CONTREFORTS ET DOUBI.EAUX
Une expérience, probablement vieille de bien des siècles, a\-ait appris aux constructeurs qu'on peut empêcher la chute d'un mur poussant au vide en le garnissant de distance en distance d'éperons ou de contreforts formant à l'extérieur de l'édifice une saillie plus ou moins prononcée. Les Romains, dans leurs édifices votâtes, ont eu parfois recours à cet artifice, mais en en dissimulant la vraie fonc-
Ancieiine cathédrale.
tion sous des dehors architectoniques qui lui donnent l'apparence d'un simple motif de décoration (fig. 232). Les Byzantins de même ont assez souvent flanqué leurs murs de contreforts, mais eux aussi en ont généralement déguisé le rôle en les reliant par des arcs en plein cintre sur lesquels viennent s'appuyer les dernières assises du mur et la corniche qui en forme le couronnement. On a des exemples de cette disposition à Kavenne dans la curieuse chapelle funéraire de Galla Placidia (fig. 233) et à Sant- Apollinare in Classe (fig. 14).
Les architectes de l'époque romane ont parfois agi de même, surtout en Poitou
Lastiivkie. — Archilediire loiiuiiic. ib
l'architecture religieuse a l'époque romane
Fig. 252. — AiciK.s de Nil
J. Brutailspli.
rig. 233. — RavL-nnc. Chapelle funéraire Je G:ilLi Phicidia.
CONTKKFORTS KT DOUHLEAUX
(fig. 234) et en Auvergne (fig. 455)- Ailleurs, principalement dans le bassin du Rhône, sur les bords du Rhin et dans le nord de l'Italie, ils ont employé ces contreforts de très faible saillie dont j'ai signalé l'emploi dès l'époque carolingienne, et qui sont reliés par de petits arceaux groupés par trois, quatre ou cinq (fig. 235).
Notre-Damc-la-Grandc
Mais les contreforts de ce type ne peuvent guère servir qu'à la décoration des édifices, car ils ne sont pas assez puissants pour exercer grand effet sur la construction. Aussi la plupart des architectes romans ont-ils préféré flanquer les murs de contreforts rectangulaires nettement accusés, couronnés par un simple glacis, et dont les saillies sont plus ou moins accentuées, suivant la hauteur du mur à contrebutter. Cet emploi rationnel et systématique du contrefort est une des principales innova-
tiens de l'architecture romane; elle donne aux édifices un caractère particulier, qui se remarque rien qu'à l'inspection du plan.
' [Ce n'est pas tout. De cruels mécomptes apprirent aux constructeurs que des voûtes médiocrement bâties tiennent tant qu'elles sont supportées par des cintres, mais qu'une fois privées de cet appui elles s'efibndrent. De là sans doute est venue
Fig. 255. — Église abbatiale de Cruas (.\rdèclle).
l'idée de construire sous les voûtes des arcs en pierre jouant le rôle de cintres permanents et offrant le double avantage de renforcer la voûte de place en place et, en cas d'accident, de rendre le mal moins grave. en le localisant.
Ces arcs construits sous la douelle de la voûte, normalement à son axe, sont les arcs doubleaux. Les architectes occidentaux ont pu en prendre l'idée dans certaines constructions byzantines, mais non, comme VioUet-le-Duc l'a prétendu ', dans les