Cattaneo, fig
CHAPITEAUX
ce chapiteau tait corps avec la partie de la crypte que tout le monde juge antérieure à l'an mille. Je suis convaincu qu'il en existe beaucoup d'autres dont on a méconnu la vraie date. On a pris, en effet, l'habitude d'attribuer en bloc au xi'= siècle toutes les figurations de ce genre, sans prendre garde que l'art roman n'est pas né brusquement en l'an mille, que les traits qui le caractérisent ont dû se former graduellement, et que notre ignorance nous fait prendre pour des inventions du xi''
77. — Codex aureus de Saiiit-Hmmeran de Ra Bibl. de Munich, ms. lat. 14000, fol. 11.
OU du xii^ siècle bien des détails plus anciens que les artistes de cette époque n'ont fait qu'imiter et transformer. C'est le cas des chapiteaux à figures. Les miniatures carolingiennes nous en présentent des modèles assez variés. Les uns étaient ornés de têtes d'animaux ou d'oiseaux (fig. 179) remplaçant les volutes d'angle; les autres étaient ornés d'animaux mêlés à des feuillages (fig. 180); d'autres enfin offraient des représentations de figures humaines (fig. 181).
Le fût des colonnes a dû être parfois couvert de feuillages ou de rinceaux entre-
CARACTERES PARTICULIERS DES EGLISES CAROLINGIENNES
mêlés d'animaux^ comme le xii'= siècle en a laissé de si charmants spécimens au
portail royal de Chartres. Un des plus beaux manuscrits de Saint-Gall a reproduit des
fûts de ce genre (iîg. 182). D'autres fûts étaient peints, et une des miniatures que je donne ici (fig. 177) montre que l'on se servait de patrons différant peu de ceux qu'employaient au xii"^ siècle les décorateurs des colonnes de Saint-Savin en Poitou.
Quant aux bases, elles offraient non moins d'analogie avec celles de l'époque romane. Les manuscrits nous les montrent le plus souvent imitées de la base attique (fig. 175, 177), mais il y a aussi d'autres types moins élégants qui font présager les plus vilains modèles du xi^ siècle. Il y avait encore des bases en forme de chapiteaux renversés, ou de dés de pierre ornés de figures
d'hommes ou d'animaux (fig. 180). Les artistes carolingiens ont même dû connaître
ces fantaisies étranges dont quelques églises romanes offrent des exemples, ainsi
des colonnes portées en guise de base par deux homiTies pliant sous leur poids
(Oloron), ou posées sur le dos d'un lion (Saint-Gilles), ou sur le dos d'un
monstre dévorant un homme (Coire), etc. Un manuscrit
du IX' siècle, de la bibliothèque d'Angers, contient une
dizaine au moins de bizarreries de cet ordre, qui montrent
assez que l'imagination des artistes obéissait dès lors aux
mêmes courants que celle de leurs successeurs de l'époque
romane.
Toutefois les chapiteaux et les bases ornés de figures
étaient exceptionnels, et l'on doit d'autant moins s'étonner
de leur disparition qu'ils étaient vraisemblablement fort
mal exécutés et que les âges postérieurs les auront trouvés
indignes d'être conser\'és.
Il ne semble pas, en effet, que le grand mouvement de renaissance dû au génie
de Charlemagne ait eu sur la sculpture sur pierre autant d'effet que sur les autres
arts. Les échantillons que l'on en a recueillis à Narbonne (fig. 183), à Carpentras
(fig. 184), à Charlieu (fig. 185), à Angers (fig. i8é), sont misérables. Ceux que
Neurdein ph.
Saint-Aignan. Chapiteau de la crypte.
Fig. 179. — Évangéliaire de
François II.
Bibl. nat., ms. lat. 257,
fol. 7 v°.