Mélanges â'archèol., p
240 L ARCHITECTURE RELIGIEUSE A L EPOQUE ROiMANE
Car les Romains en avaient tant construit sur notre sol qu'il devait en rester beaucoup au moyen âge ; et la tradition ne s'en était jamais complètement perdue, puisqu'on voit des voûtes en berceau dans plusieurs édifices de l'époque barbare ou carolingienne, par exemple dans la crypte de Saint-Laurent de Grenoble (fig. 37), qui peut remonter au vu*-' ou viii*^ siècle, et dans l'église de Germigny-des-Prés qui est sûrement du ix'-'.
La voûte en berceau est facile à construire, mais elle a le grand inconvénient de peser d'un poids considérable sur les murs qui lui servent de piédroits. Elle exerce sur eux une poussée qui tend à leur faire perdre leur aplomb, à les rejeter vers l'extérieur du monument. La poussée des voûtes est le grand écueil auquel nos constructeurs se sont heurtés ; il leur a fallu une persévérance et une ingéniosité incroyables pour en venir à bout, et les chroniques sont pleines du récit des échecs auxquels les expo.sa longtemps leur inexpérience et leur ignorance des lois de la poussée. Ces échecs toutefois, loin de les décourager, ne firent que stimuler leur zèle et susciter des efforts qui eurent pour premier résultat de former des générions de praticiens dont l'habileté professionnelle n'a été dépassée dans aucun temps et dans aucun pays.
Ce qui rendait la poussée des voûtes si difficile à combattre dans les grands monuments du moyen âge, c'était à la fois la hauteur considérable que l'on donnait aux murs de la nef et les vides nombreux qu'on était forcé d'y pratiquer (fig. 230). Si les églises avaient été formées d'un vaisseau unique, sans collatéraux, on eût pu rendre la poussée inoffensive en augmentant largement l'épaisseur des murs, c'est ce que faisaient les Romains lorsqu'ils construisaient des voûtes en berceau. Mais, dans les églises, la présence des collatéraux et la nécessité de maintenir d'amples communications entre eux et la nef ne permettaient pas d'accroître indéfiniment l'épaisseur des murs, sans compter que le sens esthétique de nos pères dut être choqué par l'apparence massive des arcades percées dans ces murs renforcés. Le remède fut donc trouvé insuffisant, il fallut chercher autre chose.
Certains architectes songèrent à tracer leurs voûtes en berceau suivant une courbe poussant moins au vide que l'arc en plein cintre. L'expérience leur aj^ant appris que c'était le propre de l'arc brisé, ils imaginèrent de taire des voûtes en berceau brisé (fig. 23 i). Les exemples en sont nombreux en Poitou, en Limousin, en Bourgogne et jusqu'en Provence. La plupart ne remontent qu'au xii'^ siècle, quoique les juges les plus autorisés admettent qu'il en a existé dès le siècle précédent '.
Mais, plus anciennement encore, on a connu d'autres artifices de construction pour combattre la poussée.
Le premier en date paraît être l'emploi des contreforts et des doubleaux.
I . Néanmoins je ne saurais en fournir la attribués par Q4.iicherat au xi^ siècle doivent être preuve, et j'estime que la plupart des exemples rajeunis sensiblement.