un gros chapiteau (Jumièges, Montiérender, la Couture). Ils pouvaient aussi être groupés par trois, et cette disposition, très employée à l'époque romane, a probablement son origine dans ces grandes baies byzantines à remplage intérieur, que les constructeurs d'Aixla-Chapelle (fig. 167) ou d'Ottmarsheim (fig. 168) ont grossièrement copiées.
C'est par des fenêtres percées dans les parties hautes de la nef que les églises carolingiennes étaient éclairées ; il y en avait aussi à l'abside et dans les bas-côtés, quand la disposition des lieux le permettait.
Mais les églises étant souvent entourées de constructions diverses accolées à leurs murs, il n'était pas toujours possible d'ouvrir des fenêtres dans les parties basses du monument.
L'opinion commune veut que ces fenêtres aient été fort petites ; la plupart de celles que nous possédons se voient, en effet, dans des édifices ruraux rebâtis au x'= siècle, c'està-dire à une époque de troubles où les églises servaient souvent de lieu de refuge aux populations, et l'on comprend que des ouvertures de large dimension auraient enlevé à ces édifices toute valeur défensive. Même fait se produisit beaucoup plus tard, lorsqu'au cours des ravages occasionnés par la guerre de Cent ans on recommença à faire de beaucoup d'églises rurales de petites forteresses. Mais dans les villes, et dans les grands monastères qui possédaient d'autres moyens de défense, on ne craignait pas d'ouvrir des fenêtres assez larges, et l'on en voit à la Couture du Mans (fig. 169), à la Basse-Œuvre de Beauvais (fig. 146), à Saint-Généroux (fig. 135), à Suèvres, à Saint-Philbert de Grandlieu,
Lastevrie. — Architecture romane. 13
G. EiiUrt ph.
. — Le Mans. Éfflise de l:i Couture.
CARACTÈRES PARTICULIERS DES ÉGLISES CAROLINGIENNES
dont les proportions ne sont pas sensiblement différentes de celles des fenêtres des anciennes basiliques.
Les fenêtres étaient vitrées, et des témoignages précis nous prouvent que les verriers de notre pays jouissaient dès lors d'une grande réputation. Non seulement
ils savaient teindre le verre de diverses couleurs ' , mais ils savaient avec ces verres colorés composer de véritables tableaux, et la peinture sur verre a prêté son éclat à plus d'une de ces églises que l'on se figure dénuées de tout ornement.
Ainsi la cathédrale de Reims possédait des vitraux à personnages au x"^ siècle ^, et l'église Saint-Bénigne de Dijon en avait un représentant sainte Paschasie à une date peut-être plus ancienne encore '.
Quand le climat le permettait, on se servait aussi pour clore les fenêtres de dalles ajourées comme dans les anciennes basiliques. On en a retrouvé quelques spécimens en Italie, par exemple à Venise "t, à Santa Maria in Via lata à Rome s, et au baptistère d'Albenga près de Savone. Ce dernier en présente quatre modèles différents, qui ne sont peut-être pas tous contemporains, mais dont les plus jeunes ne doivent pas être postérieurs au début du ix' siècle (fig. 170 et 171).
Les églises rurales étaient pour la plupart trop pauvres pour avoir reçu grande décoration. 11 en était de même de celles qui appartenaient aux édifices monastiques ruinés par les Normands ou par les guerres qui ravagèrent la France au x"" siècle.
Fig. 170. — Baptistère d'Albenga. Clôture de fenêtre.
I. M. Pilloy a retrouvé dans une fouille, à Sézy-les-Mézières , quelques débris d'un petit vitrail représentant une croix à branches égales, qu'il attribue au ix^ siècle. Si cette attribution est exacte, ce serait le plus ancien exemple existant d'un vitrail formé de petits fragments de verre enchâssés dans des- lamelles de plomb (BuU. mon., t. LXXIV, p. 16, pi. en couL).