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Germigny-des-Prés. Mosaïques de l'.ibside

Enfin la décoration intérieure des églises carolingiennes était complétée par des tentures que l'on suspendait à l'arc triomphal et aux arcades de la nef. C'étaient de riches étoffes de soie parfois rehaussées de pierreries. On y voyait souvent représentées, à l'aide de broderies ou de peintures, des scènes de la vie du Christ. Le Liber pontificalis nous a conser\-é de précieux renseignements sur les tentures qui ornaient les églises de Rome au ix^ siècle. Le manque de documents ne nous permet pas d'affirmer que pareil luxe ait été déployé dans les églises des Gaules. Il est à croire cependant que les riches abbaj^es et les grands centres de pèlerinage rivalisaient à cet égard avec les églises de Rome, car dans les motifs d'architecture figurés dans les manuscrits carolingiens, nous voj^ons fréquemment des voiles de couleurs diverses suspendus aux arcades ou relevés autour des colonnes.

On traitait souvent les accessoires nécessaires au culte avec plus de luxe que le monument lui-même. Ainsi nombre d'autels étaient garnis par-devant ou même sur tout leur pourtour de plaques d'orfèvrerie d'un grand prix. L'autel majeur de

Fig. 221. — R^îvenne. Ciborium carolingien à Sant'Apolinare in Classe.

Saint-Ambroise de Milan conserve encore un admirable parement d'or enrichi d'émaux et de pierreries dont l'avait orné l'archevêque Angilbert au i.k" siècle '. Cette œuvre incomparable est signée et le nom de son auteur, Wolvinus, montre

I. La face antérieure de ce merveilleux monu- représenté lui-même dans un médaillon qui a été ment est reproduite dans l'Hisl. de l'art reproduit par F. de Lasteyrie, iîîV/. ic /'o//iV«n«, d'André Michel, t. I, fig. 449 ; l'artiste s'est fig. 22.

CARACTERES PARTICULIERS DES EGLISES CAROLINGIENNES

qu'il y avait alors parmi les peuples d'origine germanique de vrais artistes qui avaient su s'assimiler les procédés des byzantins et pouvaient presque rivaliser d'habileté avec leurs maîtres.

La France proprement dite possédait, elle aussi, des œuvres de ce genre et l'on a peine à imaginer le luxe déployé dans certaines de nos cathédrales ou de nos riches monastères. Ainsi les documents qui décrivent l'abbaye de Saint-Riquier, telle qu'elle était avant les invasions normandes, contiennent un long catalogue de parements d'autel en or et en argent, de ciborium en matière précieuse, de colonnes de bronze supportant des arcades d'or et d'argent auxquelles étaient suspendus des couronnes ou des vases de même métal '. Toutes ces richesses malheureusement ont disparu depuis bien des siècles.

Les églises moins fortunées se contentaient d'autels en marbre, comme celui dont la table est fixée au mur d'une chapelle dans la cathédrale de Rodez -, ou tout simplement en pierre.

L'usage de surmonter l'autel d'un ciborium était encore très répandu au ix"" siècle; mais il semble avoir passé de mode en France plus vite qu'en Italie, où, à vrai dire, il ne s'est jamais perdu, car le fameux baldaquin qui surmonte depuis le xvi"^ siècle le maltre-autel de Saint-Pierre de Rome, n'est qu'un ciborium transformé... ou dénaturé. On possède quelques exemples de ciborium carolingiens en Italie. Un des plus curieux est celui qui se dresse à l'extrémité du bas-côté nord de Sant'Apollinare in Classe (fîg. 221), et qui fut exécuté sous le pontificat de l'archevêque ^'alerius (8oé-8i6).

Le sanctuaire était séparé du reste de l'église par des chancels formés de panneaux sculptés encastrés dans des montants surmontés parfois de colonnettes (fig. 222). La plupart des fragments qu'on a vus ci-dessus ont appartenu à des chancels. Parfois le chœur était entouré d'une clôture plus monumentale. Ainsi à Saint- Riquier il était précédé d'une colonnade élevée en travers de l'église et supportant

Fig. 222. — Rome. Santa Maria in Cosmedin, d'après G. T. Rivoira.

I . Sclilosser, SchiiflqiieUen, 1105 ^82 et s. Cf. dans le t. IV de la Picardie monumenlale. l'étude sur Saint-Riquier publiée par M. Durand 2. Caumont, Abccédaire, p. i^:), fig.

une poutre richement décorée sur laquelle on pouvait exposer les chasses contenant les reliques que possédait l'abbaye '.

Notons encore parmi les accessoires que l'on pouvait rencontrer dans les églises la cathedra entourée de sièges destinés au clergé, l'ambon pour la prédication, et

Fig. 225. — Romaiiimotier. Devant d'ambon. Coinm. de M. Naef.

parfois des pupitres en marbre pour la lecture des livres saints. De tout cela nos églises de la Gaule n'ont rien conservé; mais on peut se faire une idée de ce qu'était une cathedra carolingienne en étudiant celles que possèdent les églises de Saint-Ambroise de Milan - ou de Grado >. Quant aux ambons, on en a récem-

I. Angilberti, De ('â7. Cenliitensi tit'cttiis. c, 2 (Sclilosser, p. 256).

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