‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 170 sur 377 · SANCTUAIRE · texte numérisé non relu

SANCTUAIRE

travées. C'est une disposition exceptionnelle. Il en est une autre éoalement rare, qui se rencontre dans quelques belles églises de la région rhénane comme celle de Laach ; elle consiste à élever un transept à chaque extrémité de la nef, c'est-àdire un contre l'entrée principale et l'autre à côté du sanctuaire.

Le sanctuaire est, dans les églises de tous les temps, la partie la plus importante 'de l'édifice.

Les constructeurs y ont donc déplo3'é tout leur génie et lui ont donné des formes d'autant plus variées que les besoins à satisfaire étaient plus divers.

Dans les simples églises paroissiales desservies par un ou deux

Fig. 28;. — Église de Conques.

prêtres, un seul autel logé dans une abside unique suffisait; on était au large en ajoutant une absidiole sur chaque bras du transept. Dans les églises monastiques et les cathédrales où le clergé était nombreux, il fallait lui réserver une place assez vaste. De là vint l'idée d'intercaler un chœur entre l'abside et le transept. On trouva cette disposition si pratique qu'elle se généralisa rapidement et une foule d'églises romanes, tant petites que grandes, ont une travée de chœur précédant l'abside.

Mais un chœur, même très développé, ne parut pas suffisant dans les grandes abbayes bénédictines. Beaucoup d'entre elles jouissaient du lucratif privilège de posséder

Cologne. Église Saint-Miirtin, d'après Boisserée.

qu'il faut attribuer ces églises où, à la place du l'abside principale, comme Sahorre en Roussiltransept, se trouvent deux absidioles prises dans Ion (Brutails, L'ait relig., p. 20, fig. 4) ou Saintl'épaisseur des murs et formant angle droit avec Pierre-de-Reddes dans l'Hérault (fig. 318).

le tombeau de quelque saint fameux. Il occupait la place d'honneur au fond du sanctuaire, et pour permettre aux fidèles qu'attirait le bruit des miracles d'en approcher sans s'écraser, il fallut établir autour du chœur des collatéraux par où la foule pouvait s'écouler en tournant autour du tombeau vénéré. Une autre cause contribua au succès de cette innovation, ce fut la facilité qu'elle procurait pour donner un ample développement aux processions qui, dans les établissements monastiques, réunissaient toujours de nombreux assistants. Les cathédrales, fondées bien plus anciennement que les abbayes et dans des condi-

— Cologne. Saime-Marie-du-CApirole, d'après Boisserée.

Fig. 288. — Marignac d'après Nodet.

tions tout autres, avaient moins souvent des reliques célèbres à offrir à la dévotion des masses, aussi n'attiraient-elles point les mêmes foules. Elles n'avaient donc pas besoin de collatéraux autour du chœur, et le plus grand nombre de celles qui furent bâties à l'époque romane en est dépourvu. Mais quand, par exception, elles étaient le siège d'un pèlerinage en vogue, comme la cathédrale de Chartres, leur chœur recevait un développement comparable à celui des églises monastiques.

Tout le monde sait combien la dévotion à la Vierge prit d'extension depuis le wi" siècle ; cela eut pour conséquence d'attirer les fidèles dans des sanctuaires que la foule avait jusque-là moins favorisés que les abbayes. Les cathédrales, dont beaucoup étaient dédiées à la Vierge ou le furent depuis lors, profitèrent de ce grand mouvement religieux et des immenses libéralités qu'il suscita. Il fallut partout les

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agrandir et leur donner des cliœurs entourés de collatéraux et d'absidioles aussi vastes, plus même que ceux des plus grandes abbayes. Ce ne fut pas la moindre des causes qui, sous Louis VII, Philippe-Auguste et saint Louis, entraînèrent les évêques et les chapitres à reconstruire dans des proportions inconnues jusque-là une grande partie de nos cathédrales.

Mais revenons aux églises romanes et passons en revue les principaux plans qu'on a donnés au sanctuaire.

Le plus simple de tous consiste, comme dans les basiliques des premiers- siècles, en une abside en hémicycle dans laquelle est placé l'autel. L'abside est toujours séparée de la nef proprement dite soit par un transept (fig. 289), soit par une travée de chœur (fig. 282, 283). Il n'y a d'exception

à cette règle que pour les simples chapelles, comme Saint-Gabriel près Tarascon (fig. 290), ou plus généralement pour les églises dénuées de bas-côtés. Encore est-il à noter qu'une foule d'églises de rL,^-/7

cette catégorie ont au bout de la nef <y\\J'-J?/

une partie rétrécie ou surmontée r^X^

d'une tour, qui forme un véritable U yc^ J \t. T r J

chœur sur lequel s'ouM'e l'abside '.

Fig. 289. — Cognât, d'après A. de Raudot.

S.iint-Gabriel (Bouclus-du-Rhone), d'après Revoit.

• Culièdmlc de M.ii^ueloiiiie, d'après Rcvoi].

Les proportions du chœur varient beaucoup. Tantôt, comme à Maguelonne (fig. 291) ou à Montmajour, il ne forme qu'une travée minuscule; tantôt il est

I. Il en est ainsi dans les églises du Midi, construites sur le type assez répandu des cathé-

Lasteyrie. — Architecture romane.

drales de Cavaillon (fig. 280), Avignon (fig. 437), Orange (Dehio, pi. 93).

nettement accusé et sa longueur équivaut à une travée de la nef centrale (fig. 283).

Parfois il est encore plus développé et comporte, comme à la Grande-Sauve (fig. 299), à Saint-Lazare d'Autun (fig. 300) ou à Saint-Oustrille de Graçay (fig. 301), deux ou plusieurs travées.

J'ai dit plus haut que la majorité des églises du xi'' et du xii= siècle ont un transept ; quand l'abside ouvre directement sur ce transept, il est bien rare qu'elle soit seule. Sauf le cas où les bras du transept sont arrondis et de même profondeur que l'abside, celle-ci est presque toujours flanquée de deux absidioles qui s'ouvrent sur les bras du transept (fig. 289). Ces absidioles contenaient des autels, chose si utile, à une époque où le clergé s'était beaucoup multiplié, que, dans certaines églises dénuées de transept, on a flanqué l'extrémité de la nef de deux chapelles qui en tiennent lieu et qui ont reçu chacune leur absidiole,

ainsi à Saint-Jean-de- Verges (fig. 292).

Les proportions relatives de l'abside et des absidioles dépendent en général de

la largeur de la nef et des bas-côtés. Quand ceux-ci sont larges, les absidioles sont

Fig. 292.

Saint-Jean-de -Verges

Fig. 293. — ValIon-en-SuUy, d'après G. Darcy.

Fig. 294. — Layrac (Lot-et-Garonne).

relativement grandes, comme à Vallon-en-SuUy (fig. 293); quand ceux-ci sont étroits, les absidioles sont petites, même si le transept fait une saillie assez prononcée. Enfin quand l'absence de bas-côtés a permis de faire une nef très large, on a parfois donné un très grand diamètre à l'abside, comme à Layrac (fig. 294). Mais ce

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