C. Lulart pli
— Saint-Remi de Reims.
auteur qui ait étudié la question, Rivoira % s'est refusé à admettre l'origine byzantine du style que Cattaneo appelle italo-byzantin. Mais il est tombé dans une autre erreur, car il en attribue l'invention exclusive aux artistes du nord de l'Italie, à ces magisiri comacini, dont il est question dans les lois lombardes du roi Rotaris (636-
I. Cf. les fig. 141 à 144 de Cattaneo avec 2. Rivoira, OnV. ,/,//' architettiira lomhanU,
ses fig. 147 à 151. I.^ p, jçç, gj5 ' .
CARACTERES PARTICULTERS DES EGUSES CAROEINGIENNES
652), t't dans lesquels on a voulu voir une puissante association de maîtres habiles
formée dans la ville de Come d'où elle aurait rayonné sur toute l'Italie et jusqu'en Gaule et en Espagne '. Or il y a dans ce qu'on nous raconte de ces viûgisiri conwchn une grande part de légendes provenant d'une feusse interprétation du mot coiiiaciniis. On a \'oulu en taire un ethnique
dans les textes du moyen âge exclut cette hypothèse. Le mot roiiiacinus est, en réalité, un nom commun servant .à désigner les corporations de maçons, en quelque ville qu'elles existassent, rien n'autorise à croire qu'il y en ait eu à Come qui aient inventé un mode de construction ou un stvle de décoration particulier.
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Fig. 208. — Venise. Saint-iMarc dei P.irtecipazi, d'après Calt.Tiieo.
La vérité est que les barbares qui envahirent l'empire romain, et tout particulièrement ceux qui s'emparèrent des Gaules et du nord de l'Italie, Francs, Bur-
I. Rivoira, t. I, p, 127 et s. Cf. Merzario, I iiiacstri coniaciiii.
untki;lacs
pondes, Wisigoths, Lombards, avaient un art qui leur était propre et dont l'élément essentiel était Tentrelac. Il nous en est resté des preuves innombrables dans les dessins dont ils couvraient leurs bijoux, leurs armes, leurs plaques de ceinturon. C'est surtout dans les pays occupés jadis par des peuples de race celtique, c'est-à-dire en Gaule, en Angleterre, en Irlande et dans l'Italie du Nord que le goût pour les entrelacs prit un développement extraordinaire du viii'^ au x^ siècle. Or ce sont précisément les pays sur lesquels Pépin et Charlemagne étendirent leur domination, ou avec lesquels les Francs carolingiens entretinrent les relations intellectuelles et artistiques les plus suivies. Dans toute cette vaste région, l'entrelac est devenu à cette époque l'élément décoratif par excellence. Il n'est plus
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G. Eiilartph,
Vienne. Fragments de
confiné aux armes et aux bijoux, il a envahi les peintures des manuscrits, les objets d'orfèvrerie, les ivoires et les monuments d'architecture '. Ce style ne doit donc
I. Notons que les quelques œuvres de ce style tel encore le ciborium de Valpolicella qui lut
qui sont signées portent des noms latins. Tel signé par Ursus, Juventinus et Jovianus (Ibid.,
est ce puits de la fin du viiF siècle conservé p. 79). Personne, je pense, ne saurait adhérer aux
à Saint-Jean de la Porte Latine à Rome dont arguments invoqués par Cattaneo pour soutenir
Tauteur s'appelait Stephanus (Cattaneo, p. 162) ; qu'Ursus pouvait être grec malgré son nom.
CARACTERES PARTICULIERS DES EGLISES CAROLINGIENNES
être appelé ni italo-byzantin, ni lombard ; il faut le désigner sous le nom de style barbare, car il s'est spontanément développé dans les pays comme la France et le
Fig. 211. — Le Puy. Musée. Fragments carolingiens.
nord de l'Italie où les Barbares de race germanique ont fondé leurs royaumes les plus florissants, ou sous le nom de style carolingien, car il est arrivé à son apogée à l'époque carolingienne et a pénétré dans tous les pays où la dynastie carolingienne
Fig '> -j — Arles Musée
a établi son pouvoir ou exercé son influence. C'est ainsi que de la vallée du Pô, où nous le trouvons en grande faveur au viii= siècle, sous les derniers rois Lombards, cet art s'est répandu jusqu'à Rome à la suite des conquêtes de Pépin et de
ENTRELACS
Charlemagne, et sous l'influence des artistes que puissants protecteurs '.
Au contraire dans les régions de l'Italie méridionale où la domination b^'zantine a été plus durable, la rareté des monuments empreints de ce style est en raison directe de la durée de cette domination.
Et si nous trouvons jusque dans les provinces illyriennes, à Cattaro ^, et à Zara des spécimens de cet art datés de 809 et de 812, c'est qu'à cette date précisément ces provinces étaient des dépendances de l'empire de Charlemagne qui s'en était emparé en 804 et en rétrocéda une partie 1 à l'empire de Byzance en 812. Or on peut d'autant moins contester ici l'influence des Francs que nous avons le témoignage formel de Fortunatus, patriarche de Grado, qui nous apprend qu'il avait fait recouvrir sa cathédrale aux frais de Charlemagne, et fait venir des artistes francs pour en restaurer le baptistère qui tombait en ruines >.
Mais c'est trop insister peut-être sur ce genre de décoration, car ce n'est pas à la sculpture que les églises carolingiennes empruntaient surtout
Labande pli.
Fig. 215. — Apt. Fragment dans la crypte.
Fig. 214. — Angers. Saint-Martin.
Comm. de M. l'abbé Pinier.
leur éclat. La peinture et la mosaïque y jouaient un rôle bien plus important. Beaucoup d'églises devaient être entièrement peintes, depuis la base des piliers jusqu'au sommet de la nef et c'est ce qui explique que les chroniqueurs aient pu parler avec une admiration sincère et probablement méritée d'édifices qui nous paraissent singulièrement pauvres et nus aujourd'hui que le
1. Epist. Adriani papas no 61, dans Duchesne, 5. « Feci venire magistros de Francia ». (Coifev Hisl. Franc. Script., t. Ill, p. 780. Trtvis., dans Ughelli, Itaha sacra, t. V, col.