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RENAISSANCE DE I. ARCHITECTURE

notables se voient à Alet (Aude), à Cavaillon, à Saint-Paul-Trois-Cli;iteaux, à Vaison, à Avignon, à Valence, ou dans le Sud-Ouest, à Lescar. On en trouve encore quelques-uns plus au nord, à Angoulême, à Périgueux, au Puy, à Autun. Au-dessus de la Loire, au contraire, on en chercherait vainement ; c'est qu'on est là dans la région où l'art gothique est né, et il s'}' est épanoui avec tant de vigueur que presque partout ils'est substitué à l'art roman. Aussi est-ce miracle quand les reconstructions du xiii' siècle ont laissé subsister des restes de date antérieure, comme dans les cathédrales du Mans (fig.

228), de Bayeux, d'Evreux, etc.

Les points de repère, on le voit, ne manquent pas pour l'étude de l'art roman. Mais ce n'est pas tant dans les cathédrales qu'il fout les aller chercher, que dans les églises monastiques.

La fondation de l'abbaye de Cluny, en 910, avait été le point de départ d'un mouvement de réforme qui s'étendit graduellement à la France entière. Sous la direction des hommes éminents qui présidèrent à ses destinées, l'ordre de Cluny acquit rapidement une influence prépondérante dans le monde chrétien, et une prospérité matérielle qui lui permit de contribuer à la restauration d'une foule de monastères. Son exemple eut une influence salutaire même sur les abbayes qui ne se soumirent point à son obédience, et l'ordre de Saint-Benoît témoigna d'une vitalité dont l'apogée coïncide avec le plein épanouissement de l'architecture romane. Nulle part il n'a brillé d'un plus vif éclat qu'en France, nulle part il n'a possédé un plus grand nombre d'abbayes et de prieurés, nulle part il n'a couvert le sol d'une pareille profusion d'églises remarquables.

Beaucoup de monastères avaient été établis auprès du tombeau de quelque saint fimeux et étaient devenus le centre de pèlerinages très en vogue. De là

Fig. 227. — Cathédrale de Chartres.

Parties romanes de l.i crypte.

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une affluence extraordinaire de fidèles et la nécessité de donner aux églises abba-

Fig. 228. — Cathédrale du Mans. Façade principale.

tiales des dispositions qu'on ne rencontrait guère dans les cathédrales. Celles-ci, en eftet, fondées à une époque où le culte des reliques n'avait pas encore pris le

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caractère qu'il aftccta plus tard, n'étaient point, comme beaucoup d'abbayes, d'importants centres de pèlerinages. Seule, la cathédrale de Chartres faisait exception à cet égard. Elle possédait une relique de la Vierge célèbre entre toutes, et qui attirait un tel nombre de lidèles que Fulbert en la reconstruisant dut lui donner des dimensions comparables à celles des grandes abbaj'es. Mais cet exemple à peu près unique n'infirme pas la conclusion qui se dégage de toute étude impartiale du mouvement architectural à l'époque romane. Jusqu'au milieu du xii' siècle les églises monastiques ont contribué beaucoup plus que les cathédrales au développement de l'art de bâtir, et c'est à leur nombre, à leurs proportions sans ce.sse croissantes, à la recherche et au luxe que la générosité des fidèles permettait d'apporter à leur construction, qu'est dû l'admirable essor qu'a pris l'architecture religieuse en France sous les premiers Capétiens.

Dès le début du xi'^ siècle, nous vo)'ons les abbés rivaliser de zèle pour doter leurs monastères d'églises plus amples et plus somptueuses. Mabillon, le grand historien de l'ordre de saint Benoît, a pris la peine de relever dans les chroniques et les chartes du temps les innombrables restaurations d'abbaj'es qui eurent lieu à cette époque. Il n'y a pas d'année qui n'en ait vu entreprendre ou terminer quelqu'une. Veut-on quelques exemples choisis parmi les plus illustres, c'est dans le Midi : Montmajour, Saint-Victor de Marseille, Saint-Pierre de Moissac ; dans le Centre : Saint-Martial de Limoges, Sainte-Foy de Conques, La Chaise-Dieu ; en Bourgogne : Saint-Bénigne de Dijon, Tournus, Vézelay, Cluny; dans l'Ouest: Charroux, Saint-Savin ; en Normandie : Fécamp, Jumièges, l'abbaye du Bec, le Mont-Saint-Michel ; dans le domaine royal : Saint-Germain-des-Prés, Saint-Benoîtsur-Loire; en Champagne: Saint-Remi de Reims, Vignory; dans le Nord : Saint- Bertin, Stavelo, etc.

Ce sont presque toujours des moines qui ont pris l'initiative de ces constructions, et parmi eux nous relevons les noms de quelques-uns des hommes qui ont joué le plus grand rôle dans l'histoire ecclésiastique de leur temps, par exemple l'abbé Guillaume, né en 961 aux environs de Novare en Italie, attiré à Cluny par la réputation de saint Mayeul, et qui partit de là pour restaurer Saint-Bénigne de Dijon où son œuvre a laissé de magnifiques traces, la Trinité de Fécamp et un grand nombre d'autres monastères; son compatriote Lanfranc, qui gouverna tour à tour l'abbaye du Bec où il fonda la plus célèbre école de la Normandie, Saint-Etienne de Caen et l'archevêché de Cantorbéry; l'abbé Airard, qui rêva de doter l'abbaye de Saint-Remi de Reims d'une église aux proportions si vastes qu'il fut impossible de la terminer comme il l'avait conçue ; saint Hugues, abbé de Cluny, qui entreprit, en 1088, la reconstruction de son église abbatiale sur un plan qui en fit la reine des églises romanes et une des églises les plus vastes de la chrétienté (fig. 229).

Mais en lisant les vieux documents qui nous renseignent sur tous ces grands travaux, une question se pose. Quelle part les moines ont-ils eue dans l'élaboration des plans et dans l'exécution de ces ou\'rages ? Faut-il admettre, comme le

Fig-

Église de Climy. Plan.

prétendait Viollet-Ie-Duc, que tout abbé était plus ou moins architecte, et que des grands foyers monastiques comme Cluny sortaient des pléiades de moines instruits dans la pratique de l'art de bâtir et capables de conduire sans aide des travaux aussi compliqués que ceux de nos grandes églises ? ^Tollet-le-Duc a soutenu cette opinion avec tant de verve et de conviction qu'elle est aujourd'hui très répandue. On peut d'ailleurs invoquer pour la justifier nombre de textes dans lesquels il est dit que tel abbé a Mi,fecit, a construit, constnixit, telle ou telle église. Mais il est focile de prouver qu'on aurait tort de prendre ces expressions à la lettre, et qu'elles signifient bien souvent fit faire, fit reconstruire '. Qu'il y ait eu au xi"-" et au xii'= siècle des moines pratiquant les divers arts et notamment l'architecture, la chose n'est pas douteuse -. Ainsi c'est un moine de la Trinité de Vendôme, nommé Jean, qui fut préposé par l'évêque Hildebert à la reconstruction de la cathédrale du Mans ' ; c'est un moine de la Chaise-Dieu, Guinamundus, qui sculpta, en 1077, le tombeau de Saint-Front de Périgueux + ; c'est un

1. En voici un exemple entre bien d'autres : on lit dans la chronique d'Odorannus que le roi Robert restaura le monastère de Saiut-Pierre-le- Vif, à Sens : « Monasterium S. Pétri ab imo renovavit et claustra mouasterii cum domibus ad se pertinentibus, ex toto reaedificavit. Tabulani etiam auream et argenteam ante altare construxit, crucera auream cum gemmis fabricavit. « (Duchesne, Script., t. II, p. 659.) Il est bien clair que ce n'est pas le roi Robert qui a fait luimême le devant d'autel et la croix d'or ici mentionnés et qu'il faut traduire constnixit par fit construire. Donc quand une chronique nous apprend qu'un abbé construxit une église, ce n'est aucunement une preuve qu'il fût architecte et qu'il y ait travaillé lui-même.

2. Aussi a-t-on raison, sans doute, de reconnaître un des architectes de Cluny dans le moine Hézelon, qui, d'après Pierre le Vénérable (i?/)/i/.,

m, 2), « corporalem novae ecclesiae fabricam... plus cunctis mortalibus post reges Hispanos et Anglos, construxit ». Mais peut-on attribuer la même qualité au moine Gauzon, qui servit de stiniiilus à saint Hugues, c'est-à-dire l'excita à entreprendre une église plus vaste, qui secoua la timidité de l'architecte, « architectum nostrum timide commorantem assurgere compulit, » et qui eut enfin une vision dans laquelle il crut voir saint Pierre dessinant sur le sol, à l'aide de cordeaux, le plan du nouvel édifice {Vita S. Hiig . Clnniiic). Rien de tout cela n'implique forcément la profession d'architecte.

5. Hildebert fut si satisfait des services de ce moine qu'il s'obstina longtemps à le garder malgré les lettres pressantes de l'abbé de Vendôme lui enjoignant de réintégrer son monastère (Mortet, Rec. de textes, p. 174 et 292).

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