‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 144 sur 377 · Labbe, Noi'a biU. niss. lihr., t. II, p · texte numérisé non relu

Labbe, Noi'a biU. niss. lihr., t. II, p

LHS MOINES ARTISTKS F.T LES LAÏQUES 237

moine nommé Martin qui exécuta, au siècle sui\ant, le nier\-eilleux monument élevé à Autun en l'honneur de saint Lazare '. Mais on ne saurait conclure de ces exemples que la pratique des arts fut alors l'apanage exclusif des moines.

La vérité est qu'il 3' a eu, au xi'-' et au xn'= siècle, un assez grand nombre de moines pratiquant l'architecture comme les autres arts, que beaucoup d'évêques, d'abbés et de clercs de tout ordre étaient assez instruits pour diriger les hommes du métier qu'ils faisaient travailler, pour dresser le programme qu'il s'agissait d'exécuter, pour inspirer les sculpteurs et les peintres et leur fournir les thèmes sur lesquels s'exerçait leur talent ; mais là se bornait habituellement le rôle des moines et des clercs et c'étaient des laïques qui le plus souvent étaient les exécutants. Il est difficile d'en douter si on remarque que toutes les signatures d'artistes qu'on lit sur des monuments d'architecture du xi"' et du xW siècle appartiennent à des laïques. On objectera peut-être que le nombre des monuments signés est peu considérable, cela est vrai ; mais si, comme l'a soutenu VioUet-le-Duc, « l'art ne fut pendant longtemps pratiqué que par les moines, » ou si seulement les moines artistes avaient été en nombre supérieur ou égal aux artistes laïques, il se trouverait sûrement, dans les signatures que nous possédons, quelques noms de moines. Or, je le répète, ce sont des noms de laïques que nous rencontrons même dans les constructions monastiques, tels au xi'= siècle Isembardus, qui travailla à l'église abbatiale de Bernay; Rencon, à celle de Tournus; Umbertus, à celle de Saint-Benoît-sur-Loire, et au xii^ Renoldus, dont la signature se lit dans l'église de Saint-Savin de Lavedan; Brunus, à Saint-Gilles; Gofredus, à Chauvigny; Gilabertus et Gelduinus, à Saint-Sernin de Toulouse ; Willelmus Martini, à Saint- André-le-Bas à Vienne; Constantin de Jarnac, à Saint-Etienne de Périgueux; Giraud Audebert, à Saint- Hilaire de Foussay ; Rogerus, à la cathédrale de Chartres % etc.

Enfin s'il est impossible d'exagérer l'influence exercée par les grands monastères bénédictins sur le développement de l'architecture à l'époque romane, VioUet-le- Duc s'est étrangement mépris sur la nature de cette influence quand il a écrit des phrases comme celles-ci : « Des centres comme Cluny, lorsqu'ils envoyaient leurs moines cimenteurs pour bâtir un prieuré dans un lieu plus ou moins éloigné de l'abbaye-mère, les expédiaient avec des programmes arrêtés, des recettes admises, des poncifs (qu'on nous passe le mot), dont ces architectes-clercs ne pouvaient et ne devaient s'écarter. L'architecture soumise ainsi à un régime théocratique non seulement n'admettait pas de dispositions nouvelles, mais reproduisait à peu près partout les mêmes formes sans tenter de progresser '. »

1. F. TliioUier, dans le £/(//. fl/rWo/.i/» Co//;)Vi'', vrerie signées par des moines, et le nom de 1894, p. 445 et s. l'auteur y est toujours accompagné des mots

2. M. Anthyme Saint-Paul (Viollel-le-Duc et fraler ou monachiis. Voir les pièces signées : son système archéol., p. 247) ne considère pas l'at- Frater Willelmus, Frater Guinamundus me fecit, tribution de ces signatures à des laïques comme Frater Reginaldus me fecit, Frater P. de Montval absolument certaine. Elle me paraît cependant me kc\t {Archives de l'art fraiiç., t. II, p. 476). peu douteuse, car nous avons des pièces d'orfè- 3. VioUet-le-Duc, Dicl., t. I, p. 130.

238 l'architecture religieuse a I.'ÉPOaUE ROMANE

Rien n'est plus faux, et l'on n';i p:is besoin d'entrer bien avant dans l'étude de l'architecture romane pour s'en assurer. En tait, les églises bénédictines, et particulièrement celles qui furent soumises à l'ordre de Cluny présentent une variété extrême. Il y eut d'autres ordres religieux qui cédèrent à des préoccupations du genre de celles que Viollet-le-Duc prête aux moines de Cluny, par exemple les Cisterciens, les Chartreux, les Prémontrés. Mais les Cisterciens seuls furent assez nombreux et assez puissants pour que les pratiques adoptées par eux aient eu une influence considérable sur la marche des arts.

L'ordre de Cîteaux fut fondé en 1098. Les statuts de l'ordre, réagissant contre le luxe des abbayes bénédictines, ordonnaient une excessive simplicité dans toutes les constructions, ils interdisaient les peintures, les sculptures, les objets d'or, mais ils n'imposaient aucun type spécial d'architecture. C'est seulement vers 1140 que paraît avoir prévalu le plan que les Cisterciens implantèrent successivement dans tous les pays où ils fondèrent des monastères, et dont l'église de Fontenay près Montbard (fig. 296), commencée en 1139, offre probablement le plus ancien spécimen existant '. Or, à cette date, l'architecture romane existait depuis longtemps, elle avait même commencé le mouvement d'évolution d'où allait naître l'architecture gothique ; aussi l'influence des Cisterciens a-t-elle été beaucoup plus grande sur le développement de cette dernière que sur les destinées de l'architecture romane proprement dite.

J'ai dit que le trait le plus caractéristique de l'architecture romane est l'introduction des voûtes dans les églises. Cette innovation ne se produisit pas partout en même temps, ni partout de la même manière.

Il y eut des provinces où, dès le xi"" siècle, on construisit des églises entièrement voûtées; il v en eut d'autres où, vers 1140 encore, on n'employait les voûtes qu'avec hésitation, s'en servant pour le chœur, pour les collatéraux, mais non pour la nef. On peut dire qu'en règle générale le Centre et le Midi de la France devancèrent le Nord dans l'art de construire les voûtes. La Provence, le Languedoc, l'Auvergne, la Bourgogne, le Limousin, le Poitou eurent, dès le xi= siècle, des églises entièrement voûtées, tandis qu'à la même date, dans l'Ile-de-France, la Normandie, la Champagne et toute la région comprise entre le Rhin et la mer, on s'en tenait à de timides essais sur les parties les moins élevées et les moins larges des églises, comme la crypte, le chœur ou les bas-côtés.

Enfin il y eut une grande diversité dans les genres de voûtes auxquels on eut recours, et surtout dans la façon dont on les adapta au plan traditionnel de la basilique. On peut toutefois ramener tous les systèmes de voûtes employés par les architectes romans aux trois types essentiels dont les Romains ont laissé de nombreux modèles : la voûte en berceau, la voûte d'arêtes, la coupole.

I. Voir sur les pratiques des Cisterciens en Society). Elles ont été réimprimées dans YAr-

matière d'architecture les judicieuses observations cheoJogical Journal (t. LXVI, n" 263, p. 185 et s.)

de M. John Bilson dans son étude sur l'abbaye de et analysées par M. Serbat dans le Bulletin nionu-

Kirkstall (t. XVI des publ. de la Thoresby »;<';;/,;/ de 1910 (t. LXXIV, p. 434 et s.).

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